<?xml version="1.0" encoding="UTF-8"?><rss version="2.0"
	xmlns:content="http://purl.org/rss/1.0/modules/content/"
	xmlns:wfw="http://wellformedweb.org/CommentAPI/"
	xmlns:dc="http://purl.org/dc/elements/1.1/"
	xmlns:atom="http://www.w3.org/2005/Atom"
	xmlns:sy="http://purl.org/rss/1.0/modules/syndication/"
	xmlns:slash="http://purl.org/rss/1.0/modules/slash/"
	>

<channel>
	<title>Eclips &#187; RésuméEclips</title>
	<atom:link href="https://seminaires.eclips.univ-tours.fr/?cat=7&#038;feed=rss2" rel="self" type="application/rss+xml" />
	<link>https://seminaires.eclips.univ-tours.fr</link>
	<description></description>
	<lastBuildDate>Thu, 11 Feb 2016 16:19:13 +0000</lastBuildDate>
	<language>fr-FR</language>
	<sy:updatePeriod>hourly</sy:updatePeriod>
	<sy:updateFrequency>1</sy:updateFrequency>
	<generator>http://wordpress.org/?v=4.1.5</generator>
	<item>
		<title>Résumés</title>
		<link>https://seminaires.eclips.univ-tours.fr/?p=479</link>
		<comments>https://seminaires.eclips.univ-tours.fr/?p=479#comments</comments>
		<pubDate>Fri, 02 Oct 2015 13:05:47 +0000</pubDate>
		<dc:creator><![CDATA[thomas]]></dc:creator>
				<category><![CDATA[Résumé]]></category>
		<category><![CDATA[Séminaire 6]]></category>

		<guid isPermaLink="false">http://seminaires.eclips.univ-tours.fr/?p=479</guid>
		<description><![CDATA[Télécharger les résumés en Pdf Accéder directement au résumé de l&#8217;une des interventions : &#187;&#160;M. Le FLOCH &#038; P. FERREN &#187;&#160;Z. CHKIMI &#187;&#160;I. TESLA &#187;&#160;E. VIVANT &#187;&#160;M-K. BOUHADDOU Maud Le FLOCH et Pascal FERREN &#8211; Introduction Le pôle des Arts Urbains est crée en 2007 par des urbanistes-géographes, sur la base du constat que le [&#8230;]]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p><br/>
<p class="download"><a href="http://seminaires.eclips.univ-tours.fr/wp-content/uploads/2015/10/resumes_6.pdf">Télécharger les résumés en Pdf</a></p>
<p><br/>Accéder directement au résumé de l&rsquo;une des interventions :<br/></p>
<ul class="menu">
<li><a class="scrollTo" href="#page-1">&raquo;&nbsp;M. Le FLOCH &#038; P. FERREN</a></li>
<li><a class="scrollTo" href="#page-2">&raquo;&nbsp;Z. CHKIMI</a></li>
<li><a class="scrollTo" href="#page-3">&raquo;&nbsp;I. TESLA</a></li>
<li><a class="scrollTo" href="#page-4">&raquo;&nbsp;E. VIVANT</a></li>
<li><a class="scrollTo" href="#page-5">&raquo;&nbsp;M-K. BOUHADDOU</a></li>
</ul>
<div id="resume">
<div id="page-1">
<h3>Maud Le FLOCH et Pascal FERREN &#8211; Introduction </h3>
<p><br/><br />
Le pôle des Arts Urbains est crée en 2007 par des urbanistes-géographes, sur la base du constat que le travail de certains artistes participe aux questionnements sur les villes et les territoires.<br />
La dynamique de la création artistique participe aujourd’hui à l’outillage de l’opérateur urbain (de l’aménageur, de l’urbaniste mais aussi de l’élu et du technicien de collectivité locale). Il y a une bascule qui se fait en direction des usagers, des riverains, des occupants qui se constate bien au pOlau, au carrefour entre le monde de la création et le langage des aménageurs et des urbanistes. Et la question de la participation citoyenne est une des clés pour faire intervenir des nouvelles compétences, et notamment des compétences artistiques qui n’ont pas froid aux yeux pour intervenir dans l’espace urbain et ont besoin des gens, ont besoin de s’adresser à des publics pour que leurs créations prennent toute leur puissance et accèdent à une caisse de résonance spatiale et sociale. Ce besoin des gens, « même pas peur des gens », est assez spécifique à ce type d’interventions artistiques dans l’espace urbain.<br />
L’année dernière, a été fait un travail de repérage d’initiatives artistiques pouvant interagir avec les questions d’aménagement du territoire. 300 initiatives ont été répertoriées. Il y a bien un secteur en cours d’apparition et l’injonction à la participation citoyenne peut être réelle et sincère autant qu’elle peut être un prétexte politique. Et cette journée peut permettre d’analyser précisément cela.<br />
<br/><br />
<strong>Un mouvement commun d’intégration du récepteur dans les évolutions de l’art et de l’urbanisme </strong><br/><br />
Ce propos introductif vise, par un bref retour en arrière, à contextualiser les discussions. La participation dans la création artistique n’est pas vraiment une nouveauté. Elle remonte à une cinquantaine d’années, avec les héritiers du mouvement Dada, le situationnisme, le mouvement Fluxus, les élèves de John Cage, Allan Kaprow notamment, perfomer des années 60 considéré souvent comme un des premiers ayant fait des performances interactives, qu’il appelait des happenings, pour désigner à la fois une expérience relativement imprévue et mêlant différents genres artistiques et où le spectateur avait sa part dans la création artistique.<br />
Schématiquement, ce type de mouvement des années 60 et 70 va se prolonger dans les années 80 avec une explosion des formes d’expression artistique, caractérisée par la présence dans l’espace public et une manière forte d’intégrer le spectateur dans l’œuvre, qui débouche sur une espèce d’injonction : « plus de spectacle sans spectateur », où le spectateur doit prendre part au spectacle. Selon Michaux, l’art actuel serait devenu « gazeux », à la fois partout et nulle part, ce qui signifierait non pas la fin de l’art, maintes fois annoncée, mais la fin de sa focalisation sur l’objet, sur l’œuvre, qui s’efface au profit du processus de création. L’art serait ainsi devenu procédural.<br />
Deux idées importantes : d’une part, l’objet final s’est un peu effacé au profit du processus de création en lui-même, et d’autre part, l’intégration du regardeur, du spectateur, de l’auditeur comme un élément fort de la création. En résumé, en un siècle, on a vu l’apparition de la considération par l’artiste de l’expérience esthétique (avec très peu voire pas du tout de considération du spectateur, l’expérience artistique étant entièrement contenue dans l’acte de création), puis l’intégration de cette expérience esthétique du spectateur dans le processus de création puis le remplacement de l’acte artistique lui-même, où c’est finalement presque le spectateur lui-même qui se met à faire l’œuvre.<br />
Parallèlement, il y a un mouvement simultané dans les politiques publiques d’aménagement, notamment dans le cadre de la rénovation urbaine, qui va également vers la participation. La manière de faire de l’urbanisme au XXème siècle, basée sur la planification, sur la prévision et sur l’expertise savante, cette manière de faire s’est essoufflée, et l’urbanisme cherche depuis plusieurs décennies à renouveler ses méthodes. Pierre Hamel, géographe canadien, parle de « postmodernité de l’urbanisme » : « En termes positifs, on peut dire que les critiques postmodernes de la planification ont plaidé en faveur d’une reconnaissance du pluralisme des acteurs et de leurs différences. En favorisant l’expression de la diversité des points de vue et le relativisme des valeurs, les critiques postmodernes nous ont rappelé qu’au sein du paradigme de la planification, tant les représentations que les interventions sont biaisées en faveur des acteurs dominants. Cela a d’abord conduit à dépasser les conceptions abstraites de la citoyenneté et de la démocratie afin de tenir compte d’éléments subjectifs ou existentiels ouverts sur la quotidienneté et l’urbanité. »2 Et c’est cette fin de citation qui va vraiment nous intéresser quant au rôle des artistes.<br />
Si on reconnaît l’expertise de l’urbaniste-aménageur, elle n’est plus la seule source de l’acte d’aménager et il faut prendre en compte, comme le dit Pierre Hamel, la diversité des points de vue, en remarquant que la planification rationnelle excluait les voix dissidentes. C’est un refus du gouvernement des experts. Les évolutions méthodologiques de l’urbanisme vont vers la prise en compte premièrement, d’une plus grande diversité d’acteurs, la distribution de l’expertise, et deuxièmement, une plus grande diversité des modes de connaissance mobilisés par ces acteurs, une pluralité de l’expertise. Une des conséquences majeures de ces évolutions des pratiques d’aménagement, c’est la prise en compte des usagers de la ville dans la conception de la ville.<br />
Dans l’histoire de l’art comme dans l’histoire de l’urbanisme, on vit un mouvement analogue d’intégration du récepteur -l’habitant pour l’urbanisme, le spectateur, l’auditeur, le lecteur dans l’art- dans la conception même de la ville ou de l’œuvre d’art. Et ce double mouvement se rencontre dans un certain nombre de pratiques artistiques qui croisent les deux dimensions, qui sont à la fois participatives et qui participent aussi à la manière dont les gens peuvent s’approprier leur territoire.<br />
Pour l’aménageur, qui est manifestement en quête d’outils pour intégrer les usagers dans la fabrique de la ville, les savoir-faire des créateurs sont un vivier assez intéressant : la capacité des artistes à aller sur le terrain, à ne pas avoir peur du réel et à s’y confronter, à créer des dispositifs d’échanges, d’ouvertures, à faire émerger des paroles, des récits, des souhaits, des désirs, des désaccords… Toutes ces qualités de l’artiste sont intéressantes dans des processus d‘aménagement.<br />
Encore plus récemment, ces créations artistiques participatives de territoire se sont mêmes institutionnalisées, ou du moins ont commencé à ouvrir un marché, avec des structures d’accompagnement, des appels d’offres… Par exemple, cet appel d’offre de la ville de Niort qui demande une « commande d’intervention artistique qui implique les habitants dans le cadre de l’aménagement d’espaces publics dans un quartier type ancien bourg de village » avec : pour destinataires de l’appel d’offre des « équipes professionnels des arts vivants (arts de la rue ou plasticiens) » ; période d’intervention « 6 mois » ; objectifs de la démarche engagée : « 1. définir des usages pour les différents espaces du cœur de quartier tant pour ceux qui y vivent que ceux qui y sont connectés, 2. Définir les aménagements envisageables à terme pour redynamiser le cœur de l’ancien bourg et les espaces connectés, 3. aider les habitants à se réinventer leur histoire sur la ville. » On a donc là une commande artistique qui demande des prestations d’aménageurs-urbanistes.<br/><br />
<strong>Quelques opérations artistiques illustratives</strong><br />
Projection d’un film sur une création « Superflux »3 de la compagnie Ici-même Paris de 2009.<br />
L’intérêt de ce dispositif où est installée une chronolocation sur une avenue à Paris, c’est cette capacité à aller sur le terrain, à prendre la parole et faire ressortir des choses, des problèmes, des frustrations. Et on voit apparaître une analyse de la question du logement à Paris, avec toutes les problématiques de voisinage, de manque d’espace, d’odeurs… Et pour l’anecdote, la chronolocation a été réellement mise en place récemment par une société américaine. La présence de cette installation pendant quinze jours à Paris, sans que les habitants soient prévenus, a créée du conflit, des réactions et à l’issue de cette installation, le maire du 9ème arrondissement a saisi cette occasion pour faire un grand débat public avec les propriétaires, avec les riverains, avec les habitants sur la question de vivre à Paris au XXIème siècle.<br />
Autre exemple : un collectif d’architectes (Sébastien Renaud, Nicolas Turon, Laurent Boijeot) qui font notamment des installations temporaires sur des places, en créant un mobilier (chaises, tables, lits, matelas, couettes…). Cette équipe se positionne hors des logiques d’appel à projet, sur un art volontairement critique, sur de l’auto-saisie, avec une vraie volonté de déranger l’espace établi, mais en faisant participer les gens à leurs constructions, à l’activation de leurs lieux.<br />
Autre exemple plus classique : Julie Desprairies avec la compagnie des prairies4, compagnie de danse dont la spécialité est de danser les lieux et de faire danser les gens dans leurs lieux. L’idée est toujours de mettre en mouvement les gens dans leurs propres bâtiments. C’est un des exemples assez fort de la manière dont on peut faire participer les gens en gardant une création artistique contemporaine, de la danse contemporaine, en s’appuyant sur la question du bâti, de l’espace, de l’architecture, de la forme urbaine.<br />
Autre groupe révélateur de dynamiques existantes : des plasticiens marseillais, les Pas Perdus5. Dans le cadre d’une rénovation urbaine à Bordeaux, ils ont installé une cabane avec l’idée de poser un objet et d’y rester pendant plusieurs semaines pour s’en servir comme un lieu de concertation, un lieu de discussion, d’échanges, où les gens viennent amener et prendre des idées, autour du projet urbain de rénovation du centre-ville de Bordeaux. Ils appellent cela les « zones d’anniversaire concertées ».<br />
L’équipe du collectif Random qui se retrouve plus du côté urbaniste que du côté artistique. C’est une compagnie de théâtre plus classique qui décide, à partir de 2007, de sortir dans la rue en créant de petits laboratoires. Ils créent des dispositifs qui perturbent la circulation dans l’espace public et questionnent les gens sur cette perturbation. A partir de cette forme de base, ils ont fait plusieurs interventions pour des bailleurs sociaux ou des collectivités territoriales notamment, où ils font des créations artistiques sur les opérations de rénovation urbaine. Un de leur leitmotiv est de dire « on fait de la participation car on va dans la rue. On passe dans les commerces, on va boire un café avec les gens. On parle arabe. » Ils ont une parole sur la participation et des méthodes assez simples.<br />
La Compagnie X/tnt6, à l’origine de Montreuil et qui vient du théâtre très classique, qui propose le « google street review » : c’est une visite du quartier à la manière d’un google street view mais avec une mise en scène des habitants dans leur quartier, dans leur environnement.<br />
Trans3057 et le collectif d’architectes Yapluka illustrent une autre dimension intéressante de la création artistique participative de territoire : ils font de la participation avec des outils que l’on peut qualifier d’artistiques : résidence, création participative, vidéo… Site à Ivry, le Trans305 est un lieu encore en activité avec la particularité d’être actif pendant un temps assez long et pendant un chantier urbain (pendant le chantier d’un ZAC de 2007 à 2018) avec des expositions, des workshops, des ateliers avec les gens et les ouvriers etc.<br />
La compagnie de théâtre de rue « Les souffleurs commando poétique » qui propose un dispositif pour créer de la poésie dans l’espace public, avec notamment des grandes cornes avec des gens qui soufflent des poèmes à l’oreille, ou encore des opérations « rues silencieuses » où le moteur des voitures est arrêté à l’entrée de la rue et les voitures sont poussées. Autre opération, « la folle tentative d’Aubervilliers » avec notamment des « conseils municipaux extraordinaires sur le rêve » où l’idée est de faire un conseil municipal en faisant surgir des idées utopiques sur la ville pour en mettre en place quelques-unes (parmi les 300 recensées, 4 votées : la création du premier trésor poétique mondial municipal, l’extension et la municipalisation de rues silencieuses, l’inscription d’un projet dit impossible à l’ordre du jour d’un conseil municipal extraordinaire annuel, la création d’un système de mesure de la tendresse collective).<br />
Une création artistique à Lyon, intéressante dans son transfert : au départ, en 2006/2007, c’est une commande classique à un artiste plasticien jardinier d’une œuvre, une serre avec un jardin fermé. Et par la suite, plusieurs programmes s’en sont saisis, la politique de la ville, puis la direction du développement urbain, puis le Grand Lyon Lyon et cela s’est étendue au fur et à mesure, un premier jardin, puis un autre puis un bar, le « court-circuit », puis une terrasse et c’est finalement tout l’îlot qui a été recrée, l’îlot Mazagran. Et c’est vraiment devenue une opération urbaine alors que l’artiste est parti depuis deux ans. Cela a été repris par un collectif d’habitants qui s’occupe du jardin, par de l’activité économique avec un bar qui s’est créé. Et les acteurs urbains qui avaient prévu de faire un parking à cet emplacement-là ont révisé leurs projets. C’est une belle illustration de la manière dont une opération artistique peut influer sur un projet urbain.<br />
Pour finir, « Sanitas en objets », un artiste plasticien, Nicolas Simarik, accueilli au pOlau pendant 5 ans, s’est installé au quartier du Sanitas avec des ateliers hebdomadaires réguliers. Il a créé avec des habitants des « objets de ville » (cabas, tasse, parapluie, etc.) à l’image du quartier. Puis il a par la suite participé à la réhabilitation d’un jardin sur le quartier, avec une commande du service « Parcs et jardins » de la Ville de Tours qui lui demande de travailler sur l’intégration d’objets faits par les habitants dans ce jardin et il a créé avec les habitants des assises, un nid, des silhouettes d’oiseaux, etc. avec un financement de la politique de la ville. Tous ces objets ont été intégrés à la programmation urbaine du jardin.<br />
Cette revue illustre diverses formes d’intervention artistique, de celles s’inscrivant dans des cadres assez marqués de la politique de la ville, mais aussi des interventions plus informelles, des interventions qui jouent plus sur du décalage ou du décadrage (comme Superflux et la chronolocation par exemple), ou des projets carrément inscrits dans des projets urbains (comme Random ou les Pas Perdus).
</div>
<p><br/></p>
<div id="page-2">
<h3>Zmorda CHKIMI &#8211; Retours d’expériences</h3>
<p>C’est le témoignage d’une metteur en scène, qui travaille au sein d’une compagnie et en collaboration avec une auteur qui est également historienne. Cette compagnie travaille depuis 11 ans en Essonne, majoritairement sur des quartiers dans le cadre de la politique de la ville, avec des financements publics et privés (Acsé, Drac, CAF, Conseil Général, bailleurs sociaux, Caisse des Dépôts, fondation des aéroports de Paris…). Ces travaux s’inscrivent dans la durée, en général deux ou trois ans.<br />
Le choix est de présenter un projet emblématique de leur activité, mis en place à Grigny, à la Grande Borne. Ce projet était spontané et ne résultait pas d’une volonté ou d’un appel d’offre de la ville. Suite à un premier travail sur la commune de Viry-Châtillon, sur laquelle la cité de la Grande Borne est à cheval, la ville de Grigny est apparue intéressante car elle rassemble de nombreux paradoxe : 40 ans de communisme, une usine Coca-cola qui fait vivre la ville, une ville utopique construite par Emile Aillaud dans la lignée de Le Corbusier, tout en labyrinthe avec très peu de bâtiments en hauteur, avec des œuvres d’art partout, de nombreuses mosaïques… Une ville que l’on voulait belle, que l’on souhaitait mixte et investie par ses habitants. Cela n’a pas été le cas : cette ville a été suréquipée, puis placée sous la tutelle de l’Etat en 2009 car en déficit (inédit depuis 1976). Il y a eu la volonté de travailler là car cela représentait un microcosme de société et tout ce qui ne fonctionnait pas. Ce travail a duré 3 ans. Au départ, la volonté était de travailler sur la thématique de l’emploi, en interrogeant les salariés de l’usine Coca-Cola, mais ils étaient en plan de restructuration sociale et ne voulaient pas retourner dans l’usine. En se promenant dans la ville, un grand plan de rénovation urbaine était en place sur la cité de la Grande Borne, avec toutes ces grandes places publiques inoccupées, alors que c’est une ville du département avec le plus de jeunes, sans lycée, sans pôle emploi, sans Caf, donc une ville complètement laissée à l’abandon. On s’est dit : « Qu’est-ce qui pourrait fédérer ? Comment accompagner cette rénovation pour laquelle on n’a pas vraiment sollicité les habitants ? » et est venue l’idée de construire un manège qui serait actionné par 5 vélos (dix places assises, les enfants au centre et les adultes pédalent). C’était l’occasion de croiser les générations. Un chantier d’insertion a été mobilisé pour travailler sur les mosaïques bien spécifiques de la ville et sur les figures qu’on retrouvait dans toute la cité (Rimbaud, Kafka…). Une difficulté était que l’installation ne pouvait pas être fixe à cause des risques de vandalisme. Le manège a donc été construit en bois et en mosaïque pour être montable et démontable en une heure.<br />
On est resté pendant 3 ans. La durée permet de faire un vrai travail de partenariat avec les structures sociales et en même temps, pouvoir orienter les gens. Car de plus en plus, on nous demande d’être un outil culturel ou un opérateur culturel et de moins en moins un artiste. Cette exigence rencontre des limites et il est nécessaire de s’entourer de toutes les structures pour pouvoir orienter les gens quand ce n’est pas notre champ de compétences.<br />
Suite à la construction de ce manège, il y a eu une inauguration où on a demandé aux gens de participer en accrochant 160 éoliennes sur chaque fenêtre de leur immeuble pour accompagner le mouvement de rotation du manège et de dire bonjour en même temps, ce qui faisait 160 spectateurs et acteurs le jour J. Il y a avait également 13 structures présentes pour cette inauguration.<br />
Cela s’est bien passé avec les habitants, un peu moins avec la mairie. C’est une ville complètement renfermée sur elle-même. Sur la place où on a joué, cela faisait 7 ans qu’il n’y avait plus eu aucun projet mis en place. On a été accusé de faire partie de l’UMP, du PS… Le jour où a été inauguré le manège, un ministre en charge du logement nous avait invité pour inaugurer sa prise de fonction lors de sa première visite à Grigny. Et ce jour-là, le maire de Grigny a explosé en disant que nous n’avions rien à faire ici, alors que cela faisait deux ans que l’on travaillait sur le territoire et que cela se passait bien. Ce manège avait été approprié par plein d’association (les sièges se démontent et il peut devenir un plateau tournant). Une association voulait en faire une médiathèque ambulante en suivant toutes les places de la Grande Borne, un chantier d’insertion en couture voulait l’utiliser pour faire des défilés. On a été obligé de signer une convention avec la mairie avec obligation de gratuité pour la mise à disposition aux associations.<br />
Le lendemain de l’inauguration, il y avait la fête de la ville à Grigny, le manège a été stocké au CVS et il n’en est plus jamais ressorti. Et le lendemain, un manège à 10 000 euros a été loué pour la fête de la ville. Voilà, on est dans des écarts complètement surréalistes. C’est un exemple d’un des projets mis en place sur Grigny.<br />
Et une des limites en tant qu’opérateur culturel, c’est d’être à cheval entre le fait de continuer à faire des projets et le fait d’être manipulés et manipulables et par les municipalités et même par les financements privés, qui orientent de plus en plus les projets.<br />
En général, on travaille sur un maillage territorial, sur une restitution avec une vraie écriture dramaturgique, avec une volonté de réécrire pour transcender la réalité et toujours sur un objet du commun (un manège, un livret/CD pour les violences faites aux femmes, une BD…). Par exemple, on a fait un projet sur Sainte Geneviève sur les discriminations et les violences faites aux femmes, qui s’appelle « chemins de femmes ». Et on a des retours comme : « est-ce que vous croyez que les gens vont comprendre ? ». Alors que ce spectacle a été joué à la cité de l’immigration en soutien aux sans-papiers, qui étaient 500 et qui n’ont pas eu de problèmes de compréhension. Finalement, ce sont les décideurs souvent qui ont l’impression que les gens ne comprennent pas. Du coup, de plus en plus, on nous demande de tirer vers le bas l’art et ce qu’on défend au niveau des propos.<br />
Et au niveau du conseil général, à la mission aux droits des femmes, sur ce projet « Chemin de femmes », on avait majoritairement des femmes voilées, qu’on a vu d’ailleurs se voiler en un an. Comme on est chargé de faire le relais, on a alerté sur le fait de la présence d’une mosquée gérée par un intégriste et qu’il y a peut-être un problème avec cette mosquée, située entre deux établissements scolaires. Et on a refusé que sur un espace de représentation publique, il y ait une femme voilée. Et il a fallu défendre ce choix-là au conseil général, à la mission aux droits des femmes. « Pourquoi ne pas présenter une femme voilée ? » Alors que nous pensions que c’était le dernier endroit où nous aurions à nous justifier de cela. C’est un espace public, donc si on défend la laïcité, on ne peut pas être vecteur de cette représentation-là de la femme. Il y a donc une déconnexion parfois entre ceux qui financent et la réalité qui est complètement autre.<br/><br />
<strong>Discussion avec la salle</strong><br/><br />
Une demande de complément sur le contexte municipal à Grigny, les financements.<br />
Il n’y avait pas de volonté de la ville au départ de faire intervenir la compagnie. L’intervention s’est faite dans le cadre d’un appel à projet type CUCS (Contrat Urbain de Cohésion Sociale), mais la municipalité a refusé de rencontrer la compagnie pendant les 6 premiers mois. Malgré cela, le travail a continué dans le cadre de l’accompagnement de la rénovation urbaine (financé par l’Acsé, le conseil général, l’Etat, la Drac, le principal bailleur). De toute façon, la ville était sous tutelle et ne pouvait financer. Comme le projet était de faire un manège pour offrir aux habitants par la suite, on ne voyait pas pourquoi il y avait des réticences. Il y a aussi une volonté dans cette ville de ne pas faire venir d’autres artistes à part ceux liés à la ville et au parti communiste.<br />
Une question sur les effets de ce travail dans l’accompagnement de la rénovation urbaine et sur les décisions prises.<br />
En fait, à chaque moment où il y avait un pan de rénovation, on a accompagné et on a discuté avec les habitants car ce travail n’avait pas été fait en amont. Donc on a accompagné plus ou moins les nuisances que la rénovation pouvait apporter. On a été l’outil de cela quelque part auprès du bailleur. L’accompagnement de la rénovation était un moyen de mieux la faire passer auprès des habitants, mais ce n’était pas un moyen de faire remonter les attentes des habitants. Ces interventions se retrouvent finalement contraintes par les décideurs et cela pose la question de l’instrumentalisation, le projet urbain étant déjà écrit et en partie réalisé, sans que les habitants n’aient été consultés.
</div>
<p><br/></p>
<div id="page-3">
<h3>Ida TESLA &#8211; Retours d’expériences</h3>
<p>Par rapport à l’idée évoquée précédemment de la spontanéité des projets, on entend de plus en plus que pour les artistes, ce serait un nouveau marché qui s’ouvre. Ce qui ne correspond pas du tout à l’expérience vécue : en fait, on arrache de l’argent au CUCS pour la culture. La culture est financièrement ridicule dans les CUCS. Et ce mot « culture » a disparu des CUCS, donc on devait cocher « éducation » ou « citoyenneté ». Et aujourd’hui, il est réintégré. Cette idée doit donc être battue en brèche.<br />
Si on a pu, pendant 7 ans, être en résidence au quartier des Rives du Cher, c’est totalement à notre initiative, puisque c’est une habitante des Rives du Cher, qui était étudiante à la fac de théâtre et qui nous a, dans le cadre de son stage, invité dans son quartier dans lequel elle trouvait justement que culturellement il ne se passait plus rien. Et il pourrait très bien ne pas y avoir d’opérateur culturel et uniquement des artistes qui font des prestations. On a eu les compliments d’un acteur social qui a dit « ça fait plaisir de voir des artistes se comporter en opérateur culturel et qui mouillent la chemise et qui ne viennent pas faire une prestation bien délimitée « ça va vous coûter tant, ça va être 3 heures de théâtre forum sur tel thème, vous m’amenez le public et emballé, c’est pesé ! » ».<br />
Il faut donc bien comprendre ce contexte : on a travaillé 7 ans aux Rives du Cher mais chaque année était la dernière. A chaque fois, on se quittait en juin en disant « c’est merveilleux ce que vous avez fait ! » et quand on revenait en septembre, on nous disait « Ah, non ! Je suis désolé mais cette année, cela ne va pas être possible ! ». Donc, ce n’était plus possible CUCS-Mairie, on passait alors à un financement GUP (Gestion Urbaine de Proximité), après peut-être que Tours(+) pouvait prendre le relais, etc. On avait donc des alliés, des gens que ça intéressait mais à l’intérieur d’un système dont on sent bien qu’il n’est pas du tout fait pour ça, pour les micro-structures se retrouvant entre opérateurs, artistes, individus et collectifs. Comme disait Zmorda : « On travaille sur ce qui se passe » et pendant que ça se passe. Et ça, c’est très important. Et même un centre social très bien ancré ne le fait pas, et encore moins un centre dramatique, une structure culturelle qui n’est pas de proximité -et c’et normal car ils ont un autre travail de démocratisation culturelle à faire. Ces micro-entités que nous sommes sont celles qui sont le plus réactives. Et on n’est pas du tout sur un marché car cela demande des compétences très différentes de celles qu’on met en œuvre quand on est dans un théâtre avec des comédiens professionnels. Par exemple, pour construire le manège à Grigny (cf. exposé ci-dessus). Aux Rives du Cher, cela a été pareil, le travail a commencé par des entretiens, des promenades à deux en proposant aux gens de faire la même ballade que celle que vous faîtes tous les jours en discutant ensemble de cette promenade. Donc, sans panel sociologique, plusieurs promenades ont été faites avec des gens différents, et donc des itinéraires, des appropriations spatiales et des représentations très contrastées de ce même quartier.<br />
Par la suite, on a commencé à faire des installations pour rendre compte de ce travail aux gens et on a commencé à devenir un petit peu les artistes du quartier, un peu à la façon d’un service public artistique : « Vous avez un besoin artistique, venez nous voir. » Mais si on donne rendez-vous à une heure fixe, dans un lieu fixe, les gens ne viendront pas. On est dans des politiques publiques où on nous explique que les gens n’ont plus que des besoins économiques, que c’est leur seul souci, alors que les gens ont également besoin de s’exprimer, d’imaginaire, de poésie, de rencontres, de dialogue, etc. Et si on ménage des espaces, par exemple des occupations éphémères de halls d’immeuble, les gens viennent et expriment des envies et des besoins artistiques. Et là où on a été un peu piégé, ce qui est intéressant quand on joue vraiment le jeu, on a fait beaucoup de concertation et on a dit : « On a le droit d’occuper de façon éphémère vos halls d’immeuble -ce qui n’était pas vrai mais ne portait pas à conséquence, il s’agit simplement de s’autoriser tout ce qui n’est pas explicitement impossible dans la ville, et là, il y a beaucoup à faire-, qu’est-ce que vous voudriez y faire ? ». Et là, les gens n’ont pas dit « on veut faire du théâtre ». Ils ont dit « des plantes vertes, avant il y en avait, il n’y en a plus, on en met et on nous les enlève, des plantes, des plantes » donc des jardins, transformer ces halls d’immeuble en jardins. Et il s’est trouvé que la chargée de mission des territoires à la mairie de Tours en charge du quartier avait rencontré une jeune paysagiste en train d’achever son diplôme, qui était tourangelle et cherchait un terrain d’étude. Ces compétences étaient tout à fait complémentaires de celles des artistes et permettaient de répondre à la demande des habitants. La rencontre avec cette personne a donc débouché sur une collaboration. Et tout un travail de transformation de leurs halls d’immeuble en jardin a été commencé. Et par ailleurs, un hall est devenu un théâtre, avec des répétitions et des spectacles. Il y a aussi eu « le hall qui parle », un projet mené avec les éducateurs de prévention, qui sont des gens avec lesquels on a beaucoup travaillé et dont on s’est rendu compte qu’on avait des liens très forts dans nos méthodes de travail, dans l’appréhension de la rue… Le projet artistique est venu d’eux : « il faudrait raconter une journée dans un hall, parce que la personne qui se lève à 6 heure du matin voit les déchets laissés par les jeunes qui ont fumé des joints toute la nuit, mais il ne sait pas, ils ne se voient pas, ils ne se parlent pas, il n’y a pas de compréhension ». Donc on a créé une installation sonore qui s’appelait « le hall qui parle » et on a interviewé les gens sur tous les créneaux horaires possibles, sur ce qu’ils font dans le hall, sur ce qui s’y passe. On a ensuite retranscrit les propos et on a créé un personnage, le hall, qui parlait et qui racontait sa journée de hall d‘immeuble en donnant la parole à tous ces gens et cela a donné une installation sonore d’un quart d’heure où tout le monde pouvait entendre les raisons et la manière d’appréhender et de partager ce lieu des autres. Il y a aussi un hall transformé en lieu où on dessine.<br />
C’était intéressant car nous n’avions jamais travaillé dans l’espace public et nous n’avions pas de culture des arts de la rue. Le hall a donc constitué une première étape. Ce lieu, mi-privé mi-public, nous intéressait bien car il appartient à tous le monde mais est très approprié également. Ensuite, on est vraiment parti dans l’espace public, avec la chance de voir un pont se construire dans ce quartier, en travaillant dessus (un roman en est sorti, au titre recyclé d’un autre roman « naissance d’un pont » : nous nous sommes inspirés d&rsquo;un roman mais pour un travail théâtral et photographique). Il y a eu aussi l’arrivée du tramway…<br />
En fait, on fait des micro-politiques culturelle de territoire à notre initiative et contrairement à ce qu’on essaye de dire, qu’on trouverait de l’argent pour faire nos création sur le dos des populations, c’est plutôt que l’on remplace parfois l’absence de politique publique cohérente. Et pour le montage de projet, c’est la méthode des poupées russes : le financement global provient à la fois de la culture et la politique de la ville, et à l’intérieur, par exemple, on va créer un atelier spécifiquement dans l’école (éligible à d’autres financements, comme par exemple la Fondation de France), mais dans le même thème et sur la même dynamique, et idem au collège, en sachant que les enfants vont vous voir à l’école et dans la rue, et ce sont les mêmes enfants, donc que ce ne soit pas la même ligne budgétaire n’a aucune importance, pour les habitants comme pour les intervenants. On construit comme cela des petites poupées qui s’imbriquent les unes dans les autres et qui vont aboutir à un financement global pour une activité globale.<br />
Ce travail a également donné lieu à un plan de quartier, avec la paysagiste et grâce à un travail avec les habitants sur la représentation d’un quartier, et à une chasse au trésor grandeur nature qui rassemblait un certain nombre d’activités, pour certaines déjà engagées depuis un moment. Et cela a été la première fois que le bailleur social, Tours Habitat, s’est intéressé à notre travail, en sachant qu’on était dans le quartier depuis plusieurs années. Ils sont venus voir ce que l’on faisait parce que la chargée de mission les a incités. Le lien de Pih Poh avec Tours Habitat était les gardiens d’immeuble car toutes ces occupations éphémères n’ont été possibles qu’avec la complicité des gardiens. Et on s’est rendus compte que c’était des gens très importants dans un quartier d’habita social, qui pouvaient jouer un rôle très riche pour la qualité de la vie sociale, qui après allait rebondir sur la propreté des lieux, sur le bien-être des gens, à un sens très large. Et ils ont été très complices de ces aventures-là qui leur créaient en fait plutôt du travail supplémentaire. Ils pouvaient donner accès à l’électricité, à des locaux de stockage, etc. Après, les gens des bureaux se sont intéressés au travail dans un deuxième temps et cela a créé autre chose, car ce n’est pas la même dynamique. Ils sont venus voir ce que l’on a fait. Et on a aussi eu la chance de pouvoir travailler en coproduction avec Rayon frais [festival de théâtre urbain à Tours], ce qui a permis de donner une vision complémentaire : avant on était très intra-quartier, on travaillait avec les gens du quartier pour les gens du quartier ; et là, cela a donné l’occasion à des gens du centre-ville de venir dans ce quartier et de le voir sous un autre angle –notamment les vues panoramiques sur la ville et la vallée que l’on a des tours d’habitation. Donc cet événement, c’était une chasse au trésor dans le quartier, organisée avec l’aide de la Maison des Jeux de Touraine. Il y avait également un musée associé à cette chasse, qui était installé dans un appartement vide prêté par le bailleur et où était exposé tout ce qui avait pu être fait avec les habitants. On a donc commencé à travailler avec Tours Habitat et on est alors passé d’un A4 en noir et blanc à cette jolie plaquette couleur de 16 pages, ce qui est très satisfaisant pour les intervenants comme pour les participants.<br />
Le quartier est divisé en différentes zones, des tours de propriétaires et des tours HLM, ces dernières étant encore à distinguer selon les bailleurs, avec un bailleur plus chic où les occupants ont droit au front sud sur le Cher alors que l’autre n’a que les tours en retrait. Il y a une finesse sociale que l’on acquière par l’expérience et que les gens racontent. Et cela fait comprendre aussi que les gens savent très bien où ils sont, où on les place et comment la société les considère. Il y a une grande expertise d’usage sociologique des habitants des quartiers populaires. Cela polarise spatialement des problèmes que la société française a : dans la partie copropriétaires, il y a plutôt des gens très âgés, qui sont là depuis 30 ou 40 ans, alors que dans la partie HLM « chic », il y a des familles plutôt jeunes et dans l’autre partie HLM, il y a davantage de familles « étrangères » ou considérées comme « étrangères ». Et là, on retombe sur des questions très fortes de représentations, sur lesquelles on travaille : qui a le droit de cité ? Qui a le droit à la parole ? Qu’est-ce que la citoyenneté ? etc. L’idée était que, par ce parcours, les copropriétaires aillent dans la partie HLM et les gens des HLM aillent dans la partie copropriétaires. Et il y avait un tramway à venir et un espace naturel sauvage. C’est donc toute une recherche sur ce quartier.<br />
Avec « Au pied des Tours », on a travaillé sur la dimension historique du quartier. On a appris que Le Corbusier est venu au Rives du Cher et on l’a fait revenir. On a dit aux habitants : « -Vous savez que le Corbusier est venu aux Rives du Cher ? -Ah bon ? -Et d’ailleurs il va bientôt revenir… -Ah ? Je croyais qu’il était mort… » Et donc, il est revenu. Et il a été interviewé par Gérard Royer, le directeur du journal de la ville de Tours et fils de Jean Royer, le maire de la ville !<br />
« En pleine nature sauvage » : Dès que le pont a été construit, on l’a fait habiter par un vagabond, ce qui a beaucoup plu. Il avait construit sa cabane en récupérant des plantes sur les bords du Cher et il vivait là. Il a commencé à faire sa petite vie, la police est passée, une dame lui a amené à manger…<br />
« Terrain à bâtir » : il y a eu toute une concertation sur le seul espace en friche du quartier, un terrain à bâtir. On invitait les gens à faire de l’arpentage, le mesurer etc. pour faire des projets. Et quand on se retrouvait au musée à la fin de tout cela, on rediscutait ensemble sur la taille de la parcelle et les possibles. Mais cette concertation, portée par un service de la mairie, a été doublée par le projet d’un autre service de la mairie. Et cette concertation n’a mené à rien, bonne leçon pour nous car quand on entraîne les habitants dans une participation, maintenant, on s’assure que ce qu’ils vont dire ou faire sera entendue car sinon on se sent un peu pris entre l’arbre et l’écorce, ce qui est très désagréable.<br />
« Où est passé Madame Durand », c’était dans la partie copropriétaire. Il y avait une projection d’un film d’archive sur la construction des quartiers sud de la ville, ce qui était à l’époque le plus grand chantier d’Europe. Les papys et mamys, installés là depuis 40 ans, descendaient en pantoufles pour regarder le film et il y avait aussi des nouveaux arrivants.<br />
« Murmures murs », c’était l’installation du « Hall qui parle ». Et on pouvait ensuite se retrouver au musée des rives du Cher avec une exposition de photos et de dessins de Meryl Septier et c’est là où on discutait, on faisait de la concertation sur ce qu’on pourrait faire et les ressentis généraux autour du quartier.<br />
A la suite de cela, Tours Habitat nous a dit : « c’est fantastique ce que vous avez fait mais on va s’arrêter là. » Et on a compris que pour le directeur, on était censé faire de l’événementiel et qu’il n’en avait pas eu pour son argent. Ce qui fait que pendant deux ans, on n’a plus travaillé avec eux mais quelque chose s’était mis en route et on est resté en bons termes pour occuper les halls d’immeuble, et ils ont toujours été d’accord puisque l’année d’après, on a décidé d’aller travailler sur un autre quartier aux Fontaines.<br />
Quand on est arrivé aux Fontaines, ils nous ont demandé « Mais pourquoi vous voulez travailler toujours dans le même hall et ne pas changer de hall ». Et ils nous ramenaient à ce que l’on peut appeler de l’animation et il a fallu réexpliquer que l’on est ni dans l’événementiel ni dans l’animation. Et pourquoi il faut de la récurrence, pourquoi il faut être au même endroit de façon récurrente et que c’est comme ça que les gens peuvent participer à un moment et que ce n’est pas faire une animation ponctuelle qui peut apporter une réelle participation.<br/><br />
<strong>Discussion avec la salle</strong><br/><br />
Une question sur l’implication locale<br />
Il y a une nécessité à bien connaître le territoire, à être présent auparavant. Y-a-t-il une implication personnelle avant sur ces territoires pour pouvoir avoir cette qualité et cette proximité dans les quartiers ?<br />
Ida Tesla se considère arriver en étrangère sur le quartier. Et d’un point de vue théâtral, le comédien ne ment jamais et il n’y a pas de cloison étanche entre le réel et l’imaginaire. Ce que l’on vit aujourd’hui était impensable il n’y a même pas 100 ans. On arrive dans une dynamique où on ne sait pas à l’avance, et où il est nécessaire d’apprendre et pour cela d’avoir du temps, pour une implication hebdomadaire, voire quotidienne, ce qui nécessite aussi de travailler à proximité de son lieu de vie.<br />
Est-ce que ces territoires-là ont été choisis et est-ce qu’il y a une part d’implication personnelle ? Zmorda Chkimi revendique un théâtre politique, sur LE politique. On a le besoin de s’interroger sur la population, sur ce qui se passe sur un territoire et sur un thème précis -parce qu’on ne peut pas s’interroger sur tout-, sur l’emploi, sur les femmes. Ensuite, pourquoi l’Essonne ? C’est un peu un hasard, suite à un projet -un spectacle de poésie- acheté par pleins de bibliothèques en Essonne, mais cela aurait pu être sur un autre territoire, en périphérie de Paris, puisqu’il y avait un intérêt sur la périphérie, et humaine et géographique.<br />
Une question sur les partenariats institutionnels mobilisés à Tours<br />
On a travaillé avec toutes les associations présentes à l’espace multi-accueil Toulouse Lautrec, le VERC (« Vivre ensemble au Rives du cher ») qui est un espace de vie social et le centre socioculturel Léo Lagrange, qui est structure sociale qui fait du périscolaire. Il y avait donc deux pôles : un très professionnel à la limite de la bureaucratie (Léo Lagrange) et un trop peu professionnelle (VERC), à la limite des « grands frères ». Il y a eu également le service de prévention spécialisée, partenaire très proche notamment sur le travail du « hall qui parle », il y a eu une évidence sur la façon d’envisager la personne et le territoire dans sa globalité, dans ses interactions.<br />
Question sur l’implication politique. Il faut une posture d’artiste particulière pour faire ce travail d’intervention artistique engagée, pour faire ce travail dans le temps long, avec un échange très prégnant avec la population ?<br />
C’est une posture militante, même avec les précautions pour employer ce terme. Ce terme militant revient, notamment par la participation aux activités d’une nouvelle association, « Pas sans nous » (coordination nationale des associations des quartiers populaires) : « cela ne se fera plus sans nous, pour une réforme radicale de la politique de la ville », qui défend la co-construction de la politique de la ville, avec les habitants et les associations.<br />
Là où le rôle de l’artiste peut être intéressant, ce ne serait pas tant dans la critique que dans le « faire », qui porte la critique en creux. On ne peut plus dire qu’il n’y a plus de citoyens engagés, que les gens n’ont plus le temps, n’ont plus envie, ne sont pas intéressés, ne comprennent pas, etc. » Car ces interventions artistiques créent ces espaces, il n’y a plus besoin d’aller dire que ça existe, puisque cela existe. Il y a une démarche collective, avec un vidéaste, une paysagiste, pour créer une dynamique. Si on veut créer une dynamique collective dans un quartier, il faut soi-même être un collectif. C’est la création des choses qui fait que les gens ne pourront plus mentir ou être dans le déni puisque les choses sont là et se font. Et elles se feront sans eux, la démocratie participative est en train de s’inventer. Même si parfois, quand on voit les réticences, on peut être désabusé. Et c’est une école de citoyenneté.<br />
Une question sur le passage de groupe, du collectif à un commun : comment le micro peut devenir du collectif ? Et comment le commun peut perdurer ?<br />
Il y a l’idée que l’intime, c’est le plus universel. Marcel Proust parle à tout le monde quand il parle de sa peine face à la mort de sa grand-mère. Quand on est dans le micro, on est déjà dans l’universel. Quand on recueille des paroles (par exemple, des interviews d’adolescents et d’adultes), on retrouve une parole complètement au-delà de leurs situations particulières (en fonction de leur âge, leur origine, leur quartier…). Ce que ces personnes disent, sur leur micro-expérience à eux,  peut intéresser tout le monde, en tant que mère, père, fils, etc.<br />
Malgré l’insistance à montrer surtout ce qui nous divise, le commun existe. Quand on passe du temps avec des gens, le commun est vraiment là, comme une évidence. C’est vraiment ce qui nous fédère et nous unit, même si ce n’est pas le discours général que l’on a. En se rencontrant simplement, en faisant des liens et en étant ensemble, le commun est là, de fait. Et l’enjeu de la participation est là, de faire émerger du commun.<br />
Une façon de faire perdurer le commun peut être en construisant un objet du commun. C’est une solution pragmatique, d’où un manège, un livret CD, une association de femmes qui content sur les discriminations.<br />
Une question sur la place et le rôle des acteurs de la médiation culturelle<br />
Selon les propos exposé, il y aurait une certaine hostilité, si ce n’est pas des décideurs, du moins du système vis-à-vis d’interventions qui relèvent de l’incertitude, incertitude toujours délicate à appréhender pour les décideurs publics. Les réponses avancées sont soit de prendre le droit quand on ne l’a pas, soit d’aller chercher des alliés, sur le terrain ou au sein même des institutions. Mais on ne voit pas les acteurs de la médiation culturelle (services culturelles des collectivités…), qui apparaissent absents des exposés.<br />
A Tours, il y a eu le travail pendant deux ans en coproduction avec Rayon Frais, qui est un festival sur « les arts et la ville », organisé par un service culturel. La difficulté est qu’il y a tout un financement accordé aux institutions culturelles (musées, centres dramatiques…), et celles-ci auraient sans doute intérêt à se repositionner en tant que pôle de ressource pour les acteurs locaux. Il y a un mouvement (notamment une charte des politiques culturelles publiques adoptée par des directeurs des affaires culturelles lors d’un congrès à Rennes) qui met en avant l’idée qu’en situation de pénurie, il faut que les institutions deviennent pôle de ressource pour les acteurs locaux, les micro-acteurs. Et d’une manière générale, l’Etat s’efface en termes de financements et il faut aller chercher du côté des agglomérations, des villes et dans le privé.<br />
Du côté de la formation, on constate que les acteurs sociaux du territoire sont formés à la médiation culturelle, et souvent le chemin est fait par le travailleur social vers l’équipement culturel et rarement l’inverse. Malgré les rapports sur l’utilité du travailleur social au sein de l’équipement culturel, malgré les financements directs de la DRAC, on se retrouve finalement avec des formes d’actions culturelles souvent standardisées, c’est-à-dire beaucoup à destination des écoles et des collèges, et il y a tout un vide qui existe pour ces microstructures sociales. Dans les réunions CUCS ou contrat de ville, l’expression « partenaire culturel » apparaît comme un élément de langage qui n’est pas connu, pas saisi. Pour l’instant, on est souvent dans un rapport passif-actif, avec le travailleur social qui est questionneur, « qu’est-ce qu’on peut venir faire chez vous ? », alors qu’à l’inverse, l’acteur culturel vient rarement questionner le champ social. Et on aura du mal à avancer sur ces questions-là tant que ce rapport n’aura pas changé.<br />
Mais à propos de la participation pour les équipements culturels, il y a des choses aussi très positives. Il y a des cadres d’action qui se généralisent et on peut aujourd’hui évoquer le CUCS avec un certain nombre de partenaires culturels qui aujourd’hui se saisissent de cela. Donc, on a l’impression que ça avance. Par exemple le petit Faucheux (salle de Jazz et de musique improvisée sur Tours), qui a décidé de dédier une enveloppe d’action culturelle à des projets sociaux, avec les habitants et les usagers et de sortir des formats un peu standardisés, scolaires etc. Une douzaine de salon de musique improvisée ont ainsi été créés dans des structures sociales, dans des pensions de famille… Et là, les préjugés tombent, comme quoi la musique improvisée serait un peu compliquée pour les gens, et au contraire, les gens sont très intéressés.<br />
Il y a 10 ou 15 ans à propos de la participation des habitants, on disait que le grand méchant, c’était le technicien, l’ingénieur, l’urbaniste qui n’avait pas envie de partager son savoir. Cela semble de moins en moins vrai. Aujourd’hui, ce sont les acteurs culturels qui ont un peu l’impression d’être dépossédés. Ils acceptent d’être sollicités mais ils ne sont pas tellement dans la démarche inverse d’aller faire des propositions et d’aller monter des projets. Finalement, l’acteur culturel fait assez peu de médiation culturelle, même si cela existe parfois.<br />
Il y a également les logiques de travail très sectorisées au sein des collectivités. C’est très rare que l’urbanisme, le social, le tourisme, la culture se disent « tiens, on a la même problématique, est-ce qu’on ne pourrait pas travailler ensemble sur une même action ? » Et souvent, cela vient d’opérateur extérieur avec des techniciens et des agents qui n’attendent que ça dans les collectivités, d’avoir un prétexte pour travailler de manière transversale.<br />
Ces remarques font écho avec d’autres éléments expérimentés dans le programme ECLIPS. L’un des aspects observés, c’est que la participation trouve ces limites dans le cloisonnement de tous les intervenants sociaux ou les acteurs de la ville. En écoutant les expériences de chacun, on voit des acteurs à la croisée de pleins de compétences (médiateurs, sociologues, animateurs, postures engagées et politiques, gestionnaires administratives…). Comment aller à l’encontre de ces cloisonnements ? A écouter les pratiques de ballades ou d’interview, cela renvoie beaucoup à des pratiques de chercheurs, et notamment de sociologues. N’y-t-il pas des liens ou des ponts à faire avec d’autres compétences, notamment la recherche ?<br />
L’association « Pas sans nous » s’est dotée d’un conseil scientifique et technique au niveau national. Et la possibilité d’avoir un conseil scientifique et technique au niveau local est envisagée, bien que cela semble lourd à organiser. Il y a aussi l’observatoire des inégalités avec des possibilités de partenariats.<br />
Complément : l’association Bouche à Oreille et l’expérience « Ensemble Cour du Languedoc »<br />
Un autre collectif avait été invité à cette journée, l’association « Bouche à Oreille », qui est intervenu à Metz dans le quartier de Borny, un des plus grands quartiers d’habitat social de l’Est de la France : 15 000 habitants, 5000 logements, des grandes tours et des grandes barres, l’urbanisme fonctionnaliste des années 60 aujourd’hui en crise. Et dans ce quartier, il y a une énorme cour formées par 4 barres d’immeubles, qui s’est beaucoup paupérisée, avec des difficultés sociales, le trafic de drogue, un bailleur peu présent. Et un jour, cette association « Bouche à oreille », fascinée par ce lieu, arrive avec un projet plutôt événementiel, de faire un son et lumière avec les habitants dans la Cour du Languedoc. Et cela fait 3 ans qu’ils sont là et qu’ils sont restés, qu’ils ont refait des spectacles, qu’ils accueillent les jeunes, des migrants, etc. Ils accompagnent désormais complètement la collectivité et le bailleur autour de la rénovation de ce quartier. Et ce qui est intéressant dans leur expérience, c’est qu’ils étaient vraiment dans une démarche événementielle au départ et qu’ils sont restés, avec beaucoup de questionnements évidemment.</p>
<p>Une vidéo est projetée sur cette expérience : « Ensemble Cour du Languedoc »1.
</p></div>
<div id="page-4">
<h3>Elsa VIVANT &#8211; Les collaborations entre artistes et urbanistes : de nouvelles formes de médiation et de participation des habitants</h3>
<p>Il s’agit d’une présentation d’une recherche tout juste achevée qui relie les questions de production de la ville, d’intervention artistique et de participation citoyenne. C’est donc une première tentative de formalisation d’un des aspects de cette recherche conduite avec le soutien de la Région Île-de-France1. Elle visait à étudier des expérimentations où des artistes et des urbanistes sont amenés à travailler ensemble par rapport à un problème que se pose l’urbaniste et concernant, d’une manière ou d’une autre, la prise en compte des usages et des usagers. L’hypothèse de départ était que ces collaborations étaient propices à l’innovation urbaine, en particulier des innovations de process ou de méthodes.<br />
Les formes de collaborations étudiées sont très diverses, les rôles que peuvent jouer les différents intervenants peuvent être très variés (qu’il s’agisse de l’artiste, de l’urbaniste ou de l’usager). Aujourd’hui, l’exposé ne portera que sur les rôles qui étaient fait jouer aux usagers. Et ce qui est intéressant sur cette question des rôles que joue chaque type d’intervenant dans les dispositifs, c’est que le rôle ne préjuge pas des modes de participation : ce n’est pas parce que, par exemple, un usager ne rencontre pas physiquement l’urbaniste que sa parole, sa position, ses intérêts ne sont pas énoncés et prise en compte.<br/><br />
<strong>Les cas étudiés</strong><br/><br />
Cinq expérimentations très différentes ont été étudiées. Celles-ci sont anonymisées. Il s’agit :<br />
&#8211; de la création d’un spectacle sur le thème de l’inondation ;<br />
&#8211; des professionnels de l’urbanisme qui essayent de réinventer leur propre méthode de travail en mettant en place des ateliers où ils mobilisent d’autres types de professionnels, dont des artistes ;<br />
&#8211; d’un dispositif de formation qui vise à associer des artistes et des chercheurs par rapport à des problèmes réels, au sein duquel a été étudié un projet monté dans une ville de région parisienne qui est l’objet d’un gros programme de rénovation urbaine et où les professionnels de la ville se posent la question de l’appropriation des espaces publics ;<br />
&#8211; d’une expérimentation de recherche-action montée par l’équipe de recherche, où ce sont des artistes sonores qui sont intervenus pour concevoir une cartographie sonore d’un territoire en projet, en lien avec les problèmes que se pose l’urbaniste pour la définition de son projet par rapport aux usages de cet espace ;<br />
&#8211; d’un collectif de jeunes architectes, paysagistes et urbanistes qui veulent exercer leur travail différemment et qui répondent à un appel à projet pour créer un lieu temporaire de communication sur un projet urbain dans un quartier ANRU. Leur proposition va être de concevoir avec des habitants un jardin, leur objectif étant non pas de créer un jardin mais de développer les capacités des habitants à savoir comprendre les enjeux de transformation du territoire, à prendre une position et à la défendre. Et dans ce cadre-là, ils vont faire intervenir un artiste en amont, un comédien qui joue un rôle dans cette histoire pour enrôler les habitants à l’expérience.<br />
On identifie globalement 3 rôles que jouent les usagers dans ces expérimentations (un usager pouvant jouer plusieurs rôles) :<br />
Le rôle de l’usager qui a des connaissances sur le territoire, pour lesquels il va falloir trouver un moyen de les recueillir et les transmettre ;<br />
Le rôle de l’usager qui participe à l’expérimentation et qui va faire les choses qu’on lui demande de faire ;<br />
L’usager qui va participer à la production, à la conception de quelque chose et qui va progressivement essayer d’avoir une influence sur la décision.<br />
Ces différents rôles vont être illustrés chacun par des exemples :<br/><br />
<strong>1- L’usager ressource</strong><br/><br />
Il y a tout d’abord le rôle de l’usager qui est une ressource pour avoir des connaissances sur le quartier. On peut l’illustrer avec l’expérimentation montée par des étudiantes dans le dispositif de formation : pour comprendre les modes d’appropriation des espaces publics, elles ont décidés d’aller chez les gens et de les interviewer à leur fenêtre en leur demandant de décrire le paysage, de décrire ce qu’ils voient. Ce travail de description va amener les personnes à parler de leurs préoccupations quotidiennes, sans pour autant que ce soit la question explicitement posée. On a là un premier dispositif de recueil de paroles qui vise non pas à demander un avis, un jugement mais seulement à raconter une perception. De par cette modalité de recueil de paroles vont surgir des informations qui, aux dires des professionnels, destinataires de l’ensemble de l’expérimentation, sont nouvelles. De ces paroles, les artistes-élèves ont transcrit tous les entretiens et en ont retenus quelques extraits sur lesquels elles se sont appuyées pour écrire un récit, un dialogue, qu’elles ont lu aux professionnels de l’urbanisme. Pour faire cette lecture, elles ont reperfomé le dispositif de recueil puisque les professionnels étaient assis face à des fenêtres et les lectrices étaient derrière eux et leur lisaient, dans leur dos, les extraits. Ce dispositif de scénographie rendait beaucoup plus efficace l’écoute par les personnes des propos qui leur étaient tenus. Les évaluations qui sont faites du dispositif par les professionnels concernés étaient assez fortes : déjà, ils ont entendus des choses qu’ils n’avaient jamais entendues et, surtout, ils se sont rendu compte que, par rapport aux dispositifs habituels de concertation, il pouvait y avoir d’autres formes de médiation de la parole habitante qui permettaient de sortir d’une logique de confrontation dans laquelle ils ont l’impression de toujours se trouver lorsqu’ils sont dans des réunions de concertation, pour faire émerger d’autres informations, d’autres ressentis sur le territoire. Il y a là un premier apprentissage qui est que l’usager a des choses à dire mais que, pour que ces informations ou ces sentiments par rapport à l’espace puissent être compris et appropriés par le professionnel, il y a besoin d’une médiation, et là ce sont des artistes qui font cette médiation.<br />
Un autre exemple du même ordre : c’est le collectif de jeunes architectes-urbanistes qui décident de créer, avec les habitants, un guide touristique. Pour cela, ils vont demander aux habitants un certain nombre d’informations sur leurs quartiers, en particulier tous les petits secrets que l’on a sur son quartier -le meilleur boulanger, les raccourcis pour aller à l’école…- pour donner à voir toutes les petites choses positives du quartier. Pour le collectif, c’était une manière de faire prendre conscience aux habitants que, dans ce quartier, il y avait aussi des qualités, des espaces plus agréables que d’autres et qu’on pouvait renseigner un visiteur sur les lieux agréables de son quartier. Cela a aboutit à la production par le collectif du guide touristique, puisqu’à la fin, c’est le collectif qui a transformé cette parole en un format manipulable. Pour le coup, ici, l’artiste a disparu et celui qui fait la médiation de l’information, c’est le professionnel.<br/><br />
<strong>2- L’usager participant dans le dispositif qu’on lui propose</strong><br/><br />
En restant sur ce même exemple, ce collectif de jeunes architectes-urbanistes doivent convaincre les habitants à venir participer à leurs ateliers de jardinage. Ils vont alors créer un personnage fictif qui va être joué par un comédien, qui est là un interprète d’un rôle qu’il n’a pas écrit lui-même. Ce comédien joue le rôle d’un voyageur à la découverte du quartier, qui est aussi un jardinier et qui va chercher à enrôler les habitants, en leur proposant à boire, en créant un petit dispositif de terrasse ambulante, pour inciter les gens à s’arrêter devant cette chose un petit peu inhabituelle et à commencer à dialoguer. Il va revenir plusieurs fois sur le quartier et quand il revient, les gens qui l’ont déjà vu une fois reviennent le voir, prennent de ces nouvelles et progressivement, ce personnage s’inscrit dans l’histoire du site, dans la vie du quartier. Et alors même que le comédien va disparaître au fur et à mesure de l’avancée du projet, il va rester dans la mémoire et les habitants vont continuer à demander de ses nouvelles. C’est un personnage fictif, personne n’est dupe, mais il va permettre de construire un récit autour de l’intervention de ce collectif et va permettre l’enrôlement des participants. Un petit groupe de 10 à 15 habitants, plus des enfants, vont participer plus ou moins régulièrement aux activités que propose ce collectif, aux cours desquels, au début, ils suivent les consignes du collectif. Ils vont par exemple participer à un atelier de création de mobilier urbain mais vont être plutôt des exécutants que des concepteurs des ateliers de bricolage ou de jardinage. <br/><br />
<strong>3- L’usager coproducteur</strong><br/><br />
Mais progressivement, ils vont prendre un autre rôle, ce qui devient intéressant par rapport aux questions de participation citoyenne. D’une manière un peu surprenante, ces usagers de la jardinière vont progressivement déployer un troisième rôle délicat à qualifier, « co-concepteur », « co-producteur »… ces termes ne conviennent pas tout à fait, mais en tout cas, ils changent de rôle, parce qu’ils vont prendre à bras le corps ce projet de la jardinière et vont le faire leur. Le collectif de jeunes architectes-urbanistes s’implique de moins en moins dans le projet, pour diverses raisons, et ce petit jardin, créé de manière temporaire, est détruit mais les habitants vont négocier le fait qu’un nouveau jardin soit créé. C’est eux qui vont choisir le meilleur emplacement en se servant de toutes les savoirs qu’ils ont appris grâce à l’intervention du collectif qui a fait avec eux non seulement des ateliers de jardinage et de bricolage, mais aussi des ateliers de lecture de carte, de compréhension d’un certain nombre de savoirs un peu plus techniques. On a là une nouvelle figure de l’habitant qui est l’habitant qui commence à devenir un acteur de la transformation de son quartier, et qui va revendiquer quelque chose, grâce à l’intermédiaire d’un travailleur social du centre social qui s’est beaucoup investi dans le projet et a servi de médiation entre le collectif et les habitants et qui va porter la voix des habitants auprès de la collectivité locale. Donc là, on a un autre acteur qui rentre dans la boucle, qui est l’agent du centre social qui va rendre possible l’expression du sentiment du point de vue des habitants.<br />
Donc, on retrouve ces trois rôles et on pourrait faire la même typologie pour éclairer les rôles que peuvent jouer les artistes et les professionnels de l’urbanisme dans ces dispositifs et on se rendrait compte que les artistes ou les urbanistes pouvaient eux aussi être amenés à jouer des rôles assez proches des trois qui viennent d’être décrits, à savoir « ressources pour l’action », « participant-exécutant de tâches » ou « acteurs qui prend position et défend un point de vue sur la transformation ». Ces positions sont peut être exagérées et demandent encore à être validées et consolidées.<br />
Questions en suspens<br />
Il reste quelques questions en suspens : par rapport aux objectifs que s’étaient fixés les initiateurs de ces différentes expérimentations, les ont-ils atteints ? Plus ou moins en fait : dans le cadre de la jardinière, ce projet d’émancipation citoyenne arrive à un certain résultat, mais dans d’autres cas, les attentes formulées au départ n’ont pas toujours été rencontrées.<br />
La deuxième question qui se pose est celle de la représentativité, question permanente dans ces enjeux de participation citoyenne. Dans le cadre de la jardinière, cela concerne un tout petit groupe d’habitants, 10 à 15 habitants. N’est-ce pas assez ou déjà beaucoup ? Pourrait-on en avoir plus ? Difficile à dire mais il faut quand même souligner que ce n’est pas des dispositifs qui peuvent s’adresser à un grand nombre de personnes. De la même manière, pour les entretiens à la fenêtre, cette activité a été faite avec 7 personnes. En quoi cela est représentatif ? C’est avec leur subjectivité que les artistes construisent un récit, mais la question de la représentativité de la parole reste complètement posée.<br />
La dernière question soulevée par ces expérimentations observées est la question de la place de l’art. On s’est rendu que, quand bien même des artistes sont présents dans les dispositifs, tous ne sont pas là pour créer quelque chose et quand bien même on a l’impression de l’extérieur qu’ils créent une œuvre, qu’ils créent quelque chose, en fait, pour eux, ce n’est pas si simple que cela. Par exemple, dans le cas de la performance sur les lectures d’extraits à la fenêtre, tous les gens interrogés sont persuadés que le moment où il y a œuvre d’art, c’est le moment où il y a cette performance, des textes sont lus et mis en scène, il y a une scénographie et pour toutes les personnes qui participent, ils sont persuadés que c’est à ce moment-là qu’il se passe quelque chose d’artistique. Pour l’artiste qui a monté le dispositif, ce n’est pas du tout à ce moment-là qu’il y a de la création artistique, elle n’est pas satisfaite d’avoir fait cela, elle le fait car elle est dans le cadre d’une commande et qu’il y a une attente mais, pour elle, le moment où il se passe quelque chose d’artistique, où il y a une expérience esthétique, c’est quand elle est à la fenêtre avec les habitants et qu’elle discute.<br />
C’est un travail en cours et les interprétations de tous ces éléments ne sont pas encore finalisées.<br/><br />
<strong>Discussion avec la salle</strong><br/><br />
Question sur la place des élus et du personnel politique dans ces expérimentations<br />
On parle beaucoup de co-construction, co-conception, coproduction mais derrière, le modèle très hiérarchique demeure prégnant : l’habitant en bout de chaîne, le service technique qui a la charge de l’expertise et l’élu qui orchestre les choses.<br />
En fait, cet aspect se révèle être très différent suivant les cas. Elsa Vivant propose de revenir sur un des exemples, le cas du dispositif de formation, qui illustre bien cette question de la place de l’élu. En fait, les artistes vont travailler avec les urbanistes de la ville, mais les élus ne le savent pas. Tout se fait sans convention ni financement, et puisqu’on est dans un dispositif de formation, on s’autorise des libertés qu’on ne s’autorise pas d’habitude. C’est seulement à la fin, lorsque l’on a aboutit à quelque chose, ce qui n’était pas du tout sûr au départ, qu’ils vont informer les élus. Et cela ne se passe pas bien du tout, car lorsque les artistes présentent leur travail à l’élu, il ne comprend rien car il n’a pas participé à toute la démarche. Ce qu’expliquent les professionnels de cette ville, c’est qu’ils n’auraient jamais pu le faire s’ils avaient informé leurs élus en amont, parce qu’il aurait fallu rendre des comptes aux élus. Et là, ils ont pris beaucoup de liberté et de temps car ils n’avaient pas à rendre de compte à des élus (et parce que le DGS est là depuis 20 ans et a la confiance de l’élu). Et ils ne demandent pas aux élus car ils ne sont pas capables d’expliquer ce qui est en train de se passer (travail de collaboration très forte avec les artistes) et ils ne savent pas quoi en attendre. C’est peut-être la situation qui permet le mieux d’éclairer de façon un peu extrême la place des élus : dans certain cas, il n’y a pas d’élu. Ce cas éclaire bien cette ambiguïté et le fait que ce n’est pas facile non plus pour les techniciens de prendre des libertés par rapport à leurs obligations de travail. Dans d’autres cas, les élus sont au contraire très présents dans la mise en place du dispositif et vont être très demandeurs<br />
C’est un peu une démonstration par l’acte, qui renvoie à l’idée de prendre la liberté. Cela renvoie aussi à un précédent séminaire du programme ECLIPS (décembre 2014) où il était question pour les techniciens « pour pouvoir avancer, d’être obligé de marcher dans l’ombre du monstre ». Si on reste dans un système décisionnel hiérarchique avec validation des élus, plus on met de points de validation, et moins on avance. Et là, ils peuvent se le permettre car il n’y a pas d’argent en jeu, pas de convention.<br />
Par contre, il y a des comptes à rendre vis-à-vis de l’école, qui fait office de tiers dans cette expérience-là. Et souvent dans les expérimentations observées, il y a un tiers. Et le rôle de ce tiers est variable : tiers de mise en relation des parties-prenants ; tiers qui construit un cadre de pensée, un cadre d’action très formel ; tiers qui joue le jeu de commanditaire. Ici, le dispositif de formation en lui-même va aller chercher la commande auprès de la ville, construit le cadre de pensée et d’intervention. L’opérateur d’intermédiation, ce sont les enseignants de cette formation.<br />
Question sur l’intérêt de la figure du voyageur comme amorce pour intervenir dans le quartier.<br />
Le parti-pris était de dire que personne ne vient jamais dans ce quartier et la figure du voyageur qui arrive peut être une manière de faire changer le regard des habitants sur leur quartier, puisque quelqu’un s’y intéresse. Il s’agit de construire un récit où le quartier peut avoir un intérêt pour quelqu’un qui vient de l’extérieur, a des secrets, des choses positives et l’enjeu, c’est de réussir à les montrer à ce voyageur. On mesure les traces de cette figure du voyageur au cours des entretiens ex post. Les habitants s’en souviennent, en parlent, des habitants demandent des nouvelles… Personne n’est dupe, sauf les enfants, un peu à la manière du père noël… D’autres éléments vont permettre de conserver cette mémoire du voyageur : en conservant les mêmes codes visuels dans la manière de décorer l’espace lors d’interventions, en créant un guide touristique, en faisant des cartes postales, la rhétorique du voyage reste tout au long du projet.<br />
Question sur le rôle des artistes dans ces projets, qui ne sont pas des projets d’artistes, mais des projets où il y a des interventions artistiques à des moments.<br />
Dans les cas étudiés, les artistes ne sont jamais à l’origine des projets. Mais en même temps, trouver des situations où il y a vraiment une relation qui se monte entre l’artiste et le professionnel au regard d’un problème que se pose le professionnel n’est pas évident.<br />
Du coup, il est possible d’analyser à quel moment est convoquée la figure de l’artiste dans ces projets. On retrouve les mêmes catégories qu’avec les habitants-usagers. En gros, il y a l’artiste qui est médiateur de la parole de l’habitant, qui par ses moyens artistiques de représentation traduit la parole habitante en quelque chose de différent qui est une représentation de cette parole ; l’artistes qui est le créateur, le concepteur de tout le dispositif ; et puis l’artiste qui est plus un exécutant, un interprète comme un instrumentiste ou un comédien. Il y aura peut-être ces 3 figures-là à l’issue de l’analyse. Et de la même manière, le professionnel joue différents rôles : il peut être juste une ressource pour la création, car il a des savoirs et qui va alimenter la réflexion de l’artiste ; il peut être aussi un participant comme un autre qui ne fait qu’exécuter des choses qu’on lui demande de faire ; et il peut être le concepteur même de l’expérimentation.<br />
Par rapport aux discussions de la matinée et pour revenir à la notion de commun, ce qui est appelé artiste dans la médiation de la parole habitante, c’est aussi un artiste qui recrée ou retransmet du commun à partir de paroles individuelles mais qui vont être écoutées par tous, via l’œuvre alors qu’individuellement, elles ne s’écoutent pas les unes les autres. Mettre en commun, c’est faire écouter aux uns et aux autres ce qu’ils n’entendent pas.<br />
Dans cette expérimentation avec la formation, on a vu dans l’exposé les rôles de l’usager, mais il y a aussi beaucoup de médiation de la parole des professionnels eux-mêmes vis-à-vis de leurs collègues et sur leurs propres préjugés, leurs pratiques, leurs représentations du territoire, etc. Il y a toute une médiation qui est faite par les artistes de cette parole qui est recueillie auprès des professionnels pour la médier vis-à-vis de l’ensemble du groupe des professionnels. C’est encore une trajectoire de médiation assez inattendue, du professionnel à lui-même, où l’artiste est vraiment un moteur de la réflexivité du professionnel sur sa pratique. Et comme on pose la question de la représentativité des usagers, on peut là-aussi poser la question de la représentativité des artistes : quels artistes s’engagent dans ces dispositifs ? Etc.<br />
Question sur ce qui est explicitement demandé dans la commande, notamment la réalisation ou non d’une œuvre.<br />
Par exemple, dans le cadre de la description à la fenêtre, la question se posait de savoir à quel moment il y avait œuvre ou pas œuvre. Mais dans la commande passée à l’artiste, est-ce que c’était un projet d’accompagnement ou est-ce qu’il y avait derrière, la réalisation d’une œuvre ? Dans ce cas-là, ce n’était pas du tout prévu. Une question était posée aux artistes : « On ne comprend pas, on vient de refaire les espaces publics et il n’y a personne. Expliquez-nous pour quoi les gens ne s’approprient pas les espaces publics… » Il n’était donc pas demandé de faire une œuvre. Et les artistes n’ont pas proposé a priori de faire une œuvre. Ce n’est qu’après 5 ou 6 mois de travail que l’idée a germé. Donc, il n’y avait pas l’intention de faire œuvre. Par contre, dans d’autres cas, oui, il y a un projet de créer une œuvre. La aussi, cela dépend des situations.
</div>
<div id="page-5">
<h3>Marie-Kenza BOUHADDOU &#8211; Limites de la participation dans les pratiques artistiques dans les quartiers d’habitat social</h3>
<p>On est dans un contexte d’injonction participative qui se traduit dans les projets urbains par des dispositifs institués. Et on peut se demander comment cette participation est censée se passer dans le cadre des projets artistiques. On voit par exemple, avec les propos de Joel Zask1, que participer existe bien sûr en politique et est illusoire en politique, mais que cela existe aussi dans d’autres formes renouvelées, alternatives, et notamment dans le champ artistique.<br />
Les questions qui viennent ensuite sont les suivantes : la participation, dans le cadre de ces projets artistiques, est-elle de même nature que dans le cadre du champ politique ? Revêt-elle les mêmes formes et répond-elle aux mêmes mécanismes que la participation dans le cadre de projets urbains ? Est-ce à dire que participer en art revient à la même chose que participer en politique ? Pourquoi l’art ferait participer? Qui ferait-il participer et à quoi ? Quelles sont les limites de cette participation ? Existe-t-il des formes de récupération (politique, sociale ou autre) ou même d’institutionnalisation ? Quelles formes cette récupération, voire cette institutionnalisation prennent-elles ? Participer, pour qui et par qui ?<br />
Le terme de « participation » étant très galvaudé, Joëlle Zask propose de faire une distinction entre « participer » et « participation ». Selon elle, il y a quelque chose de stérile dans la participation, parce qu’on convoque des gens dans des dispositifs qui ne sont pas de leur fait, et dans lesquels ils n’ont pas participé à leur constitution. De fait, ces gens sont appelés à jouer un rôle pour faire fonctionner une machine démocratique qui en légitime l’existence. Pour elle, il y a nécessité à revenir sur le sens de ce terme de « participation ». Elle propose donc un modèle de « démocratie contributive ».<br />
Participer, c’est un « faire », un ensemble d’actions ou d’activités, par essence ordinaire (autour de l’intime ou du quotidien comme cela a pu être évoqué durant la matinée) et informel la plupart du temps. Pour elle, cette participation peut se décliner en trois moments : le « prendre part », le « contribuer » dans lequel on apporte une part et enfin, le « bénéficier d’une part» dans le sens de recevoir une part. Ces trois moments sont corrélés les uns aux autres.<br />
On verra comment s’opèrent les modalités de cette participation spécifique en art, quels sont ses acteurs, ses projets et ses finalités pour comprendre où se trouvent les limites de cette participation et de quelle façon elle est récupérée, voire institutionnalisée.<br/><br />
<strong>Une participation spécifique</strong><br/><br />
Participer en art est assez spécifique. Pour les acteurs artistiques, il y a deux types d’artistes, ceux pour qui participer relève de leur propre processus artistique et ceux à qui l’on demande de participer.<br />
Les artistes à qui les commanditaires de l’œuvre demandent la participation sont assez peu capables de l’intégrer à leur processus artistique. Marie-Kenza Bouhaddou a étudié pendant deux ans un projet qui s’appelle le 8e Art, dans le 8e arrondissement à Lyon, qui une commande publique artistique menée par le bailleur social Grand Lyon Habitat entre 2007 et 2014. Durant cette commande, il a été demandé à une dizaine d’artistes de placer la question de la participation des habitants au cœur de leur proposition. Sur les dix propositions retenues, une seule répondait à cette attente et encore, elle bornait la question de la participation à une simple concertation d’un très petit nombre d’habitants, faite via une interprète, puisque l’artiste n’était pas francophone.<br />
Au contraire, pour les artistes pratiquant l’art relationnel, contextuel ou participatif, la participation s’inscrit au cœur de leur processus artistique et cela en est même une condition de réalisation et d’existence2. C’est le cas d’un artiste comme Thierry Boutonnier, qui a initié un projet dans le 8e arrondissement de Lyon, qui s’appelle « Prenez Racines ! », mené depuis 2009 dans le quartier Mermoz. Cet artiste utilise non seulement le contexte et le public pour faire exister son œuvre, mais il recherche très activement une coopération et une co-fabrication de l’œuvre avec les habitants, mais aussi avec les autres acteurs.<br />
Ces acteurs artistiques participent au « faire » et ils contribuent à faire rayonner le projet à l’extérieur. Ils participent par ce rayonnement à sa légitimation soit auprès d’autres artistes, du public, des experts ou d’institutions artistiques. Les acteurs sociaux sont les destinataires, les faiseurs et les contributeurs des projets artistiques. Ils interrogent le rôle, les pratiques et les expertises des autres acteurs.<br />
Les projets dans lesquels la participation est une donnée importante s’adressent souvent à des publics dits « prioritaires », « spécifiques » dans des quartiers dits « d’habitat social », « sensibles », ZUP, etc. Ainsi, on fait participer un public d’invisibles, un public de gens que l’on n’entend pas et surtout des gens qui ne participent pas à la vie locale, qu’elle soit sociale ou politique. Cela repose sur un postulat non démontré que participer en art serait un substitut ou un tremplin vers une participation politique, alors que participer en art met en évidence une autre forme de participation qui se retrouve dans le « faire », le « faire communauté », le « travail d’une communauté ou du commun », comme l’analyse Pascal Nicolas Le Strat. Ce mode de participation, s’il est social et politique, n’est pas politicien.<br />
Dans le cas du projet Prenez Racines !, un groupe d’habitants est à l’initiative d’un jardin potager partagé depuis 2010. Il s’agit d’un espace autogéré qui ne faisait pas partie de la proposition artistique initiale et qui a été négocié par la suite. Il fonctionne tellement bien qu’il a été transplanté en même temps que la pépinière proposée par l’artiste l’a été, dans le nouveau projet de rénovation urbaine.<br />
Dans ce même projet, l’artiste a proposé que les parrains et marraines des arbres signent des bancs positionnés derrière leur arbre transplanté, comme le feraient des artistes. Pour l’artiste, cela signifiait qu’il s’agissait vraiment d’une œuvre d’art et qu’il partageait complètement son expertise artistique avec eux. Lorsque cette proposition à été faite lors d’un comité technique, l’un des responsables de la mission territoriale s’est écrié que les habitants avaient déjà « bien assez participé ! » Finalement, ne figureront sur les plaques des bancs que les prénoms et initiales du nom de famille des parrains, précédés de la mention « avec ».<br />
On voit un peu un décalage entre ce qui a été partagé par les gens et l’artiste et ce qui est finalement réalisé. Ces acteurs sont compris dans un « faire participer » qui met parfois à mal le « faire en commun » ou le « faire commun ».<br />
Les acteurs techniques, eux, participent soit à la réalisation de l’œuvre quelque fois, et surtout, ils contribuent à assurer les conditions de sa mise en œuvre. Ils sont donc soit dans le « faire », soit dans une contribution à faire l’œuvre.<br />
Les acteurs du politique sont à différencier des acteurs de la politique (politicienne – élus par exemple). Ces derniers participent à faire rayonner les projets dans un but de légitimer leur propre action publique, donc dans un but qui sert leur exercice politique. C’est pourquoi ils recherchent le plus souvent la quantité et la représentativité, avec tout ce que l’on sait de délicat dans une telle recherche. Et cette recherche de représentativité est d’autant plus présente qu’il s’agit de publics comme des jeunes, des publics fragiles ou des populations qu’on dit muettes, invisibles, etc. Cela justifie d’autant plus leurs « implications », qui se limite très souvent à être là dans les moments forts, à découper le ruban ou serrer des mains.<br />
Les acteurs du politique, par contre, peuvent être les artistes eux-mêmes (souvent), les habitants (parfois) ainsi que certains acteurs techniques ou (assez sporadiquement) des acteurs de la recherche. Ceux-ci participent soit au « faire en commun », « faire commun » soit à penser le « faire en commun » ou le « faire commun », dans l’objectif de le « travailler » au sens où l’entend Pascal Nicolas Le Strat, c&rsquo;est-à-dire à visée de développer l’empowerment ou la capacitation des gens, qui ne soit pas seulement un « agir-en-contre » au sens où Michel Foucault l’entend, mais bien qu’il se prolonge de façon positive dans une épreuve des possibles à explorer3.<br />
Les acteurs de la recherche suivant leur posture (plus ou moins impliquée ou au contraire distanciée) participent à « faire » l’œuvre, à son rayonnement ou encore à sa légitimation vis-à-vis à la fois des acteurs de la (ou du) politique et des autres chercheurs. Ils peuvent être des observateurs extérieurs, ou relativement impliqués comme Marie-Kenza Bouhaddou a pu l’être dans le cadre des deux projets mentionnés, 8e Art ou Prenez Racines !<br />
Dans le cadre de ce dernier projet (Prenez Racines !), Marie-Kenza Bouhaddou a pu proposer une forme de « recherche-création » lui permettant d’avoir une posture assez hybride, à cheval entre recherche et création, sans forcément avoir de visée créative. Cette posture était également à cheval entre les acteurs de la recherche et les acteurs artistiques. Cela a permis de comprendre, de l’intérieur, ce que signifiait cette forme d’engagement spécifique pour un chercheur, en termes de légitimité, de posture et même de compétences.<br />
Marie-Kenza Bouhaddou a ainsi pu rapprocher la participation en art d’une réflexion sur l’engagement. Celui-ci était à la fois un engagement physique, dans le sens d’être présent sur le lieu, au quotidien, de prendre part en engageant son corps dans l’espace du projet, mais aussi un engagement éthique. Cet engagement cultive d’étroites relations avec la participation, qui se manifestent très souvent par l’attachement –une chose dont on parle assez peu.<br />
Il existe une différence entre « être engagé » et « s’engager ». Cette analyse est le fruit d’une observation participante, longue et située. Celle-ci a permis d’observer dans la durée et de s’imprégner de la complexité des projets autant que des détails qui les constituent.<br />
La difficulté ici réside vraiment alors dans l’objectivation du point de vue du chercheur, qui est non seulement acteur, mais aussi créateur de situation4, car comme le souligne Latour5, le chercheur est alors lui aussi pris dans cette situation.<br/><br />
<strong>A quoi participe-t-on vraiment quand on dit « participer en art » ?</strong><br/><br />
Il se trouve que plusieurs des projets étudiés touchaient à l’environnement, notamment ceux présentés aujourd’hui. On peut alors se demander s’il y a un lien, et pourquoi cette dimension environnementale était sollicitée, dans ces quartiers d’habitat social, pour faire participer un type de population bien précis ? En quoi finalement la figure du « jardin » devenait-elle une sorte de prémisse de l’espace public qui aurait disparu de ces territoires ?<br />
En reprenant les propos de Cynthia Fleury6 selon lesquels l’entrée en développement durable est corrélée à celle d’une entrée en démocratie, cela pourrait être une première piste pour comprendre. Après, la lourdeur des opérations de rénovation urbaine et l’importance des transformations pourraient également être « adoucies » par des interventions artistiques environnementales. En plus, cela « noie un peu le poisson », car faire de l’art en passant par le jardinage, c’est un peu moins brutal que proposer quelque chose de l’ordre de l’art contemporain, qui serait peut-être vécu, du moins on le pense, de façon arrogante.<br />
Cette figure de l’arbre porte un certain nombre de symboles politiques et est assez paradoxale. C’est selon Guattari et Deleuze une figure bien distincte de celle du rhizome. Pour eux, l’arbre matérialise la fixité, le recentrement, le symbole de l’Un, de l’origine, mais dans le projet étudié Prenez Racines !, cet arbre est transplanté, décentré, transversal, et du coup, il devient rhizomique puisqu’il est mobile. L’arbre est tout autant vertical, qu’oblique et horizontal. C’est ce que l’on voit à l’œuvre dans Prenez Racines !<br />
L’arbre est aussi un des symboles de la révolution française, puisque l’arbre de la liberté représente la vie, la continuité, la force et la puissance mais surtout à travers sa croissance, il symbolisait la vitalité des institutions nouvelles. Donc, l’arbre dans ce projet Prenez Racines ! est pris non seulement comme un symbole révolutionnaire, mais aussi comme un symbole presque spirituel d’origination, parce qu’il parle à des habitants qui sont, pour très grande partie, issus de l’immigration.<br />
Cet arbre est une sorte de clé de lecture du monde. Il est vraiment vu par les gens et par l’artiste comme un « être collectif », qui est à la fois un être unique et pluriel, et qui est de nature coloniale7. Planter des arbres pour parler de dépeuplement d’un territoire qui est touché par le relogement, etc. ou parler de la dimension racinaire à un public de « déracinés » peut relever d’un paternalisme assez discutable. Cela rejoint en partie ce qui se fait dans les quartiers dits « politique de la ville » en termes de culture et d’art, à savoir des interventions artistiques qui vont viser à apporter un « supplément d’âme » dans une démarche de démocratisation culturelle, comme si les gens qui habitent ces quartiers n’avaient pas de culture.<br />
Ensuite, à côté de cette figure de l’arbre, on a la figure du jardin. Le jardin est vraiment un lieu du « faire ». Ce jardin peut être vu comme une antichambre de l’espace public, un lieu où l’on s’entraîne au faire en commun, au faire commun. On passe d’un lieu de subsistance domestique à un lieu de fête collective. Et ce passage apparaît un peu délicat à comprendre. Comment s’opère le passage de l’art du jardin à un art de la rue comme on peut le voir avec le collectif Coloco par exemple, jusqu’à avoir un espace public qui est artialisé. Jardins Barges, du programme Opener à Dunkerque est un projet qui utilise complètement le vocabulaire du spectacle, des arts de la rue pour faire vraiment sortir le jardin de son site (vernissage dans le bus, forum populaire ou encore promenade en fanfare).<br />
Cela nous fait vraiment passer d’un jardin qui est une affaire de propriétaires individuelles à un jardin que l’on partage collectivement. Comment passe-t-on d’un lieu enclos immobile à un espace public mobile comme c’est le cas pour Prenez Racines ! lors des fêtes appelées Tree Party? Comment le jardinier et l’artiste jardinier se mettent-ils en scène ? Le jardin comme lieu de fête est-il une réponse suffisante dans un contexte de disparition de l’espace public (ou tout au moins de crise de sens de l’espace public) ? Est-ce que la fête et l’événement participent de la fabrication de l’espace public et de sa pérennisation surtout ?<br />
Dans Prenez Racines !, on a un jardin qui est une espèce de lieu de mise au point des pratiques en faisant, chemin faisant, dans lequel on va expérimenter, on va rechercher et surtout on va mettre en œuvre. C’est un tryptique à la fois pratique et réflexif, cela se fait dans un va et vient entre les champs du savoir et les champs de la pratique, et c’est là que ce « faire » trouve sa place. Ce « faire » est trans (de l’autre côté), il est un chemin de traverse entre différents champs et disciplines, entre la transmission et la mise en œuvre. Il s’agit d’une action à la fois individuelle et collective, dans l’optique de construire un « commun ».<br/><br />
<strong>Les finalités des projets : faire du lien, faire récit et faire participer les habitants</strong><br/><br />
Il y a plusieurs finalités qui vont cohabiter. Dans le cas de Prenez Racines ! le site du projet est au cœur d’un quartier en rénovation urbaine, donc il y a plein d’enjeux autour de la création d’un vivre ensemble et du renforcement du lien social. La question qui se pose est alors de savoir pourquoi et comment des projets artistiques sont supposés favoriser le vivre ensemble et la création d’un lien social brisé, alors même que les actions publiques concernant le volet social ont par ailleurs en partie échoué.<br />
Pourquoi l’art serait-il en mesure de résoudre des maux que les travailleurs sociaux ou socioculturels ne peuvent solutionner ? Les artistes sont-ils en mesure de porter une telle responsabilité -et en ont-ils envie ? Comment des pratiques artistiques pourtant marginales peuvent-elles inclure des populations elles aussi marginalisées, dans ce va-et-vient entre inclusion et exclusion ?<br />
Ce projet, Prenez Racines !, explore vraiement la relation entre intérieur et extérieur, la mobilité, l’immobilité -voire immobilisme-, et ce projet est au bord, en marge. D’ailleurs, il se développe sur un interstice urbain, à la fois spatial (entre deux chantiers) et temporel (au cœur de plusieurs phases de transformation urbaine), et il enjambe et traverse ces temps et ces espaces.<br />
Si ce projet donne du sens à un morceau de ville et porte un sens pour les personnes qui y participent, il n’est pas évident de montrer la relation qui pourrait exister entre le lien social et le vivre ensemble. Car ce sont des choses extrêmement ténues à observer. Et si l’on observe ce qui est à l’œuvre depuis 2009 entre les parrains des arbres, on voit que s’est constitué depuis cette période et autour d’autres choses qui ne concernent plus ce projet un groupe relativement homogène et soudé. On peut donc sans doute parler de création de lien social, puisqu’il y a entraide, puisqu’il y a organisation, puisqu’il y a solidarité, puisqu’il y a trouver des solutions en commun, qui existe à travers le projet et au-delà du projet aussi.<br />
Pour un projet comme Jardins Barges à Dunkerque, la finalité est assez différente, puisque c’est avant tout un projet où on cherche plutôt à faire récit et à représenter la ville. On le voit par exemple lors de la journée bilan du programme, où les artistes ont proposé une cartographie à très grande échelle, réalisée au sol, avec une matérialisation des canaux de la ville pour montrer la relation qui pouvait exister entre les différents projets de Jardins Barges et l’eau. Lors du dévoilement de cette carte, un des élus à l’urbanisme s’est alors écrié qu’il s’agissait là d’un outil formidable de monstration et de pédagogie pour les habitants, afin qu’ils se « représentent » bien le lien de la ville avec ses canaux. La dimension artistique des projets était alors absente de son discours.<br />
Alors même que ce programme était voulu comme un moyen pour que les habitants puissent « se réapproprier leur désir d’une ville partagée » : on a là deux notions qui coexistent, celle de l’appropriation (dimension sociale) et celle de la ville partagée, autrement dit de l’espace public (dimension politique), partant du postulat que des interventions permettraient via une appropriation des lieux par des habitants, de conforter ou de créer un espace public. Cela sous-entend un investissement sur un temps très long, ce qui n’est pas le cas pour un projet comme jardins barges où c’est un ensemble de petits projets qui ont été réalisés très rapidement. Cela n’a pas permis forcément de créer toutes les conditions pour en faire un espace public.<br />
Dans Prenez Racines !, avec le jardin partagé, les habitants, les parrains, ont pu vraiment développer du pouvoir d’agir et une certaine forme de capacitation, même si c’est parfois assez ténu, qui s’est traduite par une montée en compétences (formation en taille d’arbre, formation en compostage et en construction de composteurs, en construction de cabanes, en construction de mobilier de jardin, aujourd’hui toujours sur le site de la pépinière).<br/><br />
<strong>Les limites de la participation</strong><br/><br />
Elles concernent les différentes formes de récupérations voire d’institutionnalisations. Elles se heurtent tout d’abord à des difficultés à mobiliser les gens sur des temporalités longues, à instaurer une confiance ou encore à accepter le bricolage et l’ajustement comme des données vraiment constituantes du projet.<br />
Tout d’abord, la récupération par les artistes. Pour certains, ils profitent un peu de cette injonction participative, pour s’emparer des projets et pour les faire rayonner, soit pour servir leur propre image, soit pour les mettre au service de réseau(x) qui sont un peu différent des réseaux qui existent dans les mondes de l’art.<br />
Dans Prenez Racines ! par exemple, le projet a été l’occasion pour l’artiste, Thierry Boutonnier, de tisser des liens avec d’autres artistes, comme par exemple Monte Laster, un plasticien texan installé à la Courneuve. Ce dernier avait été invité à venir discuter de son projet lors des Rencontres Prenez Racines qui se sont déroulées en mars 2013, et Thierry Boutonnier, a lui aussi été à son tour invité lors de l’exposition Banlieue is beautiful montée par l’artiste américain au Pavillon de Tokyo à Paris. Cette exposition a été une occasion assez inespérée pour l’artiste lyonnais de se confronter à d’autres artistes (comme Thomas Hirschhorn) et à d’autres acteurs médiatiques comme des architectes (comme Lacaton, Vassal ou encore Paul Chemetov présents lors de cette manifestation).<br />
Cet artiste en particulier développe le réseau de façon assez subtil en laissant croire qu’il échappe au monde de l’art contemporain alors qu’il en est aussi, d’une certaine façon, un pur produit (formé aux Beaux-arts, a exposé dans des Biennales renommées en Suisse et en France et dans des galeries prestigieuses). Mais du fait qu’il a aussi un certain nombre de compétences transversales (spécialiste de la pollution et de l’environnement, fils d’agriculteur, paysagiste, formation en sciences politiques), il étend en fait des réseaux vers d’autres mondes que ceux des mondes de l’art, et notamment vers les mondes de la recherche. Cette extension vers les mondes de la recherche s’est par exemple manifestée par une collaboration avec Marie-Kenza Bouhaddou, soit dans des temps de réflexion et d’entretien long, soit au travers de collaboration (écriture d’une fiction, rédaction d’un article).<br />
Les artistes ne sont pas les seuls à récupérer les projets, les habitants aussi les récupèrent. Par exemple, quand le jardin potager s’est installé dans le projet Prenez Racines ! sur la pépinière, il y a eu une certaine forme de récupération par les habitants, et cette récupération a interrogé les autres acteurs du projet, notamment les acteurs techniques, qui voyaient poindre de nouveaux interlocuteurs à intégrer et avec qui il faudrait négocier. Du coup, a été faite plusieurs fois et de façon insistante la proposition à ces gens de se « monter en association », de façon à ce qu’on puisse les repérer. Car ce groupe, ce collectif un peu autogéré, informel, était difficile à intégrer pour les autres acteurs. Et le groupe a résisté jusque-là et ne s’est toujours pas monté en association. On voit vraiment qu’il y a une tension entre les tentatives de récupération par les  uns et les autres et des habitants qui essayent de garder les commandes.<br />
Les acteurs techniques, eux non plus, n’échappent pas à la règle. Par exemple, lors des Rencontres Prenez Racines, il y a les différentes présentations qui sont faites par chacun des chargés de mission de coopération culturelle ou de la mission territoriale, etc. et chacun, avec son vocabulaire propre, essaye de s’accaparer le projet, comme s’ils en étaient les commanditaires uniques.<br />
Enfin, les acteurs politiques s’ils sont les derniers chronologiquement à récupérer les projets, ils le font souvent de façon très ostentatoire. On les voit de façon très forte lors des temps forts du projet (comme les Rencontres Prenez Racines !, les fêtes et les inaugurations) alors que pendant le temps de réalisation du projet, ils sont, sauf rares exceptions, complètement absents.<br/><br />
<strong>Conclusion</strong><br/><br />
Ces projets sont en partie récupérés par l’ensemble des acteurs. Finalement, même cette mise en tension arrive à s’équilibrer.<br />
On peut tout de même observer que les principaux pré-requis ou les « nécessaires de ces projets » comme le bricolage, la lenteur, l’intégration de la complexité des compétences et des temporalités, la confiance, la sérendipité, l’aléa sont finalement des choses très difficiles à mobiliser et une fois cela fait, ces éléments sont encore plus difficile à préserver.<br />
On voit que le mode et la culture projet prennent très souvent le dessus sur la chronologie naturelle des projets, qu’il s’agisse de plantations ou d’êtres humains. La temporalité des projets est une temporalité inflexible qui va broyer tout autre type de temporalité. Cette dimension du quotidien est difficilement quantifiable et synthétisable sur un frise chronologique, qui pourra être découpée à souhait au gré des financements ou des mandats politiques.<br />
Le bricolage, le réemploi, l’astuce et la ruse, malgré tout l’intérêt éprouvé, et notamment par les travaux de Michel de Certeau sur les « arts de faire »8, sont très peu mis en avant, alors même que l’économie de ces projets est très précaire et appelle à trouver des solutions avec peu de moyens. C’est pourtant des solutions assez efficaces pour valoriser des compétences qui peuvent exister chez les participants, et les amener alors à participer plus activement, de façon valorisée. Malgré cela, les acteurs techniques ne sortent que très peu de leurs plates bandes pour prendre la peine d’expérimenter sur le terrain des solutions contextualisées.<br />
La confiance est aussi une donnée directement liée à une temporalité lente, qui est assez peu compatible avec celle de la rénovation urbaine ou du mandat politique. Sur le programme Opener, l’éloignement géographique n’a pas permis à Marie-Kenza Bouhaddou de mettre en œuvre ce rapprochement quotidien, et de ce fait, la faiblesse des liens tissés soit avec les participants, soit avec l’équipe montre que pour le « faire », il y avait vraiment besoin d’être présent au quotidien. Le « faire » n’est possible qu’au quotidien et dans une certaine lenteur comme pourrait le suggérer Pierre Sansot.<br />
Ces lignes bien que souvent très rigides ont pu être bougées par moments dans le projet  Prenez Racines ! Par exemple, à un moment, l’artiste a proposé a l’ANRU d’intégrer la temporalité de l’arbre comme temporalité dominante du projet. Et du coup, au lieu que le projet soit annualisé –puisqu’on ne sait pas au bout d’un an si l’arbre pousse ou végète-, l’ANRU a finalement accepté d’avoir un financement pluriannuel, ce qui représente vraiement une petite révolution !<br/><br />
<strong>Discussion avec la salle</strong><br/><br />
Questions sur les effets de ces projets sur la rénovation urbaine et la planification ?<br />
Finalement, les expériences présentées portent sur quelque chose autour du « vivre ensemble », de la « cohésion sociale », de l’intermédiation etc. mais elles n’ont somme toute pas tant d’effets que cela sur la production de la ville, sur la rénovation urbaine en elle-même, au niveau de l’aménagement urbain, de la planification spatiale ?<br />
Le projet Prenez Racines ! était sur un interstice de démolition, où une première pépinière a été faite à cet emplacement. Ensuite, s’est implanté le potager, ensuite les arbres ont été transplantés sur le mail du projet rénovés. Et le projet ANRU a décidé d’intégrer la pépinière en lui allouant un espace de 750 m² de façon stabilisé (avec construction d’une cabane, connexion à l’eau courante…). Donc quelques lignes on bougé même si cela n’a pas révolutionné le projet ANRU. Mais depuis 2009, les arbres et le groupe sont encore là aujourd’hui et il y a quelque chose qui s’appelle la pépinière qui a été dessiné avec l’artiste et la paysagiste de la maîtrise d’œuvre, donc on peut commencer à parler de quelque chose qui dure un peu dans le temps.<br />
De façon plus générale, il y a effectivement beaucoup d’usages temporaires ou événementiels de l’espace avec la collaboration d’artistes, sans aucun effet sur le long terme. L’enjeu de temporalité est donc extrêmement important pour qu’il se fasse quelque chose à moyen terme. Le constat est donc que ces projets ne débouchent sur rien de stupéfiant en termes de production urbaine, matérielle, mais par contre, dans certaines situations, il s’observe des évolutions de la part des techniciens de la ville sur leurs propres pratiques, une certaine prise de conscience que les choses pourraient être envisagées autrement en utilisant un autre vocabulaire, et donc une certaine remise en cause de leurs pratiques professionnelles. C’est pour cela que l’on parle d’une innovation de process ou une innovation méthodologique mais finalement, en termes de production matérielle, il n’y a pas de transformation des productions matérielles de l’espace. Mais déjà, des prises de conscience sur des enjeux de définitions, de méthodes, une remise en cause des pratiques professionnelles, c’est peut-être ça qui était le plus difficile à atteindre.<br />
Ce serait alors plutôt les effets induits qui seraient recherchés, les traces qui vont être laissées du coté des techniciens et des habitants eux-mêmes, que l’on ne maîtrise pas mais qui peuvent faire émerger des choses.<br />
Mais cela pose alors la question de la reproductibilité et de la montée en généralité de ces pratiques ? Car si les résultats sont de cette nature, beaucoup se disent « tout ça pour ça ! ». C’est beaucoup de temps, beaucoup d’engagement et d’attachement personnel pour être bousculé et finalement ne pas savoir comment se servir de tout ce qui s’est passé…<br />
Et faire la ville, c’est peut-être d’abord cela : questionner ce qu’est une ville, ce qu’est un espace public. Il faut donc aussi accepter qu’il y ait du non-évaluable et du non-quantifiable et que tout cela à sa place dans la production de la ville. On est confronté à des acteurs urbains et des scientifiques parfois, qui renvoient à des questions d’évaluation de ces projets, alors qu’il faut accepter qu’ils ne sont pas évaluables, pas quantifiables.<br />
Ce n’est pas parce que les choses sont très petites et tenues qu’elles n’existent pas et qu’elles n’ont pas un impact. En ce moment, Marie-Kenza réalise une cartographie avec l’artiste Thierry Boutonnier, qui reprend tous les micromouvements qui ont été faits de la pépinière vers le lieu de transplantation. Et ce n’est qu’en faisant cela que l’ont voit qu’il y a eu plein de mouvements et de choses, des transformations assez importantes. Mais si on prend le premier mouvement et le dernier mouvement, on ne peut pas voir toute la linéarité qui existe entre eux. Or, actuellement, il y a une forte demande de représentations visuelles, mais celles-ci dissimulent d’autres éléments notamment autour du process. Or les enjeux ici ne sont pas tant dans la forme ni dans le beau, mais dans le process.<br />
Question sur la place du chercheur<br />
Cette place est délicate, entre proximité et distanciation, tous deux nécessaires. Mais au final, on ne peut pas se détacher de l’attachement au terrain et aux gens. Pour comprendre des projets sensibles, il faut être dedans, avec les gens, en leur tenant la main, et en faisant des choses que ne fait pas un chercheur.<br />
Question sur les conditions de reproductibilité de ces expériences<br />
On observe qu’un dispositif qui a marché ne va pas fonctionner lorsqu’on tente de le refaire ailleurs, même en l’adaptant. Certains dispositifs étudiés se sont conçus au cours du temps, sans avoir toujours été pensé en amont. C’est donc une temporalité de projet et de partenariat tout à fait inhabituelle. Se lancer dans quelque chose dont on ne sait pas où ça va, c’est très anxiogène. Et il faut que les parties-prenantes acceptent cette incertitude. Et c’est aussi vrai pour les habitants.<br />
Il y a un enjeu dans ces dispositifs qui prennent beaucoup de temps, il faut arriver à s’inscrire et tenir dans la durée. Et c’est peut-être le plus difficile et ce qui rend ces expérimentations très délicates à reproduire, car très peu d’acteurs arrivent à dégager le temps nécessaire. Il faut donc des acteurs, des artistes qui sachent résister à cela, qui ne vont pas proposer une forme tout de suite, qui vont imposer le temps de l’étude ou de la négociation. Ce sont des compétences qui sont nécessaires, mais qui sont difficile à sélectionner au départ du projet.<br />
Question sur les manières de faire qui peuvent être reproduits<br />
Cet aspect a suscité un débat. Certains pensent que ces manières de faire relèvent de l’ordre de la méthode : il y a des manières de faire projet, des étapes et un enchainement d’étape toujours reproduit de la même manière. Il peut y avoir des bonnes méthodologies, des points de réussite : quelque soit le médium utilisé et le territoire, la synergie des partenaires et des acteurs de ce territoire est une condition à la bonne mise en œuvre. Travailler en coconcertation avec les personnes et n’oublier personne, c’est une bonne méthode transposable.<br />
Pour d’autres, c’est plutôt de l’ordre de la compétence (comme l’adaptabilité ou la plasticité au contexte), voire même de la sensibilité. Il n’y a pas de méthodologie et la transposition d’un territoire à l’autre reste une histoire de personne.<br />
Savoir s’adapter et repérer avec qui on peut travailler, c’est une compétence. Mettre les gens en confiance c’est une compétence et ça s’acquière. Et il faut faire attention à ne pas naturaliser la compétence. Le défaut d’utiliser le terme méthode serait d’être dans la formalisation des process. Et c’est là qu’il y a un risque car ce n’est pas des process qui sont formalisés. Il y a des artistes n’ont pas de process. Et il y a des gens qui ont des routines qui reproduisent et qui fonctionnent mais ce n’est pas sûr que l’on puisse les formaliser. Il y a des opérateurs avec des process très formalisés, mais dès qu’on passe à un niveau de complexité supérieur, on se rend compte que leur process ne passe pas et qu’ils ne savent pas l’adapter. Ils ont donc une méthode mais qu’ils ne savent pas adapter et qui ne sert donc pas à grand-chose. Ou alors ces process formalisés ne sont pas reproductibles par quelqu’un d’autre.<br />
Entre méthode et compétence, une autre proposition est de parler de l’intuition. Ne pas faire confiance à son intuition est une base de notre culture. Les artistes apprennent à faire confiance à l’intuition. Et si on n’a pas de pression financière ou de pression du projet, et si la rencontre est là, elle est là, si elle n’est pas là, on ne pourra pas la faire venir et il faudra revenir. Dans le cinéma, on parle de dispositifs pour « attraper le hasard ». La méthode, c’est peut-être cela. Avec l’expérience, on comprend mieux et on peut se choisir des dispositifs qui servent juste à « attraper le hasard ». Comment on navigue dans cette insécurité-là et comment on arrive à la transmettre de façon totalement invisible et non verbale, tout à coup, on sera dans un processus artistique, on sera dans une chose qu’on ne peut pas nommer, ni prouver, on sait juste qu’à un moment, ça va arriver.<br />
Il y a aussi la question de subjectivité également identifiée. Dans le cas de la formation, ce qui a été très perturbants pour les professionnels de l’urbaniste, c’est qu’ils ont été confrontés à des subjectivités, là où ils sont toujours dans un effort d’objectivation. Ce rapport entre objectivation et subjectivité a été pour eux très déstabilisant. Un des apprentissages est celui-ci : les artistes n’ont pas cherché la représentativité, elles ont juste choisi les extraits lus à la fenêtre, en suivant leurs intuitions, pour sélectionner des expressions et des sensations qu’elles ont gardé telles quelles. Les professionnels se sont donc retrouvés confrontés à des subjectivités. Mais ils se sont aussi retrouvés confrontés à leurs propres subjectivités, à travers d’autres activités comme par exemple des ballades les yeux fermés (on leur fait ouvrir les yeux à des endroits donnés, les personnes ayant vécu l’expérience racontent tous un dépaysement et des expériences différentes pour chacun des participants). Ils se sont alors rendu compte que chacun vivaient un espace de manière différente, ce qui peut sembler naïf. Mais lorsqu’on est un professionnel qui doit rédiger un cahier des charges de maîtrise d’œuvre de conception d’un espace public, comment traduire cette diversité de vécu et de besoins, comment faire cet espace public qui répondent à tous le monde ? C’est une contradiction intenable et ils avaient complètement oublié cette diversité des subjectivités de l’espace. Car dans leur métier, ils ne pouvaient pas l’appréhender. Cet exemple-là en particulier a révélé l’importance qu’ont donné les artistes au fait qu’il y a des subjectivités et que ce n’est pas un problème. Ce sont des mediums de ces subjectivités.<br />
Question sur les motivations qui conduisent les professionnels de la ville à faire appel à un artiste<br />
Généralement, quand on fait appel à un artiste, c’est qu’on cherche un biais. Si on ne veut pas identifier le sujet de façon restrictive, en prenant le biais de l’art, on s’autorise plus de possibilités que si on contacte des cabinets spécialisés Et en prenant le biais de l’art, les gens vont peut-être aller sur des sujets de débat plus en profondeur, un peu plus sensible, car il y a une façon différente de le dire (comme le rire avec les arts de la rue par exemple).<br />
Et il y a le plaisir, le plaisir du public, mais aussi le plaisir de celui qui commandite, de l’élu ou de l’agent… Et cette notion de plaisir n’est pas si simple à faire passer (car elle ne se quantifie pas et ne se valorise pas) dans ces dispositifs institués. C’est très important : des habitants qui passent un très bon moment en dehors de leurs habitudes. Mais convaincre les élus ou les agents sur ce point-là n’est pas évident (se faire plaisir alors qu’on est au travail…). Pourtant, c’est un facteur de réussite évident : cela fonctionne car ils se sont fait plaisir. Mais il faut aussi déconstruire ce qu’il y a derrière ce plaisir (un temps en dehors du quotidien, l’effacement de la hiérarchie entre collègues grâce à des dispositifs de prise de parole, de la bonne nourriture…), et on voit que ce sont des choses qui n’ont pas grand-chose d’artistiques mais qui font que les gens ont apprécié et ont donc accepté d’y consacrer du temps.<br />
Une autre raison est de toucher un autre public : on reproche souvent de ne toucher toujours qu’un même public, or l’intervention dans l’espace public permet de toucher un autre public, notamment les enfants, et par ce biais, les parents voire les grands parents…</p>
</div>
</div>
]]></content:encoded>
			<wfw:commentRss>https://seminaires.eclips.univ-tours.fr/?feed=rss2&#038;p=479</wfw:commentRss>
		<slash:comments>0</slash:comments>
		</item>
		<item>
		<title>Résumés</title>
		<link>https://seminaires.eclips.univ-tours.fr/?p=368</link>
		<comments>https://seminaires.eclips.univ-tours.fr/?p=368#comments</comments>
		<pubDate>Thu, 12 Mar 2015 10:55:02 +0000</pubDate>
		<dc:creator><![CDATA[thomas]]></dc:creator>
				<category><![CDATA[Résumé]]></category>
		<category><![CDATA[Séminaire 4]]></category>

		<guid isPermaLink="false">http://seminaires.eclips.univ-tours.fr/?p=368</guid>
		<description><![CDATA[Télécharger les résumés en Pdf Accéder directement au résumé de l&#8217;une des interventions : &#187;&#160;J. GUILLET &#187;&#160;G. FOUSSADIER &#187;&#160;C. CALENGE &#187;&#160;J-L. BERNARD &#187;&#160;A. MAZEAUD Jérôme GUILLET &#8211; Retours d’expériences – Entreprise Matières Prises Les origines Jérôme Guillet revient tout d’abord sur les origines de son activité : la volonté au départ de dépasser le caractère fermé [&#8230;]]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p><br/>
<p class="download"><a href="http://seminaires.eclips.univ-tours.fr/wp-content/uploads/2015/10/resumes_4.pdf">Télécharger les résumés en Pdf</a></p>
<p><br/>Accéder directement au résumé de l&rsquo;une des interventions :<br/></p>
<ul class="menu">
<li><a class="scrollTo" href="#page-1">&raquo;&nbsp;J. GUILLET</a></li>
<li><a class="scrollTo" href="#page-2">&raquo;&nbsp;G. FOUSSADIER</a></li>
<li><a class="scrollTo" href="#page-3">&raquo;&nbsp;C. CALENGE</a></li>
<li><a class="scrollTo" href="#page-4">&raquo;&nbsp;J-L. BERNARD</a></li>
<li><a class="scrollTo" href="#page-5">&raquo;&nbsp;A. MAZEAUD</a></li>
</ul>
<div id="resume">
<div id="page-1">
<h3>Jérôme GUILLET &#8211; Retours d’expériences – Entreprise Matières Prises</h3>
<p><em>Les origines</em><br/><br />
Jérôme Guillet revient tout d’abord sur les origines de son activité : la volonté au départ de dépasser le caractère fermé et l’entre-soi des débats politiques entre militants d’extrême gauche, en allant physiquement au contact de l’altérité, de « gens qui ne me ressemblent pas », dans la rue et en expérimentant différents dispositifs favorisant l’interaction avec les passants. De ces expériences, un dispositif s’est popularisé, par lequel Jérôme Guillet est entré dans l’univers professionnel de la participation. Il s’agit du « porteur de parole » : une ou des questions sont posées et affichées dans l’espace publique et les paroles et réactions des passants sont recueillies et également affichées, comme une sorte de « forum internet, mais dans la rue » ! Il a reçu beaucoup de sollicitations pour diffuser cette pratique, qui bénéficiera d’un véritable effet de mode.<br/><br />
<em>Retour sur une expérience </em><br/><br />
Pour cette intervention, le choix est de partir d’une expérience vécue où ce dispositif est employé, pour questionner le flou persistant qui caractérise les compétences en jeu dans les nouveaux métiers de la participation. L’expérience est la suivante : en 2008, la ville de Vendôme le sollicite pour intervenir dans un quartier au Sud de la ville (un petit quartier mixte d’habitat individuel social et privé, de type pavillonnaire, accueillant 500 personnes) pour mesurer si les tensions identifiées par les services sont effectives et connaître plus précisément leurs natures.<br />
Le principe et la forme de son intervention ne sont pas encore arrêtés lorsqu’une visite du quartier est organisée, rassemblant les habitants « pas contents », les élus, des agents de la ville mais aussi d’autres habitants. En participant à cette ballade, il voit une habitante pester en queue de cortège, déplorant la tournure de la ballade. Il l’aborde et lui propose de conduire une enquête en commun sur le quartier. Cette habitante, Marie-Thérèse, accepte la proposition et amorce un travail d’enquête avec ses voisins sur la base de la question suivante, dont la formulation s’avère importante : « Qu’est-ce qui est important pour vous dans ce quartier ? ». Une dynamique de « contagion positive » s’amorce, qui permet la récolte d’un pré-matériau riche. Et ces premières réponses sont affichées dans l’espace public durant deux séances, où les réactions des habitants sont à nouveau collectées. L’implication dans cette expérience d’interaction a eu pour conséquence d’interpeller Marie-Thérèse qui, voyant « derrière les murs ce qui se passait », est touchée par les formes d’isolement vécues par certains habitants. Au cours de cette expérience, la décision sera prise de créer une association de vie de quartier, encore active aujourd’hui.<br />
L’expérience relaté, basée sur une commande un peu inédite, ne s’est jamais reproduite et demeure à ce jour la plus réussie, selon Jérôme Guillet. Et la réussite de cette initiative repose en premier lieu sur les habitants qui s’y sont investis, et non sur l’intervenant extérieur, qui au-delà du travail d’enquête, de classement et d’interprétation, n’est qu’un « prétexte », un révélateur de possible.<br />
<em>De l’expérience unique à la généralisation</em><br/><br />
Suite à cette expérience réussie, la ville a souhaité multiplié ce dispositif de « porteur de parole » et des agents de la ville, des animateurs socioculturels, se sont retrouvés à faire cet exercice, seuls, rapidement formés, jusqu’à l’écœurement. Ce dispositif a par la suite complètement échappé à son initiateur, les premiers rapidement formés en formant d’autres et proposant des prestations de « porteur de parole ».<br />
Cela amène au questionnement suivant : quelle compétence à l’œuvre a permis cette expérience réussie ? C’est très certainement lors de cette promenade, dans une forme d’écoute flottante, à la recherche d’opportunités, en allant vers cette femme « en éprouvant quelque chose qui nous liait ». Il y aurait bien là une compétence à l’œuvre mais celle-ci demeure très délicate à nommer. Le temps aidant, un regard plus distancié sur ces pratiques permet de prendre conscience qu’il n’y a pas, en soi, de dispositifs magiques et que ces derniers cachent d’autres choses, masquent certains phénomènes discrets.<br />
Quelles compétences à l’œuvre pour des expériences réussies ?<br />
Jérôme Guillet s’appuie alors sur les travaux du sociologue Pascal Nicolas-Le Strat lorsqu’il évoque les différents enjeux inhérents à une méthode politique du travail en commun1 : pour qu’il y de l’empowerment, du pouvoir d’agir, il est nécessaire d’articuler correctement trois temps politiques, des dispositifs, des dispositions et des disponibilités. Jérôme Guillet propose son interprétation de ces trois notions :<br />
Les dispositions que l’on prend, le sens donné aux choses et en quoi ce sens commun contraint à user de certaines règles, à respecter une éthique de la pratique, à avoir une visée politique.<br />
Ces dispositions s’articulent à des disponibilités (ce qui pourrait être interprété comme ce moment de disponibilité pour entendre et écouter Marie-Thérèse au cours de la ballade, par exemple). Cette compétence s’apparenterait alors davantage à des compétences individuelles. « En quoi sommes-nous disponibles en termes d’imaginaire, en termes d’adaptation, en termes d’ajustement ? Et c’est une espèce de continent de la compétence, assez flou, des capacités relationnelles, des capacités à sentir les choses. »<br />
Et, enfin, des dispositifs qui peuvent donner la pleine puissance, la pleine mesure ou au contraire jouer contre les deux premiers éléments.<br />
« Les dispositifs semblent masquer le fait que dans la participation, il s’agit quand même et encore d’une forme de travail social qui est en jeu. Et de la part la plus obscure de ce qui est commun dans tout travail social, les compétences et l’habileté relationnelle, souvent désignées de manière assez pauvre par le terme de savoir-être. Le champ de la participation, en ce constituant progressivement comme champ professionnel, s’associe à l’émergence de dispositifs institutionnels nouveaux qu’il s’agit de faire vivre, et redouble la dimension technique et méthodologique, comme s’il fallait animer des dispositifs à l’aide d’autres dispositifs, trouver des petites machines pour faire fonctionner de plus grosses machines. Là, les méthodologies, les techniques et les méthodes servent beaucoup à camoufler, d’une part l’absence de courage politique, et de cela on en parle beaucoup, mais aussi la faible compétence des animateurs ou des intervenants en tant que stratège de la relation. Faible compétences en actes, certes, mais aussi une difficulté à nommer de quoi il s’agit. Et là, on s’agrège à des difficultés que l’on retrouve dans le travail social en général. »<br />
Cette partie du travail des acteurs de la participation relative à l’animation semble centrale et problématique, car l’animation n’est pas un métier, c’est une sorte de métacompétence. Cette capacité à sentir les choses, à s’ajuster, à intervenir, à laisser faire, à se taire, à provoquer, se révèle nécessaire autant à des enseignants, qu’à des travailleurs sociaux, qu’à des chargés de mission à la démocratie locale. Quelque soit le public auquel on fait face, on a besoin de ces compétences. Et il y a là typiquement un flou. L’animation pose problème, car il s’agit au sens strict de mettre en vie, de mettre en mouvement des situations et des gens, et que cette compétence s’avère nécessaire dans une multitude de champ professionnel, et même au-delà. Et il y a une part incompressible d’animation, quelque chose d’irréductible qu’aucun dispositif ne peut venir compenser. Et il se trouve que beaucoup de gens sont d’assez mauvais animateurs et que les bons animateurs ont souvent des difficultés à expliquer pourquoi ils réussissent les performances relationnelles dans lesquelles ils sont. » Jérôme Guillet a trouvé dans l’ethnométhodologie ou dans la microsociologie des ressources descriptives, mais au sein des institutions, quelle qu’elles soient, aussi grandes que petites et y compris dans le monde associatif et aussi là où on forme les gens, il a trouvé très peu de choses à cet endroit.<br />
L’hypothèse avancée autour de l’animation peut paraitre large et partiellement étayée. Pour autant, l’absence de travail à cet endroit constitue un parent pauvre et un angle mort sur la participation. Et derrière la figure valorisée de celui qui a du charisme, on rate certainement quelque chose. Et c’est vrai des acteurs de la participation comme ailleurs : on l’a ou on l’a pas et ça ne s’apprend pas. L’hypothèse serait alors celle-ci : qu’une partie du flou entretenue le sera toujours, d’une manière ou d’une autre, si on n’arrive pas à devenir plus compétent à cet endroit. Et cette difficulté à nommer les choses renforcent encore plus la croyance en la magie des dispositifs.<br/><br />
<strong>Discussion avec la salle</strong><br />
Questions sur le parcours de l’intervenant et l’historique de la structure.<br />
Au début, Matière Prise était une association sans activité professionnelle, qui intervenait sur des festivals. Lors d’une présentation à une conférence de consensus de la ville de Paris sur le travail de transformation sociale dans les centres d’animation jeunesse, l’adjointe à la jeunesse de la ville de Paris a souhaité sa collaboration, ce qui a provoqué une démultiplication, une sorte de « buzz » et ensuite, cela a pris beaucoup de temps avant de se défaire de l’idée de la magie du dispositif. Aujourd’hui, son activité se fait parfois avec des collectivités territoriales, et en partie avec des centres sociaux et des acteurs associatifs.<br />
Questions sur la précision des commandes, des demandes de participation, qui semblent toujours floues.<br />
Il y a trois dimensions qui peuvent s’avérer floues : politique, éthique ou technique. Or, si on interroge beaucoup les dimensions politique et éthique, la question des compétences relationnelle comprise dans la dimension « technique » de la participation est souvent tue. On n’en parle pas, comme si c’était mineur. On peut facilement lire des recherches et un véritable travail critique autour des intentions politiques, des contradictions, des instrumentalisation mais rarement des travaux à propos des « agir professionnels » en jeu dans la participation, ce qui semble en faire une sorte d’angle mort.<br />
Question sur la nature des activités et compétences en jeu dans la participation<br />
La présentation souligne les difficultés des travailleurs sociaux et remet en question la magie des dispositifs. Et elle présente comme une évidence le fait que la participation soit du travail social. Or, si on peut comprendre que dans les détournements que l’on fait de la participation, on est dans le travail social, tout le travail de recherche, et notamment celui développé dans ces séminaires, classe totalement l’activité de participation dans le champ politique et non dans le champ social. Pourquoi la participation serait une forme du travail social ?<br />
Dans la pratique, il y a quelque chose de commun aux acteurs du travail social et aux interlocuteurs de Matière Prise, en situation de mettre en œuvre. Un chargé de mission « démocratie locale » a quelque chose de l’ordre de l’animation et d’une capacité relationnelle commune à la plupart des travailleurs sociaux : il doit s’agréger un certain nombre de gens, se créer des formes de solidarités et de sympathies et toujours négocier. Et ces compétences se révèlent déterminantes, même s’il ne s’agit peut-être pas, à proprement parler, de travail social.<br />
On peut invoquer kairos, le dieu grec de l’opportunité, qui est utilisé pour distinguer le geste juste, le bon moment. Il y aurait quelque chose de cet ordre-là, même si les termes ne sont peut-être pas exactement ceux-là : s’agit-il de compétence relationnelle ? D’habilité relationnelle ? De travail social ? S’il y a bien des commandes politiques flous et des dispositifs ayant des effets pervers, il y a aussi un autre sujet, à la fois une évidence et un continent pas très bien délimité, dont on saisit la difficulté à nommer lorsqu’il s’agit, par exemple, de faire internaliser cette compétence. « Devient-on compétent de la relation ? ».
</div>
<p><br/></p>
<div id="page-2">
<h3>Gaël FOUSSADIER &#8211; Retours d’expériences. Ville de Blois</h3>
<p>L’émergence du métier de concertant public a mis beaucoup de temps à émerger et chacun était très isolé. Et il y a dorénavant des rencontres nationales des professionnels de la démocratie participative1.<br />
Blois est une ville de 50 000 habitants, suffisamment grande pour conduire des projets importants et encore suffisamment petite pour qu’il subsiste des entre-soi. Gaël Foussadier est arrivé à Blois en 2002, responsable d’un service « vie des quartiers », service qui a évolué en 2008, au changement de municipalité, en « démocratie locale, instances participatives », pour encore évoluer très récemment en une direction de la « cohésion sociale ». Il y a donc également eu une évolution des missions.<br />
Le propos sera organisé autour de trois nœuds, trois points de tension.<br/><br />
<strong>1. Le premier nœud : le positionnement au sein de l’institution et de la fonction publique territoriale.</strong><br/><br />
La nécessité d’un portage politique fort est souvent soulignée, mais il est moins souvent rappelé qu’un portage administratif, par les services, s’avère également indispensable. En 2002, les conseils de quartier sont créés, avec une volonté politique affichée mais sans réelle vision stratégique. Et Gaël Foussadier est recruté pour mettre en place le dispositif, jeune cadre A face à de vieux ingénieurs incrédules quant à l’utilité de ces nouvelles pratiques en matière d’urbanisme et d’habitat. Depuis est arrivé une nouvelle génération d’élus et de cadres dans l’institution. Mais cela pose bien la question du pouvoir de l’administration, qui peut largement freiner les volontés des élus. De 2002 à 2005, il fait essentiellement de l’animation de dispositif. Désormais, il fait plus de la régulation des dispositifs, le service assurant dorénavant davantage la coordination des actions en matière de participation des autres services et agents, dans un contexte de multiplication de dispositifs participatifs, mais pas toujours à bon escient. Il y a donc une évolution des missions attribuées au service « démocratie participative », qui est de plus en plus dans un rôle de coordination et de moins en moins dans un rôle de mise en œuvre. Les thématiques concernées s’élargissent également : on est passé de questions d’aménagement et d’urbanisme à des champs beaucoup plus large, à la culture, à l’évaluation de la vidéosurveillance, et, consécration, le service a été réquisitionné par la Direction Générale des Services pour contribuer à mettre en place les méthodologies de projets d’administration (ce qui ne relève alors plus de la participation citoyenne mais indique que les méthodes utilisées commencent à essaimer, à être intégré).<br />
Cette évolution a été lente, avec des obstacles à surmonter. Tout d’abord, le statut de cadre dans la fonction publique présente des freins par rapport aux statuts de chargé de mission « démocratie locale », qui est un métier qui n’existe pas (les formations sont balbutiantes et approximative, à l’exception de quelques-unes dispensées par le CNFPT). Négocier ce genre d’innovation au sein d’une collectivité, face à des ingénieurs des Ponts et Chaussés, se fait plus facilement en tant que cadre A que si on est cadre B ou C. D’après son expérience, le meilleur dispositif pour se former aura été les « 40 jours » offerts aux jeunes attachés pour visiter d’autres collectivités lors de la première année de cadre (ce dispositifs est maintenant supprimé).<br />
L’institution municipale en elle-même est également un frein. Les fiches de poste n’existent pas, il faut les écrire. Les horaires sont inadaptés et la gestion administrative classique entraîne également une lourde inertie (pour le moindre projet, rédiger une fiche de projet, un rapport d’activité, un bilan, une fiche d’évaluation… Une heure d’animation entraînant une heure de compte-rendu).<br />
La pratique adoptée a été une pratique d’essaimage pour desserrer ce nœud autour de l’administration, pour convaincre que ce n’était pas au service de la démocratie locale de tout porter et que ce service avait davantage un rôle d’accompagnement, de coordination, de diffusion. C’est ce qui explique ce paradoxe qu’en 5 ans, le service soit passé du discours « il faut concerter, il faut faire participer » à la posture consistant à freiner parfois certaines démarches contre-productives (trop précoce ou trop peu préparées, ou présentant un risque de saturation d’un territoire par des interventions…). Actuellement, environ un tiers du temps de travail du service correspond à cette activité, un autre tiers est de l’animation et le dernier correspond à de la gestion administrative classique.<br />
Cette stratégie d’essaimage s’est appuyée sur une méthode propre à la ville, qui a permis de mobiliser une quinzaine de cadre hors du service et d’adopter un langage commun. Cela a consisté en une simplification de l’échelle d’Arnstein, autour de trois degrés de concertation compréhensibles par tous, essentiellement autour des questions de cahiers des charges :<br />
&#8211; L’effet de la concertation va-t-il toucher le cahier des charges ?<br />
&#8211; Si oui, est-ce que ça le modifier dans sa structure interne ?<br />
&#8211; Et si oui, est-ce que peut remettre l’objectif ou même le périmètre et l’objectif du cahier des charges ?<br />
Cette méthode a permis de débloquer rapidement beaucoup de situations et à partir de 2011, le problème de la participation des collègues ne se pose plus à la ville de Blois. Ce nœud semble donc actuellement a peu près dénoué, même s’il faut continuer à le travailler (via des formations en interne, notamment).<br/><br />
<strong>2. Le gros nœud : le positionnement entre le marteau et l’enclume, entre l’élu et l’habitant. </strong><br/><br />
Il y a deux conditions de base à réunir :<br />
la question du portage politique, surtout lié à la personnalité du maire et des adjoints (peut-être davantage qu’à la couleur politique) : primo, quelle est la capacité de ces élus à accepter le risque ? Et secundo, la question de la proximité : face à des élus parachutés ou en déperdition de proximité (en voie de notabilisation par exemple), ça ne fonctionne pas. A Blois, l’opportunité de situation a été d’avoir un maire très proche de ses administrés, ce qui induit une absence de sollicitation pour, par exemple, être mis en scène dans les instances de participation, laissant ainsi une certaine liberté aux agents du service. Cela n’empêche pas la question de la confiance de l’élu vis-à-vis de son chargé de mission et de son équipe.<br />
Au niveau des habitants, la question la plus délicate est celle de l’affectif (soit en positif, soit en négatif) qui entre en jeu à un moment donné et s’avère parfois délicate à gérer, nécessitant une prise de distance. A ce titre, le travail avec Jérôme Guillet sur les compétences et appétences, autant de la part des citoyens-habitants que de la part des équipes intervenantes, a été intéressant, en ce sens qu’il a permis de prendre le temps, de se dire qu’il faut moduler les offres et diversifier, qu’aucun public n’est homogène et qu’il n’y a pas d’habitant-type. Cela demande des compétences que l’on n’a pas forcément et qui relève souvent de l’éducation populaire, ce qui a conduit, au début, à externaliser. Mais le risque de l’externalisation, à terme, est de se déposséder soi-même de la mission première attribuée, de la part la plus noble du travail et de n’assurer alors que les tâches logistiques et de suivi administratif. Cette question de l’externalisation est fréquente, parfois même à la demande des élus (pour plus de sérieux, etc.).<br />
Ce nœud peut parfois se resserrer, souvent pour les mêmes raisons, celle de la question du temps :<br />
Du côté des élus, faire entendre qu’il faut anticiper les demandes de concertation reste un défi impossible. Les demandes sont fréquemment urgentes et souvent impossibles, justifiées par des fenêtres d’opportunité très réduites (pour lancer un projet).<br />
A l’inverse, les habitants n’arrivent pas à comprendre ces questions de temps : ainsi, après un travail avec un groupe d’habitants sur des questions d’urbanisme très générales (ouverture du centre-ville sur la Loire), doublé d’un questionnaire avec une large diffusion, il y a une incompréhension quant aux délais d’intégration de ces réflexions (dans les travaux des urbanistes et des architectes pour concevoir les grands projets de la ville, puis de la mise en chantier par tranche, il y a un délai minimum de 5 à 7 années). Les temporalités des projets urbains demeurent toujours très difficiles à expliquer.<br />
Ce nœud peut également se resserrer autour de la question de la capacité réelle de prise de décision par les élus, qui est une question réelle et centrale dans la vie municipale. Avant même de parler de participation, quel part du processus de décision est maîtrisé par les élus locaux. Cette question renvoie d’une part au pouvoir de l’administration, mentionné plus haut : à Blois, il y a cinq personnes (3,5 ETP) au service « démocratie locale » avec une certaine autonomie, bénéficiant parfois d’une marge de manœuvre pour proposer des stratégies qui peut s’avérer déconcertante. Cet exercice, qui peut être grisant au début, a ses limites et interroge sur la nature de l’action : s’agit-il de mettre en place ses propres idées ou celles de l’équipe municipale ?<br />
D’autre part, dans la question de la prise de décision, il y a toujours la question de la marge réelle de négociation. Ce couple négociable / non négociable est au cœur de l’ingénierie de concertation : bien souvent, la difficulté est d’identifier le négociable, et on s’aperçoit que cette part est floue, évolutive. Et parfois, les élus se rendent bien compte qu’ils ont très peu de marges de manœuvre négociable, ce qui renvoie également aux questions d’intercommunalité, et de la liberté d’une commune dans une communauté urbaine2.<br />
Pour l’agent, le métier a beaucoup évolué par rapport à ce nœud : de nouvelles missions s’ajoutent, et dans le meilleur des cas, il va s’agir d’accompagner les élus (on quitte l’aide à la décision pour aller vers de la stratégie), et dans des conditions moins favorables, il s’agira de développer des compétences en termes de communication, voire de faire avaler des couleuvres aux gens.<br />
3. Le 3ème nœud : le rapport professionnel avec le monde militant et avec notre militance<br />
Pour les militants de la démocratie locale purs et durs, un agent de la fonction publique territorial apparaît toujours suspect. Et vis-à-vis des prestataires, ce même agent est toujours incompétent, surtout s’il ne fait pas appel à leurs « savoir-faire » ! Ce positionnement a amené des collègues à demander aux organisateurs des Rencontres Nationales des Professionnels de la Démocratie Participative de ne pas faire intervenir, comme lors de la 1ère édition en 2011 à Créteil, un certain nombre d’universitaires et de prestataires, « qui venaient un peu nous expliquer notre boulot alors que nous étions dans une logique de créer, au sein de la fonction publique territoriale, une réflexion sur nos métiers ».<br />
Un périmètre professionnel évolutif et élargi<br />
Pour résumer, les tâches d’animateurs et de chargés de mission sont variées et se concurrencent : animation, définition, surcharge administrative, encadrement dans certains cas, accompagnement, formation des autres agents, aide à la décision… « Et à tout faire, on est forcément suspect de ne pas savoir bien faire quelque chose. » Le nombre d’agents présents dans ce service (cinq agents avec des profils et des compétences complémentaires) est assez exceptionnel pour la taille de la ville.<br />
Sur le recours à des consultants, au fil des années, l’impression émerge que certains tirent des rentes de méthodes et d’acquis, sans ne plus réellement développer de pratiques innovantes. Deux illustrations de cette tendance sont avancées :<br />
le fait que certaines structures s’approprient des méthodes développées dans d’autres domaines (comme le théâtre de rue par exemple)3 et en revendiquent l’exclusivité.<br />
Le fait de livrer des prestations léchées et très normées, respectant une certaine orthodoxie en la matière, mais dont les résultats sont lisses et absolument inutilisables par la suite (sur la base de l’expérience de forums ouverts, réalisés soit en interne, soit externalisé).<br />
Au final, les demandes d’interventions extérieures se font de moins en moins dans la logique de faire un « bon coup », et c’est davantage une sorte de compagnonnage qui s’instaure, avec un nombre très restreint d’intervenants, qui connaissent bien les services mais aussi et surtout le territoire.<br />
Tout cela amène les fonctionnaires territoriaux à s’interroger sur leur propre militance. Malgré le flou, il y a des intérêts réels des postes, et l’engagement s’avère profond. « Si on reste là 10 ou 12 ans, c’est que l’on commence à être convaincu. (…) Donc, on devient militant, mais jusqu’à quel point ? A être trop militant dans une collectivité locale, on peut en être amené à manger son chapeau&#8230; » <br/><br />
<strong>Discussion avec la salle</strong><br/><br />
Si la discussion suite à la première intervention portait sur le glissement de la participation vers le travail social, celle-ci montre bien à quel point, inversement, les agents en charge de la participation font de la politique.<br />
Une question sur le rapport entre proximité et démocratie<br />
L’idée est répandue que la proximité serait un vecteur ou un générateur naturel de la participation (cf. la loi de « démocratie de proximité » de 2002). Pour autant, les difficultés rencontrées par la participation ne sont-elles pas, au contraire, révélatrices d’un déficit de la proximité caractérisant la vie politique locale et finalement d’un certain décloisonnement entre les élus et leurs administrés ? Ce qui amène deux questions : on dit souvent que la participation est une fin et que la proximité serait un moyen de réaliser cette fin. Mais est-ce qu’aujourd’hui, les rôles ne seraient pas inversés, de sorte que certaines municipalités auraient tendance à essayer de promouvoir des politiques participatives pour établir une certaine proximité avec leurs administrés ? Et finalement, est-ce que le rôle premier des professionnels de la participation ne serait-il pas d’une part de révéler ou de susciter des vocations participatives ou citoyennes (cf. l’expérience de l’habitante de la ville de Vendôme) et plus encore, de rétablir le lien qui tend à se distendre entre les élus et une certaine partie des habitants de la collectivité ?<br />
L’expérience au sein de la ville de Blois indiquerait plutôt un mouvement inverse : la loi de 2002 aurait été vu comme une occasion, à travers le prétexte de la démocratie locale, de réduire la distance entre les élus et les citoyens. D’autant plus qu’à Blois, un jeune maire de 35 ans succédait à Jack Lang à la mairie et a fait le choix de s’inscrire en contre-pied et de miser sur la proximité, notamment avec les conseils de quartiers. Il a alors été essentiellement question de réhabituer, réapprivoiser le citoyen vis-à-vis de l’institution municipale, de retisser des liens à chaque occasion. La situation actuelle montre une évolution avec de moins en moins d’enjeux autour de la personnalité des élus et une volonté de faire autrement, en se dotant de tous les outils favorisant la participation, qu’elle soit descendante ou ascendante. Alors, certes la proximité est toujours avancée, mais la proximité de l’institution, pas la proximité des politiques. La création d’une direction de « la cohésion sociale » acte de ces changements : en conjuguant les questions participatives avec les enjeux de gestion des centres sociaux, la recherche de complémentarités entre équipements publics, etc. notamment en lien avec les questions de comités d’usagers. « Comment on met de la démocratie dans une crèche, dans un centre social ? » Sur la base de cette expérience, il y aurait donc au contraire une montée en niveau de la question.<br />
Sur cette question du lien, du rapprochement avec les institutions et le monde des élus, le seules expériences intéressantes se déroulent lorsqu’il y a une certaine prise de risque et qu’on accepte d’une certaine manière « d’ouvrir l’arrière boutique ». Ce fut le cas par exemple lorsqu’une réunion d’information fut organisée avec la police municipale pour expliquer de façon très simple l’activité concrète de ce service (équipe, horaires etc.) et que les habitants se montrèrent très intéressés. Il y a une petite prise de risque avec une autre manière de raconter ce qui se passe. Il en est de même lorsqu’un élu participe à des groupes mixtes et faire l’effort de raconter autrement ce qu’est la décision, ce qu’il ne comprend pas et ce qu’il ne peut pas faire.<br />
Question sur la participation comme outil social ou activité politique<br />
L’objectif de la participation est-il politique ou au contraire ne vise-t-il que la paix sociale ? Et si cet objectif se réduit à la recherche de la paix sociale, du consensus, de la tranquillité et du bien-vivre, est-ce que ce n’est pas un choix politique d’une part ? Et est-ce que c’est transpartisan d’autre part ? Est-ce que l’on peut faire quelque chose qui relève de la participation et qui ce soit hors parti ou trans-parti sans que ce soit quelque chose d’inscrit politiquement ?<br />
Pour beaucoup d’exécutifs, municipaux ou autres, l’objectif premier, bien entendu, est qu’il n’y ait pas de vague. Mais les choses ne sont peut-être pas si simples que cela, tout d’abord pour les fonctionnaires qui, certes, obéissent à une commande politique et élaborent une offre de participation mais qui sont aussi à côté de cela des citoyens, des professionnels militants ; et également pour les élus locaux, dont le pouvoir reste relatif (et parfois, un directeur de cabinet, voire même un chef de service, a plus de poids sur la décision qu’un élu).<br />
Pour le fonctionnaire, d’un point de vue militant, le véritable intérêt de proposer une offre de participation (c’est-à-dire d’intégrer des citoyens dans les dispositifs), c’est bien de leur ouvrir l’arrière-cuisine pour leur permettre d’avoir un regard plus éclairé, une critique plus constructive sur ce qui se passe. En participant au processus, est offert au citoyen la capacité de devenir garant citoyen sur d’autres processus ou d’autres débats publics.<br />
Sur cette question « d’être à l’ombre », il y a pour les chargés de missions des logiques paradoxales entre créer du consensus ou faire ressortir les points saillants, de tension. De ce point de vue, la commande politique est toujours moins intéressante que ce qu’on va potentiellement pouvoir faire. Se crée une communauté avec des habitants,  des chargés de missions d’autres services, des intervenants et c’est ensuite au fonctionnaire d’essayer de restituer ce qui a pu se créer, s’inventer au sein de cette « famille ».<br />
Un témoignage complémentaire d’un autre fonctionnaire territorial<br />
En poste depuis 2011 à la mairie de Tours, au départ pour mettre en place les conseils de la vie locale (conseils de quartiers de la ville de Tours), il témoigne au démarrage de ce dispositif d’un portage politique fort par le premier adjoint au maire : rattaché au service des relations publiques, au cabinet du maire, il travaille en prise directe avec le premier adjoint. Au fil des années, il ressent une certaine fatigue, lié à l’emploi, qui est avant tout de gérer des conflits, en étant parfois « mis été en première ligne par les élus ». Et contrairement à l’exemple blésois, il est seul à travailler sur ce sujet au sein de la ville de Tours (137 000 habitants), en portant et coordonnant l’ensemble des conseils de la vie locale, grâce notamment à un réseau relationnel au sein de la collectivité avec les directeurs de services et avec des référents techniques. Aujourd’hui, deux sortes de questionnement se posent selon lui : d’une part, comment introduire la participation dans les activités d’une communauté d’agglomération et comment articuler cette compétence avec les activités conduites au niveau communal ? Et d’autre part, comment gérer l’arrivée des nouveaux conseils citoyens (des conseils de quartiers sans la présence ni d’élus et ni des services), comment former les gens dans ces conseils et quelles relations instituer avec les conseils de quartiers ?<br />
Question sur l’effet des changements de municipalités sur les pratiques des fonctionnaires territoriaux<br />
Cet effet est évident et très important : une nouvelle municipalité, c’est l’occasion de négocier de nouvelles orientations. Ainsi à Blois, en 2008, en obtenant un droit à l’expérimentation (et donc à se tromper), l’intérêt pour le poste a été renouvelé. La personnalité du maire est déterminante dans l’offre de participation envisagée. « Mon vrai patron, c’est l’habitant, mais entre lui et moi, il y a le maire. »<br />
A Tours, le portage politique initial été très fort, via un adjoint très impliqué. Le changement d’élu référent a conduit à tout autre chose. Et maintenant, avec le changement récent de municipalité, il a été décidé de continuer, mais avec la volonté de changer un certain nombre de chose, ce qui peut être une bonne chose. C’est une expérience à renouveler continuellement, sinon, la lassitude et l’épuisement peuvent surgir rapidement.
</div>
<p><br/></p>
<div id="page-3">
<h3>Christian CALENGE &#8211; Retours d’expériences. Commissaires enquêteurs</h3>
<p>Le contexte d’expérience est tout à fait différent des précédents, les commissaires enquêteurs (CE) étant orphelins de tout portage politique, puisqu’ils ne dépendent théoriquement de personne et doivent préalablement à toute mission signer une déclaration de totale indépendance.<br />
Tout d’abord, un rappel du contexte de l’enquête publique (EP) (créé par la loi Bouchardeau de 1982 et réformée en décembre 2011) : elle arrive en phase terminale des projets. Les CE ne sont pas désignés par une municipalité, des élus ou des acteurs institutionnels, mais par décision du tribunal administratif (dans 90 % des cas) ou par la préfecture (dans les 10 % de cas restants, pour les enquêtes de droit public). La difficulté est donc bien souvent d’expliquer au porteur de projet que « nous ne sommes pas l’Etat », ni pour représenter le ministère de la justice, bien que mandatés par le tribunal administratif. Cette position est compliquée à expliquer, aux jeunes CE parfois, aux élus très souvent et aussi auprès des populations pour qui le CE représente l’Etat ou le porteur du projet (alors que le CE prend le projet tel quel et en est totalement extérieur). Pour être CE, il faut en montrer l’envie et en avoir les compétences rédactionnelles (notamment en termes d’observance du droit). La liste des CE est établie par une commission et renouvelée tous les 4 ans.<br />
L’EP est donc quelque chose d’un peu particulier. Deux choses sont demandées :<br />
1. le CE doit vérifier que le projet est bien transmis, selon cette notion de « bonne information du public », qui est une notion très cadrée (et ce cadrage peut poser question en lui-même : n’est-ce pas un corset rigide qui fait obstacle à un certain nombre de choses ?).<br />
2. le CE doit recueillir et prendre en compte la parole des gens (n’importe qui peut venir s’exprimer dans une enquête publique, même le porteur de projet). Le public doit pouvoir s’exprimer. La loi est à cet endroit assez ouverte, voire particulièrement permissive.<br />
1. La bonne information du public, c’est vérifier que le projet est clair, que le rapport comprend toutes les pièces, que tout le monde peut le lire. Or, un PLU, un PDU, un SDAGE (sur 5 départements) ou un tracé TGV n’ont pas la même échelle, bien que les procédures soient les mêmes. Le CE doit donc expliquer le projet, ce qui pose la question de l’expertise : le CE doit-il être un expert ou juste un « honnête homme » (pour reprendre l’expression de la loi) ? La bonne information, c’est également de veiller à ce que la loi soit respectée, notamment les conditions précises d’information du public (affichage des avis d’enquêtes sur le territoire d’enquête, contenu explicite des avis d’enquêtes -date, lieu, objet, etc.). Le rapport ne doit pas être trop technique, pour être compréhensible par n’importe qui, mais il doit également être très argumenté, car il doit pouvoir servir de base argumentaire au tribunal administratif dans le cadre d’un jugement s’il y a contentieux.<br />
Pour les enquêtes de droit (10 à 15 % des EP demandées pour des problèmes de cadastres, de voieries, etc.), la première tâche du CE est de vérifier que chacun des propriétaires a été prévenu par lettre recommandée avec accusé de réception, et sinon, il doit se débrouiller pour entrer en contact avec le propriétaire (parfois à l’étranger etc.), ce qui est long. On ne peut pas commencer l’enquête AVANT d’avoir vérifié que TOUT le monde a été prévenu.<br />
Il y a également une question de coût en ce qui concerne l’information du public, notamment pour les petites communes. Ainsi, par exemple, un CE propose une prolongation de 2 jours pour achever l’enquête dans les meilleures conditions, et le maire refuse pour des raisons économiques (180 euros de publication d’avis et 900 euros de publication dans la presse -somme exorbitante dont certains journaux locaux tire une espèce de rente, avec annuellement entre 80 et 150 EP en Indre-et-Loire). Les petites communes peuvent légitimement hésiter, entre la bonne information du public et leurs limites financières.<br />
2. L’accueil du public et le recueil des avis : il faut accueillir le public, lui expliquer le projet s’il en fait la demande et prendre en compte absolument tout ce qui est dit et tout ce qui est écrit dans le registre (sur la dernière enquête publique sur un PLU, 17 contributions sur 4 permanences, dont seulement 6 écrites, dont le maire, les 11 autres étant des témoignages oraux recueilli par le CE). Le CE a également la possibilité d’organiser des réunions publiques (cela dépend également de l’échelle du projet). Le problème est bien souvent d’aller chercher le public, ainsi certains CE peuvent aller directement à la rencontre de gens identifiés comme particulièrement concernés par le projet. Le public est incroyablement varié et ne s’exprime pas vraiment sur l’objet de la concertation (le plus souvent, ce sont des problèmes personnels qui sont évoqués, et non un avis sur le projet en lui-même : la parcelle voisine sera-t-elle constructible ? Une route passera-t-elle là ? Ce carrefour est dangereux, etc.).<br />
Et il y a parfois des situations paradoxales pour le CE : par exemple, sur une commune où le renouvellement du PLU est soumis à enquête, de l’avis du CE, un point intéressant dans cette commune est la procédure de déclassement, rare, d’un étang classé Espace Naturel Sensible par le Conseil Général. Mais ce point n’est pas abordé dans le PLU en révision, et aucun des déposants ne l’a mentionné, le CE ne peut donc pas se saisir de cet aspect et le mentionner.<br />
Le CE doit recueillir l’avis du public, « la parole du public doit être utilisée pour dire s’il elle remet en cause l’utilité du projet ». Le CE doit émettre un avis strictement personnel, pour savoir s’il pense que le public a suffisamment d’arguments sérieux pour remettre en cause certains aspects du projet ou pas. C’est une tâche difficile, car le CE rencontre des gens énervés (parfois le maire refuse l’accès aux locaux de la mairie, parfois des associatifs prennent en otage un CE, etc.). Le public dispose d’une large palette d’interventions (dépôt de pétitions, envoi en ligne, etc.) et la déception des porteurs de projets est souvent forte quant à la faible participation du public (une commune ouvre un site internet et personne n’envoie de courriels…). L’ouverture au public est un aspect extrêmement important, et on peut s’interroger sur le fait de voir si peu de public.
</p></div>
<div id="page-4">
<h3>Jean-Louis BERNARD</h3>
<p>Il faut rappeler en préambule que tous les projets ne sont pas soumis à EP, soit par rapport à un certain seuil financier engagé par les projets et défini par la loi, soit par des Déclarations d’Utilité Publique. Pour ces projets non soumis à EP, il y a aussi de la concertation. Mais l’exploitation des résultats de cette concertation est nécessairement réalisée et guidée par le commanditaire du projet et la gestion des retours du public, même inconsciemment, est vue sous ce prisme-là.<br />
Alors que dans le cadre de l’EP, le CE, dont le titre exact est « collaborateur occasionnel du service public », a pour référence le tribunal administratif, qui est le donneur d’ordre sur le plan institutionnel. Cette référence procure donc au CE une indépendance totale vis-à-vis du projet soumis à l’enquête. S’il respecte cette indépendance, il est garant de la véritable restitution du ressenti du public sur le projet. Mais le CE doit également donner un avis, donc s’engager, avec un prisme de « bon sens » sur le projet. De ce fait, la compagnie des CE est assez méfiante vis-à-vis de CE qui sont des experts sur certains dossiers, car alors, bien souvent, la critique du projet présenté à l’enquête ne va pas du tout dans le sens de la restitution de la participation du public (et ce sont souvent ce genre de rapports qui font contentieux auprès du tribunal administratif).<br />
Trois grandes catégories de public reçu lors des EP peuvent être identifiées :<br />
&#8211; Le public institutionnel, les personnes publiques associées au projet,<br />
&#8211; Le public de type associatif, qui se regroupe en association sur des projets de types politiques ou environnementaux,<br />
&#8211; Et puis l’individuel, le propriétaire terrien, le riverain, l’exploitant agricole, etc.<br />
Au niveau de l’information de ces types de public, l’échelle est complètement différente :<br />
Le public institutionnel (chambre d’agriculture, DREAL…), il intervient bien souvent dans la réalisation du projet. C’est donc une participation à la fois partisane mais aussi qui contribue à l’intérêt général. Pour eux, l’information est totale, puisqu’ils participent à l’élaboration du projet.<br />
Le public associatif (France Nature Environnement, la SEPANT…), ce sont des associations extrêmement informées, qui possèdent parfois même plus d’informations sur un projet que le CE. Donc, là aussi, l’information n’est pas un souci.<br />
Là où le CE rencontre un problème d’information, c’est avec le public individuel. 80 % des gens qui viennent à l’EP viennent pour se faire expliquer le dossier, dont ils n’ont pas pris connaissance auparavant. Là, le rôle du CE est d’expliquer le dossier. Et le porteur du projet doit faire un travail pour informer les gens, travail sur lequel le CE doit porter un avis. Bien souvent, le porteur de projet dit : « On a fait tout ce qu’il faut : le site internet de la ville, les lettres mensuelles, les réunions publiques, c’est passé à la radio etc. » Et malgré cela, on s’aperçoit que si les gens ne sont pas directement concernés par l’enquête, ils ne sont pas intéressés et n’ont pas conscience de la portée d’un certain nombre d’enquêtes.<br />
Il cite un exemple : en 1998, il y a eu une enquête sur l’agrandissement d’un dépôt de munition sur la commune de Cigogné (pour passer la capacité de stockage de ce dépôt de 9 à 50 tonnes). Personne ne dit rien lors de cette EP. Après les incidents de Toulouse et l’usine AZF, il y a eu toute une politique de mise en place des Plans de Préventions des Risques Technologiques. Ce fameux dépôt de munitions, dont personne n’avait remis en cause la multiplication du tonnage, a fait l’objet d’un PPRT et là, tous les gens concernés par les implications du PPRI (se trouvant dans la surface du périmètre d’inconstructibilité et devant mettre en place des mesures de renforcement des habitations) se sont sentis concernés. Mais il était trop tard. C’est la même chose lors d’EP portant sur la loi sur l’eau ou sur des inondations. C’est très classique, les gens ne viennent pas et pourtant ils sont informés. Des efforts louables sont faits par les porteurs du projet en termes d’information, et souvent, on peut se dire : « qu’est-ce qu’on peut faire de plus ? ». Mais on se trouve confronté à un problème : le public, l’individu, s’il n’est pas directement concerné par un projet, il est difficilement mobilisable sur ce projet.<br />
Au niveau de l’avis rendu, le CE doit s’exprimer et rendre un avis personnel, donc s’engager. Lors d’EP où personne n’est venu, le CE doit tout de même donner un avis, parfois avec des acrobaties en termes d’écriture. L’avis du CE n’est que consultatif, mais si le préfet ou le commanditaire passe outre l’avis du CE, il doit motiver ce non-respect. Et en cas de réserve forte émise par un CE, si la réserve n’est pas levée, l’avis est défavorable. Les CE doivent donc être assez prudents avant d’émettre des réserves sur un projet, car il faut que cet réserve soit levable.<br />
Depuis la réforme de 2011, 90 % des contentieux sont sur la motivation de la conclusion du CE. Un certain nombre de cabinets d’avocats se sont spécialisés dans le contentieux d’EP, et l’avis motivé du CE est de plus en plus passé à la loupe. Le TA ou le commanditaire ont d’ailleurs la possibilité de demander au CE de modifier sa conclusion, si on estime que l’avis n’est pas suffisamment motivé. Ce qui peut parfois poser quelques soucis, notamment lorsque le rapport est rendu public, et qu’il est alors délicat de modifier des éléments de conclusion.<br/><br />
<strong>Discussion avec la salle</strong><br/><br />
Question sur les profils des commissaires enquêteurs<br />
A quelques de très rares exceptions, ce sont des personnes à la retraite. Et ceci pour deux raisons : l’une sociologique, le CE est quelqu’un qui n’a pas tout à fait envie d’arrêter, l’autre est pratique, un CE doit savoir taper un rapport, avoir un téléphone, une voiture, et surtout être disponible. Une EP, c’est long (de 15 jours à plus d’un mois). Le CE doit s’emparer du dossier, faire la publicité au moins 15 jours avant, aller voir le porteur du projet avant, faire l’EP proprement dite puis envoyer un rapport succinct au porteur du projet et enfin, rédiger son rapport dans le mois suivant l’enquête. Il y a parfois des CE encore actifs (il n’y en a pas au niveau de l’Indre-et-Loire), mais ce sont alors des professions qui ont été jugées compatibles par le TA avec l’indépendance exigée du CE.<br />
A peu près 80 % des CE viennent de la fonction publique (territoriale, municipale, armé, éducation nationale) et il y a également des chefs d’entreprises, des médecins, etc. Ce sont souvent des profils avec des responsabilités de cadre. Et il y a très peu de femmes (4 femmes sur 53 CE en Indre-et-Loire, et 12 sur 140 au niveau régional).<br />
Question sur la professionnalisation du CE<br />
L’EP apparaît comme le niveau zéro de la participation, avec une procédure extrêmement normaliste, qui démotive et décourage le public, car elle apparaît trop en aval dans le processus décisionnel, à un moment où tout est joué. Et il est bienheureux que l’avis du CE soit personnel et motivé et ne soit pas que la seule synthèse des avis formulés par le public, car sinon le danger serait alors de produire des avis dénaturés, quand bien souvent seuls les opposants au projet se déplacent pour déposer. A propos de l’avis défavorable qui peut être délivré par le CE, celui-ci peut-il conduire des porteurs de projet à revenir sur des caractéristiques fondamentales du projet ?<br />
Et sur la question de la réforme du statut du CE, de nombreux juristes plaidaient dans les années 1990 pour une véritable professionnalisation du CE, avec notamment la création d’un corps des CE, avec recrutement par voie de concours comme dans la fonction publique classique. Une telle réforme pourrait-elle être une bonne chose ?<br />
Par rapport à l’argument de l’inutilité de l’EP, notamment par le caractère très aval de l’EP, la réponse est simple : quand doit-on arrêter le projet ? Il faut nécessairement l’arrêter avant de le mettre en consultation, et si on l’arrête alors qu’il n’est pas définitif, on dirait que l’EP arrive trop tôt. Le projet demeure néanmoins perfectible, et l’EP pourrait y contribuer, via la bonne prise en compte de l’avis délivré. Mais cela du ressort de la préfecture ou du porteur de projet et dépasse le rôle du CE, dont le rôle est de transmettre les observations. En cas d’avis défavorable, le CE espère que celui-ci va interpeller le décideur. Mais le dernier recours, c’est le préfet. S’il signe avec un avis défavorable, il aura une procédure de contentieux au tribunal administratif, et si l’avis du CE est débouté, il n’aura pas de problème, et si ce n’est pas le cas, la décision préfectorale sera annulée (ce qui arrive souvent), car l’avis du CE n’a pas été pris en compte.<br />
Sur la question du statut du CE, faire du CE un expert, comme un expert géomètre ou un expert judiciaire reviendrait à imposer des personnes qui soient d’une compétence irréprochable dans le domaine de l’enquête propre. Or un CE peut passer d’une aliénation de chemin communal à une enquête sur la loi sur l’eau, à une enquête sur des dépôts de munition, sur des éoliennes, sur des déclarations d’intérêt général sur une rivière, sur des installations photovoltaïques, des enquêtes de carrières… Ce n’est donc pas possible d’être compétent dans toutes ces matières. Le CE est inscrit sur une liste d’aptitude départemental et le tribunal administratif a ainsi un panel de choix, non sur la connaissance d’un dossier par personne, mais sur sa capacité d’analyse, de synthèse, de jugement, sur son intelligence.<br />
Le CE est confronté à une complexité croissante des dossiers soumis, notamment en matière d’environnement ou de respect de normes environnementales. Et dans ces cas-là, les avis des Personnes Publiques Associées peuvent être extrêmement divergents, parfois même opposés les uns aux autres (les PPA n’étant pas que des collectivités ou des administrations, mais aussi des privés comme le CRPF ou la chambre d’agriculture…). La complexité croissante des dossiers pourrait pousser à une spécialisation des enquêteurs, et la réponse du tribunal administratif, lorsqu’il établit la liste des CE, est de recruter des CE qui ne soient pas multi-compétences mais qui aient malgré tout des domaines de compétences.<br />
Question sur la rémunération des CE et la possibilité d’en vivre en tant qu’activité rémunératrice<br />
Le CE est indemnisé en vacations selon le temps passé et les frais engagés. De façon à garantir son indépendance, les porteurs de projet versent les indemnisations à la Caisse des Dépôts, qui les reverse aux CE, via un fond spécifique. Concrètement, les rémunérations dépendent de l’ampleur des projets soumis à enquête. Une enquête de PLU s’étire sur trois mois et demi (prise de connaissance du dossier, prise de contact avec le porteur, EP -3 fois 3h- sur une période de 30 jours minimum, et rédaction de l’avis). Le CE doit donc être disponible sur cette période et il est indemnisé entre 1200 et 1500 euros pour une EP de ce type. Pour une enquête plus conséquente, sur un plus grand périmètre, nécessitant plus de réunions et de permanences, la période de disponibilité est la même mais le temps de travail est plus important. L’indemnisation du CE pour ce type d’EP varie alors entre 2 500 et 3 000 euros. Ces indemnités, en tant que « collaborateurs occasionnels du service publics », sont soumises à impôt. Il apparaît donc difficile d’en vivre, car le CE est saisi seulement s’il y a un projet. S’il n’y a pas de projets, le CE n’est pas saisi…<br />
Question sur la proximité entre les fonctions du CE et celle de « tiers garant » dans les démarches de concertation ?<br />
On observe actuellement dans le champ professionnel de la participation l’émergence de la figure du garant (qui assure la neutralité et le respect des bonnes règles de la concertation). En termes de positionnement et de fonction, cette figure est comparable au profil des CE.<br />
Les démarches actuelles de simplification des procédures publiques pourraient déboucher sur des formes de participation du public par des voies différentes de l’EP. Il y a plusieurs années, la compagnie nationale des CE s’est demandée si le CE pouvait être désigné comme garant sur un certain nombre de projet, en dehors des EP. Après réflexions, la compagnie ne s’est pas prononcée, et si le domaine d’action du CE venait à se réduire, il est envisageable qu’il puisse assurer des fonctions de garant dans les grands projets (mais ça ne serait pas un professionnel !).<br />
Question sur l’absence de public et son interprétation<br />
L’absence de participants n’est pas propre à l’EP et se retrouve partout ailleurs dans le domaine de la participation (conseils de quartiers, etc.). C’est une question récurrente. Alors que moult efforts sont déployés, « les gens ne veulent pas participer ! », comme si personne n’était concerné. Et du côté des potentiels participants, le ressenti est unanime : « ça ne sert à rien » de m’investir (pour plein de raisons, maîtrise de la langue, technicité, projet déjà décidé, etc.) Il y a donc une construction politico-institutionnelle de l’inutilité de la participation qui vient légitimer la positon des décideurs, qui eux font tout bien en termes de procédures (publicise, informe, accueille…) et ce sont les gens qui, pour des raisons diverses, ne veulent pas participer.<br />
Pourquoi les gens ne voudraient pas participer ? Or, dés qu’on commence à déconstruire les pratiques, on voit plein de raisons objectives qui font qu’il n’y a pas de participation. Ces raisons peuvent être très schématiquement résumées par l’absence de partage de la décision. Si pour une raison ou pour une autre, différente selon les contextes, tout est décidé ailleurs, il n’y a pas de participation. On revient alors la question : qu’est-ce que la participation ? La recherche d’un consensus (logique d’amont) ou encore la recherche de recenser toutes les plaintes possibles (plutôt la logique de l’EP). La participation consisterait alors à regarder tout ce qui peut dépasser de la ligne de consensus et essayer de ramener tout au moins de conflit possible. Si la participation, c’est ça, et la logique des dispositifs va dans le sens de faire penser que c’est ça, on est très loin du discours porté actuellement sur le devant de la scène qui est : « il y a un rapport entre la participation et la démocratie participative, et ce rapport, c’est une remise en question de la démocratie représentative ». Et la pratique de la participation que l’on observe à travers la professionnalisation semble être une pratique essentielle de lissage.
</div>
<div id="page-5">
<h3>Alice MAZEAUD &#8211; La professionnalisation de la participation : une standardisation des pratiques ?</h3>
<p><br/><br />
<em>Le compte-rendu qui suit est issu d’une recherche en cours, c’est un document de travail diffusé pour information mais qui ne doit pas faire l’objet de citations.</em></br><br />
L’exposé propose une focale très large sur ce qu’est la professionnalisation de la participation aujourd’hui. L’objectif du travail présenté est de cartographier et d’analyser la nébuleuse participative. Le point de départ est une volonté de changer d’angle d’analyse par rapport aux analyses classiques sur la participation. En général, la participation est travaillée à partir des dispositifs et des pratiques de la participation. Or, le choix ici est de s’intéresser aux professionnels de la participation, c’est-à-dire à tous ceux qui font vivre ces dispositifs et qui vivent de cette activité liée à la participation. Volontairement, il n’y a pas de définition arrêtée a priori de ce qu’est la participation et de qui sont les professionnels de la participation. Cette posture doit permettre d’observer tous ceux qui peuvent être repérés comme étant des professionnels de la participation :<br />
Soit en objectivant qui sont ces professionnels : dès lors qu’un acteur développe une pratique professionnelle qui prétend à faire de la participation, peu importe sur quelle thématique ou avec quel public, on considère qu’il fait de la participation. Cette posture permet de se tenir à l’écart des luttes de définition.<br />
Soit car les acteurs se revendiquent eux-mêmes comme étant des professionnels de la participation.<br />
En prenant cet ensemble d’acteurs, on a bien une nébuleuse participative, avec des acteurs associatifs, des acteurs académiques, des acteurs privés (agences de conseils etc.), des acteurs publics (fonctionnaires d’Etat…). Il y a bien des acteurs avec des statuts très variés, intervenant dans des secteurs d’activités très variés (développement durable, habitat, éducation populaire, etc.).<br />
Analyser l&rsquo;institutionnalisation de la norme participative à travers les dynamiques de professionnalisation<br />
Pourquoi déplacer la focale des dispositifs aux acteurs de la participation ? L’objectif est d’analyser l’institutionnalisation de la norme participative, à travers le prisme des dynamiques de professionnalisation, pour comprendre comment, depuis une trentaine d’années, une norme participative, un impératif participatif s’est déployé, dans l’action publique essentiellement, au point de devenir une sorte de passage obligé. Il s’agit de comprendre les modalités de cette diffusion, de cette consolidation, de cette mise en pratique de la norme participative, et ce à partir de l’analyse des dynamiques de professionnalisation.<br />
Cette approche permet d’avoir une vue d’ensemble sur la participation, différente de celle centrées sur les dispositifs qui, inévitablement, conduisent soit à des approches sectorielles (dans le domaine de la politique de la ville, de l’aménagement urbain, etc.) soit à des approches territoriales (dispositifs mis en œuvre par tels types de collectivités, etc.), et donc à des analyses très fragmentées. L’intérêt de la démarche présentée ici est d’avoir une vue d’ensemble de cette institutionnalisation de la norme participative. Et pour avoir cette vue d’ensemble, il est proposé d’avoir à la fois une analyse diachronique et synchronique :<br />
Une analyse diachronique en essayant de penser les dynamiques d’institutionnalisation sur le temps long, en montrant des histoires parallèles de la participation (celle liée à la démocratie locale, celle liée aux conflits environnementaux, celle plus ancrée dans les luttes urbaines et l’aménagement urbain, etc.). Ce qui fait la norme participative aujourd’hui, c’est que ces histoires de la participation ont fini par converger et s’homogénéiser depuis le milieu des années 1990. Pour étudier la construction et la diffusion de la norme participative, il faut également prêter attention au facteur juridique (injonction législative et réglementaire) mais aussi aux facteurs politiques et sociaux, et aussi très largement aux facteurs académiques et professionnels. Ce point ne sera pas développé aujourd’hui, mais il permet de mettre à jour comment cette institutionnalisation va de pair avec la professionnalisation de la participation : depuis les années 1970, on est bien passé des militants aux professionnels. Et c’est bien la professionnalisation réussie des militants qui permet aujourd’hui la professionnalisation et l’institutionnalisation de la participation. « C’est parce que les militants d’hier ont réussi à se professionnaliser, c’est-à-dire ont réussi à développer des savoir-faire spécifiques, à les faire reconnaître, à en faire un métier, qu’aujourd’hui on a professionnalisation et institutionnalisation de la participation. » Le temps long permet ainsi de ne pas considérer des univers militants qui s’opposeraient à des univers professionnels, mais bien au contraire des formes d’hybridation très fortes, liées à ces dynamiques d’institutionnalisation.<br />
Une analyse synchronique pour rendre compte des fragmentations de l’univers participatif. L’idée de « norme participative » pourrait suggérer une norme homogène, s’imposant dans tous les espaces d’activités de la même manière et selon les mêmes modalités. Or, en réalité, l’analyse par la professionnalisation permet d’observer un univers participatif extrêmement fragmenté du point de vue des acteurs, des pratiques, des secteurs d’activités, etc. Et cette fragmentation ne s’observe pas selon une dichotomie publique/privée comme on a l’habitude de la mettre en scène. Il n’y a pas d’un côté l’offre publique de participation et les agents publics de la participation et de l’autre, des professionnels prestataires. On a au contraire des porosités très fortes entre ces univers-là, des pratiques qui circulent, des acteurs qui circulent, ce qui, au final, invite à repenser ce qu’est l’action publique. Enfin, il est intéressant de comprendre comment l’offre de participation est co-construite par des professionnels prestataires et des agents publics.<br/><br />
<em>Cartographier la nébuleuse participative : un défi méthodologique</em><br/><br />
Quelle méthodologie mobiliser pour cartographier cet univers nébuleux ? Cette recherche est menée à deux depuis trois ans, et elle fait suite à deux thèses en science politique :<br />
Celle de Magali Nonjon sur l’émergence des professionnels de la démocratie locale (soutenue en 2006), qui a travaillé l’histoire des années 1970 aux années 2000.<br />
Et celle d’Alice Mazeaud, sur le conseil régional de Poitou-Charentes et les usages de la démocratie participative par Ségolène Royal dans le contexte de l’alternance de 2004.<br />
Le croisement de ces deux regards, à partir de deux angles différents, a apporté une sensibilité aux effets de focal et à la manière dont le regard que l’on porte sur la participation donne à voir une certaine réalité de la participation et tend à invisibiliser le reste.<br />
Cette recherche sur la nébuleuse participative a été réalisée en multipliant les méthodes d’enquêtes et les matériaux :<br />
Un travail d’analyse de trajectoires biographiques, sur la base de suivi d’acteurs. Qui sont les acteurs de la participation aujourd’hui ? Quelles sont leur formation ? Comment ont-ils circulé d’un espace à l’autre ?<br />
Du matériel ethnographique, lié à l’observation d&rsquo;espaces de socialisation et de professionnalisation (participation à certaines rencontres professionnels, séances de formations, etc.).<br />
Un suivi des marchés publics. Aujourd’hui, la participation est un marché, au sens économique du terme, avec une commande publique de participation et une offre de la part des prestataires. D’un point vue méthodologique, malgré les règles de publicité, l’accès aux avis d’attribution est compliqué (et ne donne pas accès aux cahiers des charges) et cela invisibilise tous les marchés inférieurs au seuil de publicité, ainsi que les marchés par des maîtres d’ouvrage privés (comme RFF ou EDF…). Pour contourner ce biais, des discussions avec un prestataire reconnu et établi sur ce marché ont permis de récupérer tous les marchés repérés comme relevant de la participation (850 marchés publics archivés depuis 2008), et ainsi conduire une analyse des segments, des prix et des types de prestations demandées.<br />
Dernier matériau, une analyse documentaire, sur la base de cahiers de références des prestataires, des offres d’emploi (Gazette des communes…), des guides méthodologiques (Qui écrit ? Qui les produit ? Quels types de pratiques sont labélisés ?).<br />
La nébuleuse participative : un univers mouvant aux contours non définis<br />
Pour rappel, le point de départ est de ne pas donner de définition à la participation, terme pour lequel des luttes définitionnelles existent. L’intérêt de cette recherche est alors de voir la diversité de pratiques et d’acteurs qui se positionnent derrière ce terme-là. Les caractéristiques de la nébuleuse participative qui ressortent de l’analyse :<br />
un univers mouvant dans le temps (des acteurs différents qui se positionnent dans le temps),<br />
un univers aux contours non définis (avec des définitions concurrentes de la participation, entre la concertation, la démocratie participative, l’empowerment et le pouvoir d’agir, situé dans l’univers environnemental, dans l’espace urbain, etc.).<br />
Une collusion et une interpénétration des univers administratif, politique, académique, associatif et marchand, avec des circulations individuelles1. Il y a des circulations très fortes, avec de nombreux acteurs à la frontière des univers2. Il y a donc une hybridation, une porosité très forte entre ces univers.<br />
Une indétermination de la norme participative et une diffusion des compétences participatives : l’institutionnalisation de la norme participative va de pair avec la diffusion de l’activité et des compétences participatives à des acteurs dont ce n’est pas le cœur de métiers, dans des segments assez éloignés de ce qu’était le cœur initial. Et donc, plus la norme participative s’institutionnalise, plus elle se diffuse, plus on est face à un univers nébuleux.<br />
La nébuleuse participative du côté des acteurs privés : une diversité d&rsquo;acteurs privés<br />
Des profils et des structures hétérogènes<br />
Qui sont les acteurs privés sur la participation ? Plusieurs centaines de cabinets, d’agences ou de structures revendiquant vivre, au moins pour partie, de la participation ont été repérées. On retrouve aussi bien des bureaux d’architecture, des agences de communication, des acteurs issus du design industriel, des gros cabinets de conseils en management, des structures de soutien aux projets territoriaux, des structures liées au développement durable. En termes de forme, on retrouve des structures sous forme associative, sous forme de SCOP, sous forme d’entreprise. Sur cet ensemble, on va de gros bureaux d’engineering qui assurent de la maîtrise d’ouvrage et de la maîtrise d’œuvre sur des grands travaux et qui intègre une composante activité participative « concertation et acceptabilité sociale », de grosses agences de communication, et à côté, on retrouve également tout une diversité d’acteurs et de travailleurs indépendants qui n’interviennent que sur des marchés locaux. On est donc dans l’impossibilité de définir le profil type du prestataire privé en matière de participation aujourd’hui<br />
Un marché segmenté<br />
Ce marché de la participation est extrêmement segmenté (sur la base de l’analyse des 800 marchés, avec un codage de la thématique et du secteur sur lequel se déploie la commande de participation) : un quart du marché est lié à l’environnement et au développement durable, un autre petit quart est lié à l’aménagement et l’urbanisme, un autre quart correspond aux politiques de démocratie participative3. Derrière ces trois gros segments, on a des sous-segments spécifiques : marchés liés aux grands projets d’aménagement (très spécifique, lié à la Commission Nationale du Débat Public), marchés liés aux politique de la ville et au renouvellement urbain, marchés liés au projet de territoire et à la prospective. Si on rentre par les marchés, on voit bien une forme de diffusion, mais celle-ci est assez inégale, et le secteur social, qui est un des poids lourds des compétences locales, apparaît quasiment invisibilisé dans ces marchés-là (ce qui veut dire en partie qu’il n’y a pas de participation, et en partie que c’est aussi largement internalisé).</p>
<p><em>Une diversité de prestations et de pratiques</em><br/><br />
On a bien des marchés et des prestations qui correspondent à toute la chaîne de production de l’activité participative, très en amont de l’étude de contexte, de l’assistance à maîtrise d’ouvrage sur du conseil stratégique, jusqu’en aval sur de l’évaluation, et entre les deux, des prestations logistiques, de la rédaction, de l’animation de réunion, du travail de synthèse… Il y a également une diversité de pratiques, chaque prestataire développant sa niche, son outil et essayant de le vendre, de le diffuser4.<br />
Il y a donc des profils extrêmement hétérogènes du côté des acteurs privés. Des années 1970 aux années 1990, des acteurs associatifs militants se sont professionnalisés, en développant des savoir faire et en les faisant reconnaître. A partir des années 1990, d’autres profils arrivent (issus des secteurs de l’urbanisme et de l’architecture, qui ont trouvé là un moyen de se reconvertir et de se relégitimer à un moment où ils pouvaient être en difficulté). Et depuis les années 2000, il y a une entrée massive des agences de communication, des cabinets de design industriel, des agences de conseil en management, des grands bureaux d’engineering, donc finalement des acteurs très éloignés de cet univers politique initial. Et c’est bien le travail de professionnalisation de ces militants qui a permis l’arrivée de ces acteurs, qui aujourd’hui, n’ont rien à voir avec ce qu’était la participation à l’origine.<br />
La nébuleuse participative, du côté des acteurs publics<br />
Des mises en administration de la participation par sédimentation successive<br />
Du côté des acteurs publics, depuis le début des années 2000, l’institutionnalisation de la participation se traduit par une mise en administration de la participation, ce qui d’un point de vue politique peut paraitre tout à fait antinomique avec les origines de la participation. Et en même temps, le signe le plus tangible de l’institutionnalisation de cette norme participative, c’est bien le développement de ces administrations de la participation. Cette mise en administration de la participation s’est opérée par sédimentation successive : les premiers professionnels de la participation en tant qu’agent public sont bien les professionnels de la politique de la ville qui ont, les premiers, développé au sein des administrations une offre de participation. Et ce n’est ensuite qu’au début des années 2000, qu’ont eu lieu des recrutements beaucoup plus massifs de professionnels de la participation dans les agences, notamment avec, au milieu des années 2000, le développement et la consolidation de véritables services dédiés à la participation. Mais, même avec l’existence de ces services dédiés, on continue à avoir une logique de sédimentation.</p>
<p>Ce graphique est issu d’un travail sur les offres d’emploi de la Gazette des Communes (250 offres traitées depuis 2001, contenant le terme participation, concertation, démocratie participative, démocratie locale). On voit une fluctuation dans le temps mais on voit également que la labellisation des postes varie (codification opérée à partir des directions de rattachement, des secteurs d’activité et du type de poste offert). On voit bien sur la 1ère période (2001-2006) qu’il y a énormément de recrutements qui s’opèrent sur la thématique des « quartiers » (époque des conseils de quartiers), sur la thématique de la « proximité », sur la thématique de la « démocratie locale ». Mais il y a également encore, en 2001, des recrutements au titre de la « politique de la ville », qui vont quasiment disparaître par la suite. Ce qui ne veut pas dire qu’il n’y a plus d’acteurs de la politique de la ville et qu’il n’y a plus de participation dans la politique de la ville, mais cela indique que ce profil de recrutements qui était dominant avant les années 2000 va se réduire à la portion congrue. En parallèle, on voit apparaître à partir de 2005-2006 des recrutements très marqués par le développement durable et les Agendas 21, et notamment sur les années 2007-2009, qui constituent la grande période de labellisation et de reconnaissance des Agendas 21 par l’Etat. On voit également apparaître sur la même période (2007-2008) des recrutements explicitement marqués « démocratie participative », alors qu’ils n’apparaissaient pas sur les années précédentes. Il y a donc un jeu de labellisation (entre la « démocratie participative », le « développement durable », la « proximité » et les « quartiers », la « démocratie locale »). Et on voit également des recrutements de professionnels de la participation dans des services dédiés mais aussi à côté de ces services dédiées. Finalement, l’apparition de ces services ne met pas un terme au recrutement d’acteurs formés à la participation dans d’autres secteurs et dans d’autres administrations.<br />
Quelle intégration organisationnelle ?<br />
A propos des services dédiés à la participation, on constate qu’il n’y a pas un modèle type de service de « démocratie locale » ou « démocratie participative » dans les collectivités locales. Il y a en fait plusieurs modes d’intégration institutionnelle :<br />
Le rattachement explicitement politique. Jusqu’en 2005, les premiers services ou agents « démocratie locale » étaient souvent rattachés au cabinet, ce qui n’est quasiment plus le cas aujourd’hui (sauf dans de petites communes et à Paris). Néanmoins, très souvent, les agents de la participation sont assimilés à un espèce de cabinet invisible, de cabinet élargi, du fait de leur proximité aux politiques –ils sont souvent perçus comme cela en interne.<br />
Le positionnement transversal : il y a de plus en plus fréquemment (environ un tiers des collectivités observées) la mise en place d’un pôle « concertation / démocratie participative » comme mission transversale rattachée au DGS (comme le développement durable ou l’évaluation). Ce pôle se positionne en diffusion à l’égard des services. Ce positionnement en mission transversale reflète une double mission à la fois opérationnelle et didactique de ces services de la participation.<br />
Le positionnement dans une administration sectorielle : le service « démocratie locale » est alors rattaché aux services « citoyenneté », « vie associative », « cohésion sociale » suivant les organigrammes. Le service « démocratie locale » prend sa place dans une administration sectorielle dont l’activité est liée à des fonctions d’animation du territoire. Dans cette situation, la « démocratie locale » se positionne come un secteur administratif spécifique, ce qui est bien différent du positionnement en transversalité rattaché au DGS.<br />
Une administration liée à des formes de territorialisation (surtout dans des communes) : des administrations où la prise en charge de l’activité « démocratie locale / conseils de quartier » va s’articuler à une politique de territorialisation des services (création de pôle de services publics ancrés dans les quartiers, avec un transfert au niveau des quartiers de l’activité de démocratie locale).<br />
En termes d’intégration organisationnelle, on a des formats extrêmement différents, avec des histoires spécifiques à chaque collectivité, où des proximités plus ou moins fortes peuvent s’être établies avec tel ou tel secteur d’action de la collectivité. Les agents de la participation ont donc des positions tellement différentes que leurs rapports aux politiques et à l’administration vont être extrêmement variables.<br />
L’évolution du positionnement des services dédiés au sein de l’espace administratif<br />
Une analyse chronologique indique trois grands temps :<br />
Jusqu’au milieu des années 2000 : les administrations de la participation sont des administrations de combat, car il faut convaincre de la nécessité de la participation, il faut conquérir sa position vis-à-vis des autres administrations, et il y a un registre militant qui est central dans les discours et dans les actions. L’objectif est de créer l’espace de la participation dans des administrations qui ont tendance à y faire obstacle.<br />
A partir du milieu des années 2000, avec le développement de services dédiés à la participation, il s’opère une forme de rationalisation de l’activité administrative. Ces services sont alors moins dans une posture de conviction que dans une posture d’acculturation, de formation en interne, avec des chartes de la participation, des guides méthodologiques internes les premières formations internes…. On change de registre, en étant moins sur le registre militant et plus sur le registre de l’expertise. On est dans la grande majorité des situations encore à cette étape.<br />
Dans les collectivités les plus anciennement positionnées sur le sujet5, une dernière étape apparaît, celle du nouveau management des compétences participatives. La logique est complètement différente : c’est une optique de management des ressources humaines, qui vise à faire reconnaître des compétences participatives, à les intégrer dans les fiches de postes et les référentiels métiers, et à comptabiliser le temps consacré à la participation, non seulement pour les agents qui font de la participation leur activité principale mais aussi pour tous les agents qui, du fait de la diffusion de la culture participative, sont amenés à mettre en œuvre des politiques participatives et des dispositifs participatifs et qui, de fait, deviennent ou sont amenés à se professionnaliser. C’est notamment ce que l’on observe au sein de l’agglomération lyonnaise ou à Nantes, avec des politiques de ressources humaines consistant à repérer qui fait de la participation, combien de temps etc. On est bien dans une optique managériale, qui vise à faire en sorte que la compétence participative soit reconnue dans les référentiels. Du reste, si on regarde le référentiel du CNFPT sur la fonction publique territoriale, la compétence participative a fait son apparition dans la dernière édition en tant que compétence et pas en tant que métier. Le métier chargé de mission « concertation / démocratie locale » n’existe pas pour le CNFPT. En revanche, on a une compétence participative comme étant une compétence transversale.<br/><br />
<em>Une institutionnalisation administrative fragile ? </em><br/><br />
Des administrations faiblement reconnues et sans monopole sur l&rsquo;activité participative<br />
Il y a un paradoxe : la mise en administration est le reflet de l’institutionnalisation de la norme participative mais aussi le reflet de sa fragilité. Ces administrations sont faiblement reconnues et sans monopole sur leurs activités. Ces services dédiés à la participation ont à la fois une fonction didactique (mise en œuvre, conception, évaluation des dispositifs) et opérationnelle (diffusion, formation à la culture participative). Et ils se retrouvent en permanence en contrainte dans cette activité :<br />
Il faut sans cesse faire reconnaître leur expertise et la nécessité de la participation. Et pour asseoir leur compétence en interne, une des techniques mobilisées est bien l’innovation qui devient une routine de ces fonctionnaires participatifs, pour montrer en permanence que la participation apporte une plus-value.<br />
Mais ces administrations n’ont jamais le monopole de cette activité. Même les services dédiés ne sont jamais en mesure de savoir tout ce qui est mis en œuvre sous le couvert de la participation au sein de leur collectivité. On a un service d’experts en participation qui n’est jamais en monopole de son activité au sein de l’administration, ce qui informe sur des modes d’institutionnalisation assez précaires.<br />
Une dépendance élevée à la contrainte électorale<br />
Ces administrations ont une dépendance élevée à la contrainte électorale, même si l’institutionnalisation et le recrutement de fonctionnaires génèrent des effets de cliquets (face à un service dédié à la participation, l’élu doit bien leur faire faire quelque chose). La contrainte électorale reste forte, puisqu’à chaque nouvelle élection, l’existence même du service est remise en question. Cela reste un signe de fragilité de cette institutionnalisation.<br />
Des métiers flous à fort turnover : « mili-techni »<br />
Ce sont des métiers flous et à fort turn-over. La figure du « mili-techni » est un peu la figure centrale de l’agent de la participation, telle qu’elle avait été élaborée par les acteurs eux-mêmes, lors des rencontres professionnelles du Val de Marne. Pourquoi « mili-techni » ? Car il s’agit de tenir en équilibre entre une posture militante (avec cette idée très largement  partagée par les acteurs qu’on ne peut pas faire de la participation au sein d’une collectivité si on n’est pas militant) et technique, car sur ces aspects, il faut être en capacité d’animer la réunion, de s’occuper des aspects logistiques, de discuter avec le maire, de faire les compte-rendu et donc d’être en capacité de couvrir tous les espaces de la chaîne de production de la participation.<br />
Autre point de fragilité de l’institutionnalisation administrative : l’internalisation de compétences ne se traduit pas par l’arrêt du recours à des compétences externes. Au contraire, l’internalisation de compétences se traduit par un déplacement des types de marché : plus on a de compétences en interne, moins on va être à la recherche du conseil stratégique, mais plutôt de l’innovation, et donc de la labellisation, ou alors de l’indépendance et de l’animation neutre. A l’inverse, si on a des faibles compétences internes, on ira plutôt chercher du conseil stratégique. Donc, l’internalisation de compétences participatives n’a pas du tout sapé le marché de la participation, bien au contraire, cela a très largement consolidé le marché de la prestation privée dans le secteur de la participation, notamment par l’alimentation de dynamiques concurrentielles.<br />
La professionnalisation : une standardisation des pratiques ?<br />
La construction et la reconnaissance d’un groupe professionnel<br />
Entre acteurs privés et acteurs publics, il y a bien des circulations très fortes, c’est un univers très poreux. On observe ainsi des dynamiques de construction et de reconnaissance d’un groupe professionnelle, qui serait les professionnels de la participation :<br />
avec la légitimation croisée d&rsquo;une expertise académique et professionnelle. Aujourd’hui, personne ne conteste que faire de la participation suppose des procédures, des savoir faire, des savoir être, que finalement la participation est bien un métier, au sens d’un ensemble de compétences spécifiques. Ce n’est plus contesté alors que jusqu’au début des années 2000, parler des professionnels de la participation était une figure repoussoir, dont il fallait à tout prix se démarquer.<br />
Par la catégorie professionnelle de la participation, qui n’est pas le simple reflet d’une évolution sociale. Les professionnels eux-mêmes ont participé à créer et démontrer l’existence d’un métier (par les rencontres professionnels, les guides méthodologiques, la mise en place de formation), et donc à légitimer cette figure professionnelle.<br />
Mais s’il y a légitimation, reconnaissance de la figure du professionnel, il n’y a pas pour autant accord sur ce que seraient les limites et les frontières de cette profession. Il y a bien une professionnalisation, mais sans délimitation claire d’une profession (avec une activité de contrôle et de régulation de l’entrée sur cette profession). Au contraire, il y a plutôt des formes d’homogénéisation qui s’opèrent par le flou, avec l’indétermination de la norme participative (se reconnaissent dans la figure du professionnel de la participation des acteurs qui n’ont pas les mêmes pratiques, les mêmes revenus, les mêmes conceptions de la participation, etc.). C’est à partir du flou que se construit cette catégorie professionnelle.<br />
Les dynamiques de standardisation<br />
Pour autant, il y a bien, à travers la reconnaissance de ce groupe professionnel, des dynamiques de standardisation, d’homogénéisation. Les formations, les guides méthodologiques participent de la codification des bonnes pratiques. Et les échanges lors des rencontres professionnelles portent sur l’échange de bonnes pratiques, et produisent de la standardisation par la diffusion et la reproduction des bonnes recettes.<br />
Cette standardisation s’opère aussi par la rationalisation de l’activité individuelle : c’est l’idée de mettre de l’ordre au sein de chaque structure, d’élaborer des guides pratiques, etc. Cette dynamique est commune à toutes les structures (cabinets, collectivités, …) par souci de cohérence, d’économie, d’efficacité et au final, cela produit une logique de standardisation beaucoup plus globale.<br />
La professionnalisation : une standardisation en trompe l’œil<br />
Mais cette standardisation est très largement en trompe l’œil. S’il y a bien des bonnes pratiques et des modalités communes, cet univers reste très segmenté et très hiérarchisé. Des dispositifs et des bonnes pratiques circulent, mais tout ne circule pas partout et de la même manière.<br />
La fragmentation<br />
Il y a un jeu concurrentiel, des dynamiques de compétitivité à la fois entre collectivités (il faut toujours être le 1er, il faut toujours être innovant, etc.) mais également entre prestataires privés, pour se démarquer, se positionner en proposant un dispositif spécifique (avec des effets de mode très forts). Ces marchés restent très segmentées (développement durable, urbanisme, politique de la ville, etc.) et très peu de professionnels peuvent intervenir sur ces différents segments (seulement une petite dizaine de professionnel repérés comme ayant cette capacité). Ces marchés sont également très segmentés du point de vue territorial. Il y a très peu de professionnels en capacité d’intervenir sur tout le territoire national, et il y a beaucoup de marchés locaux, avec des acteurs n’intervenant que sur leurs territoires de prédilection.<br />
La hiérarchisation<br />
Cet univers demeure très hiérarchisé, entre des petits marchés (à quelques milliers d’euros, de l’animation, des tableaux d’information sur un PLU) et des très gros marchés (par exemple, ceux du CNDP qui monte à plus d’un million d’euros). Ce ne sont pas les mêmes prestataires, les mêmes compétences, etc. Et entre ces deux bornes, il y a toute une gamme de marchés qui peuvent se déployer. Et la situation est bien différente entre un prestataire en capacité d’assurer pour 6 mois ou un an l’assistance à maîtrise d’ouvrage et la conduite de concertation sur tout un débat public et un prestataire de taille plus réduite qui a besoin de multiplier les marchés pour assurer sa survie. Si on regarde les prestataires, très peu peuvent vivre à 100 % de la participation aujourd’hui (une petite dizaine). Pour la plupart, ils doivent se diversifier et faire également de la formation à la participation, du conseil en communication, de l’étude urbaine, en bref rester également sur leur cœur de métier d’origine. Il y a donc une hiérarchisation entre ceux qui peuvent vivre de la participation et ceux qui sont encore en permanence contraint à faire autre chose pour assurer leur survie.<br />
Même s’il y a valorisation d’un métier, celui par exemple d’agent public de la participation, on a en fait un univers avec une hiérarchie très forte, par exemple entre un acteur en capacité de produire du design, de l’innovation et donc de participer à structurer ce que c’est que de le participation aujourd’hui, et un agent de catégorie C en situation d’animation d’un conseil de quartier. Les rapports à l’expertise sont tout à fait différents.<br />
N’est-ce pas une profession mort-née ?<br/><br />
<em>La participation : métier ou compétence ?</em><br/><br />
Si on prend la question de la participation en tant que compétence interne, c’est aujourd’hui un métier (avec des agents et des services dédiés), mais il y a aussi une logique de diffusion, de contamination, d’acculturation de ces compétences participatives au sein de l’administration. Il y a donc aujourd’hui clairement une double activité : entre des acteurs qui font cela à 100 % et d’autres agents qui font autre chose, et mobilise de la compétence participative au service d’un autre métier. En termes d’évolution, on observe un pic dans le recrutement d’agents dédiés à la participation, et actuellement, la tendance est davantage à la dissémination. Le développement de compétences participatives ne va-t-il pas alors très rapidement mettre un terme à l’existence de ce métier, celui d’agent de la participation ? Et la manière dont est intégrée cette question dans le référentiel de la fonction publique territorial (CNFPT) semble révélatrice de cette entrée par la compétence et non pas par le métier. Ce point interroge et semble être un signe de cette institutionnalisation fragile, qui s’opère bien par diffusion plutôt que par spécialisation.<br />
Et du côté des prestataires privés, il s’observe la même chose. Très peu ne font que de la participation. En revanche, il y a de plus en plus d’autres prestataires, dont le métier est tout autre chose (management, communication, assistance à maîtrise d’œuvre, etc.) et qui ont intégré dans leurs compétences de la compétence participative. La prestation participative devient une prestation de complément, car elle devient obligatoire, et aussi car faire valoir une capacité en matière participative apparaît comme un moyen de conquérir d’autres marchés6. A voir la vitesse à laquelle ces compétences et ces prestations participatives se diffusent, ces évolutions sont très rapides. Et après un pic de spécialisation au milieu des années 2000, on serait déjà dans une forme de déspécialisation. Est-ce que finalement, cette profession ne serait pas alors mort-né ? En suivant les acteurs, on peut comprendre comment se met en place, comment s’institutionnalise cette participation. Et là où en regardant les dispositifs, on a l’impression d’une consolidation de la norme participative, l’approche retenue ici montre plutôt une tendance à voir une norme extrêmement fragile et précaire, ce qui interroge sur le sens de cette institutionnalisation.<br/><br />
<strong>Discussion avec la salle</strong><br />
Questions sur le choix de ne pas définir la participation a priori<br />
Finalement, le propos interroge sans cesse sur la définition de la participation. Avec cette institutionnalisation, on perdrait le sens initial de ce que c’est que la participation.<br />
Le terme participation est à la fois mis sur des pratiques plutôt lié à des formes de médiation, de concertation, liée à l’acceptabilité sociale, au pouvoir d’agir etc. Le problème de mettre une définition a priori à la participation, est d’une part, de dénouer les luttes de définitions, et d’autre part, qu’on ne regarde qu’une activité. En observant ce que les gens mettent derrière, cela permet de voir que tous les acteurs ne mettent pas la même chose derrière, selon notamment les secteurs d’activités concernés. Ainsi, dans le secteur de l’environnement et des grands projets d’aménagement, c’est plutôt une logique d’acceptabilité sociale ; alors que parler d’acceptabilité sociale sur des activités liées à la politique de la ville ne s’entend pas pareil.<br />
Question sur la césure entre militants et professionnels, qui ne serait plus opérante<br />
Le propos soutient que c’est la « Professionnalisation des militants qui fait l’institutionnalisation de la participation », et donc que l’opposition entre militants et professionnels n’est plus vraiment d’actualité. Tout d’abord, il faut rappeler qu’il y a d’autres éléments qui font cette institutionnalisation. Et ensuite, cette opposition entre militants et professionnels demeure encore centrale, en tout cas sur le secteur de l’habitat participatif. Des gens revendiquent la position de militants, gagnent en compétence, se forment et sont de plus en plus efficaces (et donc quelque part, se professionnalisent), mais en revendiquant des postures militantes, bénévoles, citoyennes… Si on observe ce qui se passe en Allemagne, où la professionnalisation est beaucoup plus avancée dans ce domaine, on retrouve toujours des gens qui restent dans une démarche citoyenne.<br />
Sur l’opposition entre professionnel et militant, si elle n’a pas disparu, elle est moins structurante qu’elle ne pouvait l’être jusqu’au début 2000. Les militants revendiquent des compétences professionnelles et ne s’opposent plus par rapport à la logique de professionnalisation. Les militants d’aujourd’hui revendiquent un investissement militant mais revendiquent également des compétences professionnelles. La ligne d’opposition s’est déplacée sur le sens politique de l’engagement, entre celui qui revendique un investissement militant et politique et celui qui, à l’inverse, est complètement désinvesti et a une posture plus cynique (être au service des citoyens versus le citoyen alibi pour faire autre chose).<br />
Remarque sur la profession « mort-née »<br />
Un agent territorial est à la fois praticien de la participation et agents territorial. Il n’y a donc pas vraiment de logique de profession, puisque la filière administrative est la même pour tous, et pour évoluer en termes de carrière, l’agent doit passer par un certain nombre de postes. Souvent, le service démocratie locale (comme d’autres secteurs de l’administration territoriale) était vu comme une sorte d’impasse. Il y a donc une sorte de grand écart qui est demandé entre la carrière et l’engagement dans ces activités participatives.<br />
Remarque sur la standardisation des pratiques<br />
Elle vient en partie des agents, mais aussi des élus et des citoyens. De temps en temps, les habitants demandent une Charte de participation. Et certains citoyens sont sur-consommateurs de participation et vont tirer de la satisfaction de participer à tel ou tel dispositif vanté comme étant innovant. Le côté label rassure les élus, les habitants, les techniciens. Et en allant plus loin, dans une logique de marketing territorial, certains élus sont friands de pouvoir afficher l’intervention de prestataires reconnus pour leur processus de concertation. C’est la question de l’affichage de la participation dans le marketing territorial qui se pose, de l’affichage du caractère innovant et exemplaire de la politique de participation. Une Charte est un support idéal pour communiquer et avoir des articles de presse, à l’inverse d’une opération de participation à petite échelle, avec des publics éloignés, sur une période étirée.<br />
La dizaine de cabinets très réputés participent très largement à cette labellisation de l’innovation locale, avec parfois un jeu de réciprocité et de légitimation croisée entre le prestataire (parfois également chercheur) et la collectivité pour que chacun mette en lumière l’autre (le chercheur fera un article sur le dispositif mis en place par son cabinet, ce qui fera en retour un agrément d’innovation pour l’expérience de la collectivité, etc.). Il y a également des effets de mimétisme entre élus qui échangent entre eux sur tel ou tel dispositif qui serait particulièrement performant et en passe ensuite la commande.<br />
Remarque sur la mise en contexte des données présentées<br />
Ce segment d’organisation du travail est présenté, en faisant l’économie de l’évolution et de l’état actuel du marché du travail et de l’accès à ce marché par les personnes diplômées, éléments qui jouent très fortement sur ce marché. Une autre logique qui n’est pas évoquée ici et a son importance, est la logique de rationalisation et d’évaluation des politiques publiques (sur les compétences, les référentiels métiers etc.). Enfin, une structuration professionnelle très similaire est celle de la « lutte contre les discriminations ». C’est un marché qui fonctionne tout à fait en parallèle, avec les mêmes préoccupations, la même dimension militante et les mêmes dynamiques d’institutionnalisation, etc. Il y a un ensemble de réalités externes au champ de la participation dont on ne peut pas faire l’économie pour comprendre ce qu’il se passe dans la participation…<br />
Si l’analyse se centre sur la participation, elle n’affirme pas pour autant que les dynamiques observées seraient spécifiques à la participation. Il y a des logiques tout à fait comparables, notamment avec l’évaluation des politiques publiques. Sur le temps long, il y a des logiques de cycle : une période de politisation (les années 1970), puis une certaine dépolitisation et à nouveau repolitisation (dans les années 2000) et au final, aujourd’hui, le jeu de concurrence politique participe de dépolitisation globale (car tout les élus essayent de se démarquer de la même manière).<br />
Sur la professionnalisation des diplômés et l’accès à l’emploi, d’après un suivi des diplômés de Master spécialisé dans la concertation, il apparaît que même ceux formés à la concertation deviennent pour un tiers des professionnels de la participation, pour un autre tiers, des agents dont l’activité principale n’est pas la participation mais qui en font un peu, et pour le dernier tires, des gens qui font tout à fait autre chose.<br />
Question sur la place du militantisme aujourd’hui dans cette nébuleuse<br />
On voit bien comment on passe d’une logique de militant qui devient professionnel. Mais au-delà de cette évolution générale, n’y-t-il pas des sous évolution à repérer ? Avec dans certains cas, un affaiblissement de la posture militante (par exemple, certaines associations comme l’ADELS, où des gens, se disant militants, se retrouvent en concurrence avec des professionnels et ont difficulté à imposer une spécificité qui s’estompe) et dans d’autres cas, l’émergence de nouveaux acteurs qui réaffirment cette posture militante (par exemple, la Scop le Pavé ou l’Engrenage à Tours, qui ont un discours militant, avec un projet politique autour de l’émancipation, et où la participation est vue comme un moyen).<br />
Il serait intéressant d’aller interroger ces acteurs-là, et aussi d’aller un peu au-delà du cas français et aller voir comment se pose ce lien entre posture militante et professionnelle dans d’autres contextes, où il peut y avoir des liens avec les mouvements sociaux beaucoup plus forts (par exemple, en Espagne, où les diplômés de Master sur la participation vont reconvertir ce qu’ils ont appris dans les mouvements sociaux, du type les Indignés, peut-être aussi car le marché du travail est complètement bouché…).<br />
Proposer une vue d’ensemble, dans une approche plus globale, conduit à effectuer un retrait sur cette posture militante. Alors que, dans certains segments, elle peut rester importante voire reprendre de la place, en opposition de cette dynamique de dépolitisation. Globalement, le poids relatif des militants est aujourd’hui beaucoup moins important qu’il y a 10 ou 15 ans. Mais dans le secteur de la politique de la ville et de l’aménagement urbain, on a un retour en force de structures qui revendiquent expressément un positionnement militant.<br />
Il n’est pas si évident en fait que les acteurs militants n’interviennent que sur les secteurs de la politique de la ville. Il y a en fait une foultitude de secteurs où la logique participative est intégrée (jusqu’à l’émergence récente de supermarchés d’alimentation participatifs !). Cette idée de participation n’apparaît alors pas cantonnée à certains secteurs. Mais on change le concept qui est derrière la participation, quand on dit « habitat participatif » ou « supermarché participatif », on retourne vers la citoyenneté, et quand on dit « professionnels de la participation », on retourne au contraire vers le « travail social ».<br />
Effectivement, il y a un effet de terrain : le fait de se centrer sur l’offre publique de participation, en entrant par la logique de professionnalisation de la participation a conduit, conduit nécessairement à ne pas voir un certain nombre d’autres initiatives. Cela ne veut pas dire qu’il n’y en a pas d’activité participative chez d’autres acteurs et dans d’autres secteurs et sous d’autres formes.<br />
Question sur les sensibilités militantes des professionnels<br />
Du militant au professionnel, c’est une évolution historique. Après, du professionnel au militant, on a des acteurs qui revendiquent leur professionnalisme et leur militantisme. Sont-ils professionnels avant d’être militants ou l’inverse, c’est difficile à dire. Mais il y a l’idée que revendiquer son militantisme, y compris dans la fonction publique, ce n’est pas le faire au détriment d’une revendication de son professionnalisme. Ce point est extrêmement structurant, car il revient fréquemment dans les débats entre praticiens.<br />
Question sur l’absence des centres sociaux de la nébuleuse des professionnels de la participation<br />
Les centres sociaux existent depuis longtemps et la participation est consubstantielle de ces structures, elle existe en leur sein depuis leur création. Ces structures sont très nombreuses (2 200, en forte progression)et présentes sur tous les quartiers « politique de la ville ». Il existe aujourd’hui un observatoire des centres sociaux à l’échelle nationale, avec la fédération nationale des centres sociaux, où on voit que la participation dans les centres sociaux est très forte. On le voit notamment par le portage juridique, puisque 85 % de ces centres sont des grosses associations. Il y a cette compétence, au sein des centres sociaux, et on ne la retrouve pas dans l’analyse<br />
Le fait de travailler sur les marchés et les agents les a invisibilisés de l’analyse, ce qui tendrait également à montrer la segmentation de ce secteur. Les centres sociaux sont dans une posture politique d’éducation populaire, et l’analyse présentée ici est sur la « professionnalisation » de la participation, donc sur du travail social et la recherche de consensus. Ce sont deux formes différentes. En maintenant la place des habitants et en revendiquant une posture de non-professionnels, en tant que relais, la posture des centres sociaux apparaît originale. Ils sont dans une posture d’éducation populaire et de critique politique, qui n’est pas l’objet ici.<br />
Cette distinction est centrale, mais il ne faudrait pas homogénéiser parmi les professionnels étudiés, car il y en a qui revendiquent une posture militante d’éducation, et d’autres non, et assume de ne faire que de l’acceptabilité. L’analyse s’est centrée sur l’offre publique, et celle-ci n’épuise pas la participation. Mais l’analyse selon laquelle la ligne de fracture passerait entre militants et professionnels n’est pas partagée. C’est le rapport aux institutions qui est différent. L’institutionnalisation de la participation est passée d’une logique de lutte et bottom-up à une approche top-down d’institutionnalisation de la participation. Et on a arrêté de regarder à un moment donné toutes les formes de participation qui pouvaient exister à côté. Le déploiement de cette offre publique de participation a pu avoir un effet non pas d’épuisement mais d’invisibilisation de la participation.<br />
On pourrait retrouver ce même clivage, par exemple, entre un habitat autogéré, un squatt et un projet d’habitat participatif porté par une collectivité. La différence tient alors moins à la profession qu’au processus d’institutionnalisation.<br />
Une question  sur l’approche diachronique et les interactions entre l’évolution du cadre juridique et les pratiques sociales<br />
Cette dynamique d’institutionnalisation est rythmé par des évolutions juridiques (2002, les conseils de quartiers ; 2006-2007, la labellisation des Agendas 21 ; les SRADDT dont l’élaboration a mobilisé des panels citoyens).
</div>
</div>
]]></content:encoded>
			<wfw:commentRss>https://seminaires.eclips.univ-tours.fr/?feed=rss2&#038;p=368</wfw:commentRss>
		<slash:comments>0</slash:comments>
		</item>
		<item>
		<title>Résumé</title>
		<link>https://seminaires.eclips.univ-tours.fr/?p=361</link>
		<comments>https://seminaires.eclips.univ-tours.fr/?p=361#comments</comments>
		<pubDate>Thu, 12 Mar 2015 10:08:17 +0000</pubDate>
		<dc:creator><![CDATA[thomas]]></dc:creator>
				<category><![CDATA[Résumé]]></category>
		<category><![CDATA[Séminaire 5]]></category>

		<guid isPermaLink="false">http://seminaires.eclips.univ-tours.fr/?p=361</guid>
		<description><![CDATA[Télécharger les résumés en Pdf Accéder directement au résumé de l&#8217;une des interventions : &#187;&#160;P. MOZOL &#187;&#160;M. BRIAND &#187;&#160;J. HOUDREMONT &#187;&#160;M. CLEMENT &#187;&#160;H. BAILLEUL Patrick MOZOL &#8211; Les nouvelles technologies de l’information et de la communication, quelle plus-value pour la démocratie participative locale ? Les origines Apparus au milieu des années 1970 avec les réseaux [&#8230;]]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p><br/>
<p class="download"><a href="http://seminaires.eclips.univ-tours.fr/wp-content/uploads/2015/10/resumes_5.pdf">Télécharger les résumés en Pdf</a></p>
<p><br/>Accéder directement au résumé de l&rsquo;une des interventions :<br/></p>
<ul class="menu">
<li><a class="scrollTo" href="#page-1">&raquo;&nbsp;P. MOZOL</a></li>
<li><a class="scrollTo" href="#page-2">&raquo;&nbsp;M. BRIAND</a></li>
<li><a class="scrollTo" href="#page-3">&raquo;&nbsp;J. HOUDREMONT</a></li>
<li><a class="scrollTo" href="#page-4">&raquo;&nbsp;M. CLEMENT</a></li>
<li><a class="scrollTo" href="#page-5">&raquo;&nbsp;H. BAILLEUL</a></li>
</ul>
<div id="resume">
<div id="page-1">
<h3>Patrick MOZOL &#8211; Les nouvelles technologies de l’information et de la communication, quelle plus-value pour la démocratie participative locale ?</h3>
<p><em>Les origines</em><br/><br />
Apparus au milieu des années 1970 avec les réseaux câblés et les services télématiques, les nouvelles technologies de l’information et de la communication (NTIC), désormais appelées les « TIC », se sont rapidement révélées porteuses de nombreux espoirs dans le cadre de la démocratie et des rapports entre les élus et les citoyens. Les municipalités se sont alors emparées progressivement de ces nouveaux supports techniques avec, au premier plan, l’outil internet, susceptible d’offrir de nombreuses possibilités en faveur de la transparence de l’action administrative, de l’accès du citoyen à l’information et aux services publics, de la communication politique ou encore de la participation des habitants à la vie et à la gestion locales.  Dans ce dernier domaine, certaines communes se sont efforcées de développer, via leurs sites internet respectifs, des mécanismes et des procédés divers d’e-participation, répertoriés au sein de diverses rubriques dites interactives (participation à distance et en direct à des réunions ou des assemblées, débats en direct, forums de discussion en différé, sondages d’opinion, consultations ou référendums en ligne). Il s’agissait pour leurs initiateurs de stimuler davantage l’intérêt des citoyens pour la vie publique locale et, corrélativement, leur implication dans le processus délibératif et décisionnel local.<br />
Aujourd’hui, les NTIC constituent indiscutablement un atout de taille pour la démocratie participative locale qu’elles contribuent à moderniser et à redynamiser et qu’elles permettent également de réinventer quelque peu (I). Parallèlement, une utilisation inappropriée de ces supports techniques dans une telle perspective des choses pourrait se solder à l’opposé par  la production de situations ou de phénomène d’enfermement, ou inversement, de débordements de la démocratie participative locale (II).<br/><br />
<strong>I) Les NTIC, un outil essentiel de redynamisation et de réinvention de la démocratie participative locale</strong><br/><br />
Sans aller jusqu’à dire qu’elle leur doit son salut, la démocratie participative locale peut trouver un élément de renouveau dans les NTIC qui se présentent tout à la fois comme un palliatif efficace aux maux récurrents de la participation institutionnalisée (A) et comme un pourvoyeur inépuisable de nouvelles formes d’implication citoyenne (B).<br/><br />
<em>A) Un palliatif efficace aux maux récurrents de la participation institutionnalisée</em><br/><br />
La participation telle qu’elle est notamment prévue et organisée par les textes législatifs et réglementaires et ainsi pratiquée par la plupart des municipalités, connaît nombre de dysfonctionnements, d’obstacles, d’insuffisances et de limites. Ces procédures participatives sont généralement caractérisées par une rigidité et un formalisme extrêmes, ainsi que par un niveau d’influence relativement réduit de l’intervention citoyenne sur le projet de décision de la collectivité (concertation préalable, enquête publique, consultation locale) et ne sont de ce fait guère attractives. Ces aspects expliquent notamment la démobilisation d’ensemble des habitants sur des questions pour lesquelles ils sont appelés à formuler des propositions, des observations ou encore des avis et, plus largement, leur désintérêt, voire leur désaffection pour la vie publique locale. Dans ces conditions, le recours aux NTIC peut constituer une alternative intéressante permettant de surmonter (dans une certaine mesure) ce phénomène. La modernité de ce support, compte tenu notamment de l’immédiateté de l’information et de l’interactivité des échanges que ce dernier engendre dans son utilisation, apparaît de nature à réactiver l’intérêt citoyen pour des procédures participatives majoritairement désertées par la population locale et retrouvant en quelque sorte une seconde jeunesse par le jeu de la dématérialisation. Elles offrent aux habitants un moyen plus stimulant car, d’une certaine façon, plus ludique, de renouer avec la vie et la gestion de leur collectivité. De la même manière, la souplesse d’utilisation qu’offrent les NTIC autorise une participation à distance du citoyen souvent empêché matériellement pour prendre part aux procédés participatifs existants, qu’il s’agisse d’une réunion à une instance participative, d’un débat public organisé par le maire ou encore d’une votation à l’occasion d’un référendum ou d’une consultation locale. Elle permet plus largement de surmonter les obstacles liés à l’impossibilité pour les habitants de se réunir simultanément pour discuter des questions de la collectivité. Par ailleurs, parmi les dysfonctionnements de la participation, il est souvent mis en exergue la production de situations inégalitaires dans l’expression des habitants, caractérisant des formes d’élitisme ou de monopole participatif. Celles-ci sont généralement synonymes de sous-représentation et parfois même d’exclusion de nombreuses catégories d’habitants (jeunes, femmes, précaires, étrangers) au sein des procédures participatives mises en place ou dans le déroulement du débat démocratique. L’une des principales vertus que l’on peut prêter aux NTIC, notamment à l’outil internet, est justement de permettre de libérer la parole chez ceux qui n’osent ou ne souhaitent pas s’exprimer dans le cadre des procédés participatifs existants et de rétablir ainsi une forme d’égalité entre les habitants dans la prise de parole. De surcroît, la possibilité offerte par les NTIC de s’exprimer autant que chacun le juge nécessaire et sans la retenue ou la réserve que l’on pourrait avoir en public, encouragent la tenue d’un débat plus ouvert (car plus « franc ») et permettent d’aller plus au fond et « au bout » de celui-ci en épuisant les discussions qui l’alimentent.<br/><br />
<em>B) Un pourvoyeur inépuisable de nouvelles formes d’implication citoyenne</em><br/><br />
Les NTIC ne sauraient être perçues uniquement comme un instrument de dématérialisation et, ainsi, de modernisation des différents procédés participatifs prévus et organisés par les textes, même si de nombreuses initiatives peuvent ici être citées en exemple à l’image des e-conseils de quartier, des concertations, enquêtes, consultations ou autres référendums en ligne. Ils sont également un moyen de réinventer quelque peu la participation et de concevoir de nouvelles formes d’implication citoyenne. Si les différents strates de la participation sont également déclinées à travers l’utilisation des NTIC avec, au premier plan, l’information et la consultation, ces techniques présentent les potentialités les plus intéressantes et favorisent les initiatives les plus novatrices dans les domaines de la concertation, la co-production, la co-construction et l’évaluation de la décision publique locale, qui occupent pour l’instant encore une place réduite au sein des divers procédés et institutions participatifs prévus et organisés par les textes. La mise en place de forums de discussion ou de débats en direct ou en différé offre l’opportunité aux habitants de débattre entre eux et avec les représentants de la collectivité sur un projet déterminé ou sur la politique menée par la municipalité dans un secteur bien précis. Elle contribue à ce titre à l’apparition d’un nouveau, voire de nouveaux espaces publics de délibération au sein desquels s’établissent et se nouent des rapports d’un nouvel ordre entre les élus et leurs administrés.  La mise en œuvre de ces nouvelles techniques contribue d’une certaines façon à l’effacement des modalités d’expression de la démocratie fondée sur l’idée de représentation et d’exercice délégué du pouvoir pour favoriser une démocratie directe au sens fort du terme. La frontière entre les représentants de la collectivité et les habitants de celle-ci tend à s’estomper quelque peu pour laisser place à un seul et même groupe d’acteurs citoyens, réunis autour d’un projet commun ou d’une question précisé, et traité dans une véritable logique de partenariat. On assisterait ainsi à la formation et à l’expression d’une Agora électronique, rendue ici possible par la constitution de lieux immatériels d’expression ouverts à tous et permettant à l’ensemble des citoyens de débattre en instantané ou en différé avec leurs pairs ou leurs représentants. A cet égard, le principal obstacle traditionnellement invoqué par les détracteurs de la démocratie directe, à savoir ici l’impossibilité matérielle pour les citoyens de se réunir en assemblée, n’apparaît plus aussi insurmontable que cela avec les NTIC. L’utilisation dans les grandes villes de ces supports permet en outre aux élus d’instaurer avec leurs administrés une proximité naturellement présente dans les collectivités de taille démographique et géographique plus réduite et nécessaire à la réalisation de ce que d’aucuns appellent l’« idéal démocratique ».<br/><br />
<strong>II) Les NTIC, un générateur potentiel d’enfermement et de débordements de la démocratie participative</strong><br/><br />
En dépit des vertus démocratiques que l’on peut aisément leur prêter et vérifier en pratique, les NTIC peuvent aussi révéler des limites ou conduire à des excès respectivement synonymes de standardisation, voire de minimalisation possible de la participation (A) et de dérives de la démocratie et du débat électroniques (B).<br/><br />
<em>A) Un facteur de standardisation et de minimalisation éventuelles de la participation</em><br/><br />
Si les NTIC sont susceptibles d’offrir des possibilités nouvelles et d’encourager des initiatives originales et novatrices en matière participative, l’éventualité de voir poindre avec leur développement une démocratie virtuelle parallèlement et concurremment à la démocratie « réelle » n’est pas à exclure. Au-delà de l’hypothèse, peu envisageable en l’état actuel des choses, de voir la première prendre le pas sur la seconde, le risque est d’assister à un phénomène de standardisation de la participation, alors enfermée dans des rubriques dédiées et intégrés dans les sites internet respectivement mis en place et développés par les municipalités. Cette standardisation est susceptible d’aller de pair avec une minimisation de la participation dès lors que lesdites rubriques se révèlent peu nombreuses et/ou qu’elles consistent en un simple sondage d’opinion ou une prise d’avis ou de position sur un ou plusieurs projets ou questions déterminés. Bien que les NTIC encouragent le développement de la participation ascendante en permettant aux habitants de faire remonter plus facilement des propositions, observations ou autres doléances auprès des élus, cette participation ne peut être véhiculée qu’à travers des rubriques adaptées que sont les forums de discussion, les débats et les réunions en ligne. Elle  demeure tributaire de la volonté et de l’initiative des élus non seulement de mettre en place mais aussi de faire vivre de telles rubriques en prenant part, directement ou par l’intermédiaire d’un représentant animateur, à la discussion et au débat au côté des habitants afin de donner à ces derniers le sentiment d’être écoutés et les encourager ainsi à poursuivre leur démarche participative. On dira ici que si la participation citoyenne via les NTIC présente une dimension ascendante nettement plus importante, sa promotion reste invariablement gouvernée par une logique descendante des choses.<br />
A ce propos, la pratique révèle une tendance encore majoritaire des communes à mettre en place et à développer leurs sites internet à des fins d’information des habitants, de communication politique et de valorisation de leur action. A l’opposé, les rubriques interactives permettant aux citoyens qui le souhaitent de dialoguer avec les élus et de prendre part à divers degrés à une démarche participative demeurent encore trop réduites à la portion congrue en dépit d’initiatives plus nombreuses. Dans une étude réalisée sur les usages démocratiques d’internet par les municipalités1, Monsieur Gérard Loiseau, alors chercheur au CNRS, relevait en 2005 que sur un échantillon de 43 villes de plus de 80 000 habitants dotées d’un site internet, seules deux d’entre elles avaient prévu une rubrique consacrée à la participation à distance des habitants à des réunions ou des assemblées, contre neuf pour les forums de discussion en différé, dix pour la sollicitation des citoyens en ligne (enquêtes, vote) et cinq pour les débats en direct alors que, parallèlement, les rubriques « Actions politiques conduites par la mairie », « Expression du maire ou des responsables politiques », « Compte-rendu des réunions du conseil municipal » et « Expression des partis d’opposition »  figuraient respectivement sur 42, 36, 32 et 31 sites municipaux. Il en résulte que les sites internet s’apparentent majoritairement encore à des portails d’information et à des instruments de valorisation de l’action publique locale plutôt que d’inflexion ou de confection partagée de la décision publique.<br/><br />
<em>B) Un élément de possibles dérives de la démocratie et du débat électroniques</em><br/><br />
En second lieu, l’exploitation et l’utilisation encadrée des NTIC peuvent conduire à des dérives, plus moins voulues, de la démocratie et du débat électronique. Dans un rapport publié il y a dix-huit ans de cela2, le sénateur Franck Sérusclat soulignait déjà la propension des NTIC « à faire courir des risques réels à une conception démocratique respectant le nécessaire temps de la réflexion du citoyen ». L’interactivité et l’immédiateté de l’information générées via ces outils sont de nature à encourager les réponses instantanées et les réactions « à chaud », qui peuvent se révéler préjudiciables pour la richesse et la productivité du débat démocratique. Dans ces conditions, les débordements, encouragés de surcroît par une prise de parole s’effectuant non pas en public mais derrière un ordinateur, sont susceptibles d’être légion, rendant ainsi indispensable la présence d’un modérateur pour canaliser et recadrer les discussions, aussi passionnées soient-elles. Par ailleurs, comme cela a déjà été évoqué, les NTIC permettent de restaurer en partie une certaine égalité entre tous les habitants dans la prise de parole et l’expression citoyenne et de rompre ainsi avec les situations d’élitisme ou de monopoles participatifs au profit ou au détriment des différentes catégories d’habitants de la commune. Parallèlement, leur utilisation peut engendrer d’autres discriminations entre ceux qui, d’une part, sont familiers ou coutumiers des NTIC et, principalement ici, de l’outil internet et ceux qui ne le sont pas, faute d’un équipement et/ou d’une formation adéquate en la matière. Ces inégalités de situation, aisément vérifiables entre les communes elles-mêmes compte tenu de leurs démographies et de leurs capacités financières respectives pour investir dans de tels supports, pourraient néanmoins être corrigées dans un futur plus ou moins proche avec la loi en préparation portant nouvelle organisation territoriale de la République, qui entend renforcer le rôle des collectivités territoriales dans la lutte contre la fracture numérique. Enfin, certains dénoncent le risque de sondocratie avec le recours systématique aux sondages d’opinion ou encore celui de plébiscite via la promotion de la participation de ratification avec le jeu du oui ou du non destiné à faire entériner par les citoyens, plutôt que les discuter et éventuellement les infléchir, les projets et les décisions arrêtés par les élus.<br />
Pour autant, ces différents dangers et limites sont loin d’être une fatalité irréversible, de sorte que c’est avant tout la façon dont sont exploitées et utilisées les NTIC par les élus et les citoyens qui conditionne la réalisation d’une authentique « cyberdémocratie » participative.
</div>
<p><br/></p>
<div id="page-2">
<h3>Michel BRIAND &#8211; Vers une gouvernance contributive, quelques axes pour développer le pouvoir d&rsquo;agir. Retour d&rsquo;expérience sur une politique publique du numérique</h3>
<p><em>Introduction</em><br/><br />
Par rapport à l’exposé préliminaire, cette intervention propose un petit pas de côté, en présentant la notion de gouvernance contributive. Cette formalisation repose sur 19 ans de pratique en tant qu’élu local, avec l’expérience du développement d’une politique publique locale du numérique, la participation à plusieurs réseaux (notamment VECAM1 et CRéATIF2) et aux travaux du Conseil National du Numérique3.<br />
Pour reprendre les mots de Pascal Aubert, vice-président de la fédération des centres sociaux : « La démocratie participative, ça ne marche pas et c’est tant mieux. » Cette formule quelque peu provocatrice résume bien toutes les limites qu’on observe actuellement sur les formes de participation. La participation demeure une démarche globalement descendante. Dans chaque ville, on va retrouver des conseils de quartier, un Agenda 21, dans le cadre desquels la collectivité invite les habitants s’intéressant à ces questions à venir débattre des projets de la ville. Alors que nous sommes entrés dans une société du numérique où chacun peut théoriquement agir, proposer&#8230; On a aujourd’hui une abondance d’initiatives sur nos territoires et cette abondance d’initiatives continue à transformer les territoires. Ces initiatives ne viennent pas des politiques publiques, elles en sont à côté. Et le numérique, par cette possibilité de travailler en réseau et de donner à voir ce que l’on fait, ouvre un espace nouveau, un espace contributif.<br />
La présentation portera donc sur ces aspects, en distinguant trois piliers :<br />
&#8211; La démocratie participative, qui garde sa légitimité et l’utilité des discussions qu’elle permet, au sein d’un conseil de quartier, d’un agenda 21…<br />
&#8211; La démocratie ouverte, ou l’open-government, l’open-data, est quelque chose qui contribue à la transparence et a bien son utilité.<br />
&#8211; la gouvernance contributive, qui est quelque chose d’un peu nouveau et mérite peut-être d’avantage d’être présentée. C’est l’objet de cette présentation, qui s’appuiera sur des exemples locaux.<br />
L’expérience brestoise, la logique a été de donner à voir ce qui se faisait. Il y a donc énormément d’articles en ligne, notamment sur le site www.a-brest.net. A Brest, il y a une centaine de sites associatifs, dont un bon nombre contributifs et il y a 10 sites contributifs de la collectivité, au sein desquels tout le monde a la possibilité d’écrire, selon un charte éditoriale extrêmement simple4. Cette logique s’est développée petit à petit : sur www.a-bret.net, 20 articles publiés par semaine, 1000 par an, depuis 15 ans (ce qui fait 15 000 articles publiés). On est dans une logique contributive, où l’on sollicite l’écriture des personnes. Au départ, le site était animé par l’élu (Michel Briand), mais depuis que ce dernier n’est plus élu, la dynamique continue. Pour formaliser les choses, un comité de rédaction contributif d’une vingtaine de personne a été créé pour modérer les articles. Cette logique permet de mettre beaucoup de choses en ligne. Sur ce site, une lettre hebdomadaire est publiée, envoyée à 1500 abonnés. Et il y a environ 1 500 visiteurs quotidiens, ce qui n’est pas négligeable pour un petit site thématique sur « l’appropriation sociale du numérique sur Brest ».<br />
Sur la base d’un article intitulé « Premiers pas vers une gouvernance contributive »5, la logique développée à Brest est présentée ici (cf. schéma ci-dessous). La logique suivie est constructiviste, il n’y avait pas de visée initiale de cet ordre, et ce schéma est le résultat d’une formalisation a posteriori, sur la base de l’expérience de différents projets et de l’échange avec des collègues, notamment au sein du Conseil National du Numérique.<br />
La logique principale suivie est bien d’articuler du « faire avec » avec des logiques « d’attention aux personnes », de « donner à voir », « d’outillage méthodologique », de « connexion des personnes » et de « politiques des communs » pour arriver effectivement à cette ébauche de gouvernance contributive.<br />
<br/><br />
<em>Le « faire avec » : que tout le monde puisse accéder </em><br/><br />
Au démarrage de la politique publique du numérique sur Brest, en 1995-1996, c’étaient les débuts d’Internet et les problématiques à l’époque étaient de faire en sorte que tout le monde puisse accéder à l’outil et le découvrir. Il n’était alors financièrement pas possible de développer une nouvelle politique en implantant plein de points d’accès dans la ville. Un nouveau concept a donc été développé : les Point d’Accès Public à Internet (PAPI), proposés à différents lieux publics, au début dans seulement quelques équipements de quartier (mairies, bibliothèque). Un ordinateur était installé et le personnel animant le lieu était accompagné, permettant ainsi aux visiteurs de pouvoir découvrir Internet.<br />
Dans une politique publique classique (dans les bibliothèques municipales par exemple), on fait quelque chose quand tout le monde est prêt. Ici, c’est l’inverse qui a été fait : « essayons de faciliter l’accès en proximité des habitants, avec qui veut bien ». La première année, seuls deux ou trois équipements de quartiers en ont bénéficiés. Et ce qui est remarquable, c’est que 12 ans après, il n’y a pas un seul équipement de quartier de la ville (qu’il s’agisse d’une maison pour tous, d’un centre social, d’un théâtre, d’une MJC, d’un patronage laïc) qui ne soit pas PAPI. La logique de faire avec les gens, à leur rythme, prend certes du temps (12 ans, c’est 2 mandats) mais cela fonctionne. Ce qui est également remarquable, c’est que cela ne coûte pas d’argent à la collectivité, dans la mesure où, dans la plupart des cas, il y a déjà des gens qui font de l’accueil et cette activité est simplement rajoutée dans les activités existantes. Le 2ème avantage est de confronter les travailleurs sociaux, les animateurs de ces lieux au numérique et petit à petit, le numérique est devenu un élément des politiques publiques dans tous les lieux de quartier. Et aujourd’hui, après 18 ans, il y a 108 lieux d’accès publics à internet, où les habitants peuvent aller sur Internet en étant accompagnés. Et ces lieux sont extrêmement variés, des restaurants du cœur, aux hôpitaux de jour, aux mairies de quartiers, etc. La logique du « faire avec » permet d’avancer au rythme des gens, d’être en proximité avec tous les publics dans leurs espaces de vie. Ce « faire avec » est donc essentiel dans une politique publique qui voudrait toucher tout le monde.<br/><br />
<em>« Etre en attention » ou l’accompagnement des envies de faire</em><br/><br />
Plutôt que de décider et de décréter qu’il faut faire telle ou telle chose, on propose aux personnes d’agir. A ainsi été mis en place un « appel à projets », qu’on devrait plutôt nommer un « appel à envies » : « vous avez envie de faire quelque chose ? Faîtes-le ! » En 2014, 43 projets ont été déposés et 42 retenus. Tout les projets sont retenus et les gens qui ont envie de faire quelque chose savent qu’ils pourront le faire. En 12 ans, 500 à 600 projets ont pu être développés (dont 90 % aboutissent). La logique est l’inverse de celle des appels à projets nationaux, en donnant la possibilité à tout le monde d’agir, avec des sommes modestes et cette logique fonctionne. Il y a là à un vrai problème de fond : quand la ministre en charge du numérique lance un appel à projets sur les FabLabs, sur 150 réponses, seulement 15 sont retenues. La logique des FabLabs et de la fabrication numérique est un monde de travail en réseau et de coopération (pour produire du matériel libre, à l’instar du monde du logiciel libre). Et l’appel à projet du ministère crée de la jalousie et de la concurrence entre les gens au lieu de créer de la coopération. Aujourd’hui, il y a très peu d’appels à projets qui ont comme préambule de publier les projets. A Brest, tous les projets sont publiés6, ce qui est essentiel pour que chacun voit ce qui se passe à côté de lui et puisse partager avec d’autres acteurs. Cette politique d’être en attention n’est pas onéreuse : le coût d’un appel à projet est d’environ 150 000 euros par an (pour une quarantaine de projets), ce qui n’est pas énorme et peut être renouvelée tout les ans. Cette logique est essentielle et n’est pas si évidente à reproduire dans les politiques publiques7. Il y a là des logiques tout à fait différentes : on est dans une société où on cherche à coopérer pour avoir plus d’efficience et essayer de faire des choses ensemble, ou bien chacun cache sa copie.<br/><br />
<em>« Donner à voir »</em><br/><br />
Il s’agit de donner la possibilité à tous ceux qui font des choses d’écrire eux-mêmes. Par exemple, sur www.participation-brest.fr, tout un chacun peut écrire, les membres des conseils de quartier, le rédacteur de la mairie (cadre B)… C’est à rebours des pratiques habituelles : dans une collectivité, l’écriture est réservée aux cadres A ou à la signature des élus. C’est extrêmement important de valoriser la personne qui a fait telle ou telle activité, qu’elle puisse écrire directement. Cette logique du « donner à voir » est extrêmement difficile, d’abord parce qu’écrire sur Internet, c’est difficile et les gens ne le font pas. D’autre part, culturellement, cette logique de « donner à voir », du partage des innovations dans tous les domaines est une logique qui existe très peu en France, dans les collectivités, dans les services publics. Et cette logique est très longue à mettre en place. Il y a aujourd’hui 10 sites participatifs à Brest (sur l’égalité femme-homme, l’économie sociale et solidaire, l’insertion sociale, la particioaption, la mobilité, la santé, etc.), mais il a fallu du temps pour que les services et les élus soient prêts à rentrer dans cette logique. Et aucune autre ville ne le fait. Parce que dans l’imaginaire des élus, donner la possibilité à tout le monde de s’exprimer, cela représente une prise de risque, ce qui s’avère être essentiellement une vue de l’esprit : sur les 10 sites participatifs à Brest, il n’y a jamais eu aucun problème, aucun danger en 12 ans. Il y a une modération mais il n’y a jamais d’articles refusés. Le seul vrai travail est de réussir à amener les gens à écrire.<br/><br />
<em>« L’outillage », faciliter l’usage des outils et des pratiques collaboratives</em><br/><br />
Le 4ème volet, c’est de faciliter l’usage des outils (sur Brest, il y a entre 1 et 2 ateliers par semaine). Et l’avantage est que ça ne coûte rien : une demi-journée d’atelier et une demi-journée de préparation représentent 20 % d’un temps plein hebdomadaire, et il y a 2 000 employés de la collectivité. Donc, avec 1/10 000ème du temps du personnel communal, on est en capable d’outiller tout le territoire. On a également développé l’outillage méthodologique, ce qui a permis d’apprendre la coopération en marchant : le 1er projet a été de réaliser un CD « bureau libre », permettant aux gens d’utiliser Internet et la bureautique avec des outils libres et gratuits. Sans expérience, en l’espace de 2 mois, le CD a été produit (par une trentaine de personnes) et a été distribué dans toute la ville, dans les universités, dans les bibliothèques, avec une diffusion finale à 300 000 exemplaires. Cette expérience a montré l’efficience de la coopération, en réunissant les compétences complémentaires d’un petit groupe de personnes. Cette idée a ensuite été développée sur un autre projet, wiki-brest (www.wiki-brest.net), qui est un espace collaboratif, comme wikipedia, mais sur le vivre-ensemble et le patrimoine du pays de Brest. Les gens sont invités à écrire sur wiki-brest, mettre des recettes, des histoires, etc., avec des ateliers hebdomadaires. Aujourd’hui, il y a 3 000 articles publiés et 8 millions de pages vues.<br/><br />
<em>L’apprentissage des pratiques collaboratives</em><br/><br />
Cette logique de coopération apparaît donc comme un élément essentiel. Et dans le fonctionnement actuel des collectivités et des services publics, les gens savent assez peu coopérer. Des formations ont donc été mises en place (http://animacoop.net, 9ème session de formation) pour apprendre des méthodes de coopération. On est rentré avec le numérique dans une société d’abondance (tous les objets numériques sont abondants et peuvent être facilement copiés et diffusés), et il faut désormais apprendre à gérer l’abondance. La coopération est une méthode qui permet de gérer l’abondance. Un exemple : les documentalistes à Brest, après un forum autour des pratiques collaboratives, ont décidés de se regrouper au sein d’un réseau de documentaliste sur Brest, et deux ans après sa création, le réseau doc@Brest (https://docabrest.wordpress.com/) regroupe 170 documentalistes. Ce réseau propose des ateliers de formation, où une personne compétente sur un outil logiciel forme les autres. Auparavant, les formations étaient dispensées à Paris et Lille et coûtaient chers (1 000 euros par personne les deux jours environs). Désormais, tout se fait localement et est auto-organisé. Il n’y a pas de budget ni de ressources et cela fonctionne !<br />
Les pratiques collaboratives nécessitent beaucoup de liens sociaux, que les gens se rencontrent. Ce ne sont pas des réseaux virtuels, ce sont des réseaux de personnes qui grâce au réseau se rencontrent et font ensemble sur un territoire. Ces projets suivent bien une logique de renforcement du pouvoir d’agir. Le numérique est bien vu ici comme un moyen d’augmenter le pouvoir d’agir des acteurs de la cité et de valoriser ce qui se fait. Ces réseaux de coopération locale sont tout à fait reproductibles, il suffit de trouver quelques personnes motivées. Sur Brest, une grande aide est venue du fait que les personnes aient suivies les formations Animacoop. A l’école, on a appris à cacher sa copie et à travailler tout seul, et ici les gens apprennent des méthodes pour travailler ensemble et faire vivre un réseau. <br/><br />
<em>Une innovation sociale abondante mais peu reconnue</em><br/><br />
Tout un tas d’initiatives de ce type sont en train d’émerger. Pour les porter, un réseau d’innovation sociale ouverte a été créé, le Réseau « Bretagne créative » (www.bretagne-creative.net/). Après un travail de collecte des innovations sociales dans les domaines de l’économie sociale et solidaire, le numérique et la démocratie locale, une soixantaine d’innovations sociales sur Brest ont été publiées. L’innovation sociale est donc abondante, mais dans les logiques de gouvernance actuelle, personne ne donne cela à voir. De la même manière, aujourd’hui, personne au ministère de l’enseignement supérieur ne se préoccupe de donner à voir les innovations pédagogiques. Il s’agit donc d’impulser une autre logique, celle du pouvoir d’agir renforcé, celle de la mise en réseau. Ce magazine, Bretagne Créative, a démarré récemment avec un noyau dur sur Brest, et d’autres émergent sur Nantes, sur Rennes, sur Saint-Brieuc, sur Lorient… L’objectif est de montrer que les acteurs des territoires en transition, des incroyables comestibles, du développement durable, du logiciel libre, de la médiation numérique, du faire soi-même, des circuits courts, des repair cafés, sont des réseaux d’acteurs qui sont aujourd’hui force de transformation sociale.<br />
Ce discours reflète bien une autre vision de la politique, qui ne s’oppose pas à la démocratie représentative. Mais aujourd’hui, face aux enjeux des crises écologiques, économiques et sociales, une autre façon de faire est que les gens qui participent au sein des quartiers à ces transformations soient mis en valeur et reconnus comme des acteurs de la transformation sociale. Ce ne sont plus tellement les partis politiques qui portent cette transformation, mais ces acteurs sur le terrain qui font des choses extraordinaires. Des gens ordinaires font des choses extraordinaires en se mettant en mouvement et démontrent leur pouvoir d’agir. C’est un peu le message porté autour de l’idée de gouvernance contributive. C’est une vision qui montre un autre apport du numérique. Il ne s’agit pas d’utiliser le numérique pour participer à des forums ou à des débats, mais de l’utiliser pour essayer de donner une place à ce pouvoir d’agir.<br />
Un dernier exemple sur le concept d’innovation sociale : un projet intergénération à Brest, porté par une professeure de dispositif relais (classe de collège qui accueille des élèves en grande difficulté). L’idée est de mettre ces élèves en situation de professeur pour apprendre et faire du numérique avec des personnes âgées, en résidence. Ces enfants, en grande difficulté, à partir du moment où ils assument la fonction d’enseigner, reprennent le goût d’apprendre, la curiosité et une estime de soi. C’est donc bien la problématique de l’innovation sociale : on a une professeure, déjà rémunérée, qui est amenée à faire quelque chose différemment et qui amène les gens à se retrouver citoyen de la cité. On peut retrouver tous les réseaux et initiatives mentionnés dans cette présentation sur la page http://wiki.a-brest.net. <br/><br />
<strong>Discussion avec la salle</strong><br/><br />
Questions sur le temps nécessaire à ces transformations<br />
Dans des projets de coopération multi-acteurs avec beaucoup d’acteurs, la question du temps nécessaire à la coopération est souvent avancée pour ne rien faire. On est dans du changement culturel et humain, c’est long car on laisse les gens venir selon leur temps. Au bout d’un certain moment, tout le monde vient, mais à son rythme. Mais un argument pour laisser le temps est l’efficience. Il y a peu ou pas de dépenses, c’est toujours bien plus efficient (l’exemple des documentalistes de doc-a-brest montre que c’est une démarche qui enrichit leur travail sans sur-coût). On est dans du gagnant-gagnant. Le travail coopératif, sur des aspects où il y a besoin de mise en réseau et de mutualisation, est extrêmement efficient. Ça marche aussi dans l’économie capitaliste ! L’innovation est ouverte dans les très grandes entreprises, c’est un modèle qui fonctionne et qui est bien plus efficient (car il permet de nouvelles idées).<br />
Questions sur le conseil national du numérique<br />
Le CNN (30 personnes) produit des rapports sur commande ou auto-saisine, sur l’éducation, sur le numérique… Il travail en indépendance et peut exprimer des désaccords, comme cela a été le cas pour la loi « renseignements ».<br />
Un rapport sur l’e-inclusion et l’idée de fracture numérique avance l’idée que l’on n’est pas dans un problème d’équipement mais dans des problèmes de compréhension des enjeux du numérique (aussi bien  pour les décideurs que pour les habitants éloignés du numérique). Il y a aussi la question du pouvoir d’agir, comment le numérique met en capacité d’agir des personnes.<br />
Le CNN émet des recommandations pour les transformations des services publics, qui ne doivent pas seulement consister à la numérisation des services mais doivent aussi développer les capacités d’accompagnement (il ne s’agit pas seulement de remplir sa déclaration d’impôt en ligne, mais aussi d’avoir la capacité d’accueillir et d’accompagner, de former les gens dans les centres des impôts à remplir leur déclaration).<br />
Questions sur le partage des pouvoirs grâce au numérique<br />
Certains de ces outils ont-ils eu un impact sur la décision politique ? Il y a bien des groupes qui s’auto-organisent et contestent des projets publics. Mais pour Michel Briand, les exemples présentés ne s’inscrivent pas dans ce registre-là. Mais il y a bien des dimensions politiques lorsqu’on met en place des démarches ascendantes participatives, cela nécessite un apprentissage et des formes de régulation si on ne veut pas perpétuer et renforcer des discriminations. Par exemple, un système de surveillance privée a été mis en test dans deux quartiers (équivalent de l’application fixmystreet anglaise) et on a observé trois fois plus de demandes dans le quartier pavillonnaire (habitat mixte avec petites maisons) que dans le quartier social. Donc, sans régulation, on répondra trois fois plus aux demandes des populations moyennes que des classes populaires. . Cette expérimentation a permis un apprentissage aux services. Ces démarches participatives doivent être régulées car sinon on crée de la discrimination. La propension à s’exprimer ne sont pas les mêmes entre habitants de différents espaces.<br />
Questions sur les moyens pour assurer pérennité et stabilité à ces démarches, notamment de participation des habitants ?<br />
Certaines initiatives ont besoin de subventions publiques, mais d’autres réseaux d’échanges et de partage sont autonomes. Développer une culture de la participation et de la coopération sur un territoire, il en restera toujours quelque chose. Quand vous avez gouté à la coopération, vous ne revenez pas en arrière.
</div>
<p><br/></p>
<div id="page-3">
<h3>Jacques Houdremont &#8211; Quelques enseignements en matière de participation numérique dans les quartiers de la politique de la ville. A partir notamment de l’exemple de la M@ison de Grigny (69)</h3>
<p>L’intervention s’appuie sur l’expérience de la maison de Grigny et les enseignements que l’on en tire. Le projet de la maison de Grigny est né en 2002. C’est une initiative publique, une commande politique. En 2002, Grigny, petite ville de 5600 habitants à l’époque (en communauté de commune avec Givors, 20 000 habitants) a un maire, René Balme, qui a très vite perçu les enjeux du numérique (à l’époque, les « NTIC »). Suite à une première expérience, le maire a souhaité qu’une démarche participative se mette en place pour élaborer un plan des usages du numérique dans les quartiers populaires, avec l’intuition que sans intervention publique très forte, ces NTIC allait renforcer la fracture sociale (idée tout à fait novatrice pour l’époque). A l’époque, Jacques Houdremont est chef de projet politique de la ville à Grigny.<br />
Cette démarche de participation a donc été créée autour du numérique et avec le numérique. En s’appuyant sur les conseils de quartiers, et en prenant beaucoup de temps, en cherchant les bons interlocuteurs (commerçants, enseignants, éducateurs, citoyens « porte-voix », etc.) et en les convoquant en tant qu’individus. Globalement, 75 personnes se sont portées volontaires, 120 projets ont émergé de ces discussions pendant deux mois, avec deux ou trois principes forts. Un petit groupe a émergé et perduré et a permis de continuer cette démarche participative (le bâtiment n’était à l’époque pas commencé de construire). Les points forts, principes qui sont sortis de cette charte des usages du numérique :<br />
1. Proximité : choix de ne pas partir de mise en place d’espaces numériques. Idée d’aller chez les gens, dans les lieux associatifs (idée venue d’ATD quart monde dans les bibliothèques de rue… pourquoi ne pas faire la même chose mais avec le numérique ?<br />
2. Mission de service publique tout le monde doit pouvoir accéder au matériel et à la formation.<br />
3. S’appuyer sur les contenus : à l’époque, ce n’était pas évident de sortir de la simple maitrise technique des outils pour s’appuyer sur la production de contenus. Mise en place d’un portail de mise en commun avec les associations.<br />
4. Créé du lien social : en 2002, en contre pied à l’idée que l’informatique isole, en développant les aspects d’entraide et de partage des compétences (pour s’équiper et entretenir le matériel par exemple).<br />
Cela s’est développé assez rapidement, avec l’enthousiasme. Un plan a été élaboré trois mois après ! Et l’intelligence politique a été de suivre et mettre en œuvre tout de suite, dès 2003, ce qui a permis de positionner ce qui allait devenir la maison de Grigny comme le pôle de ressources sur les usages du numérique. Jacques Houdremont passe alors de chef de projet à coordinateur du numérique, avec l’idée de construire ensemble, en partant des besoins des gens et prenant en compte les premiers enjeux et potentiels du numérique auprès des acteurs du développement local.<br />
5. Une démarche d’éducation populaire avec le partage des valeurs qui vont avec : entraide, solidarité, partage des compétences, ce qui a été le fil conducteur de ce projet. L’acquisition autant de ces pratiques (découverte des logiciels etc.) que de ces enjeux s’est réalisée dans le cadre du faire. On ne décrète pas la participation, on essaye de la faire et la produire, et ça commence à prendre du sens.<br />
2003 : le projet commence dans la rue, avec « l’internet de rue ». Sur le même principe que les réunions Tupperware mais sans rien à vendre, on va chez les gens et on suscite des réactions pour comprendre en quoi le net peut avoir des utilités. Cette question de la proximité autour de la sensibilisation à l’époque et autour des démarches de participation aujourd’hui, reste fondamentale.<br />
Le projet s’est développé dans la rue et le bâtiment était construit en même temps au cœur du quartier sensible de Grigny. L’inauguration se fait un an après, avec 700 personnes autour, ce qui illustre l’enthousiasme et le dynamisme que peuvent susciter ces démarches de proximité et de participation. Le projet s’est poursuivi autour des pratiques collaboratives, notamment sollicitations de l’extérieur pour accompagner les élus de petites collectivités territoriales pour la mise en place d’espaces de travail collaboratif (début du web 2.0) pour élaborer des plans territoriaux. Comme les citoyens, il ne faut pas oublier que les élus aussi doivent se former et approprier les fondamentaux avant de réfléchir aux enjeux du numérique. Et là aussi, cela passe par le faire.<br />
La gouvernance du projet<br />
La gouvernance du projet de la maison est importante parce qu’elle est née dans le cadre du service public mais elle a réellement fonctionné dès le début comme une association : mise en place d’un comité d’usagers, pas de programmation ou d’initiatives publiques prises sans qu’elle fasse l’objet d’un travail collectif, travail collectif et pas de remise en cause par les élus du travail collectif, y compris le nom, M@ison « Mutualiser l’information pour le savoir et l’ouverture au numérique » (nom trouvé lors dans le cadre du 1er forum).<br />
La Maison s’est développé et est devenue rapidement pôle ressource pour le Grand Lyon et la Région Rhône-Alpes, notamment pour l’accompagnement des publics aux usages du numérique (et pas pour mettre en place des lieux d’accès, des plates-formes), notamment dans les quartiers populaires face aux fractures identifiées en 2002, notamment face à l’administration en ligne (qui aujourd’hui crée des ruptures de droit), et face à l’insertion professionnelle et sociale.<br />
Et avec la volonté que cette parole-là soit prise en compte dans tous les dispositifs notamment d’élaboration des contrats de ville car c’est une parole qui est bien peu considérée dans les faits. Si on considère que l’outil numérique mis à disposition peut donner la parole à ceux qui ont une culture générale et des bonnes conditions sociales, si cela n’est pas accompagné vers les publics les plus éloignés, c’est encore un pas de plus vers un peu plus de ségrégation. Si on veut une vraie prise de parole par le numérique vis-à-vis de ces populations, il faut impérativement accompagner ces populations-là, et il faut donc des moyens financiers et humains suffisants.<br />
Logique de participation<br />
En 2006, les villes de Givors et de Grigny intègre le Grand Lyon. L’équipement s’était beaucoup développé et devait revenir à la ville de Grigny. La question se pose quant au devenir de la maison. Le plus simple pour le maire de l’époque a été de remettre les clés de la maison aux acteurs du projet. Est ainsi créé une association sur le projet de la maison de Grigny. A partir de ce moment-là, ce qui était induit dans les formes de gouvernance a été officialisé à travers la mise en place de l’association et cela a aussi permis le déploiement et l’essaimage des activités sur le territoire lyonnais, mais aussi à l’échelle nationale voire internationale.<br />
Qu’est-ce qu’on a théorisé sur cette expérience ?<br />
Dès le début, le choix a été fait d’accompagner cette expérience d’un conseil scientifique autour de la maison, afin d’être aidé pour théoriser et formaliser à propos de cette expérience, pour caractériser les conditions sociales pour le développement de la participation avec le numérique. »). Il y a des conditions à réunir lorsque l’on parle de participation dans les quartiers :<br />
La sécurité économique (1er hiatus lorsqu’on intervient sur les quartiers politique de la ville avec des taux de chômage assez conséquent) ;<br />
La sécurité culturelle et psychologique (quand on ne sait pas de quoi le lendemain est fait, c’est compliqué de s’inscrire dans une dynamique participative) ;<br />
La liberté de parole (avec des gens qui n’ont pas l’habitude de parler en public, avoir la curiosité culturelle de regarder des expériences autres, etc.) ,<br />
L’image et la symbolique du numérique. Dans ces quartiers, l’échec scolaire reste un marqueur social important. A l’heure où l’on parle des Espaces Numériques de Travail, il faut imaginer des populations ayant subi l’échec scolaire et avec des enfants scolarisés, pour lesquels ils sont progressivement confrontés avec des enseignants à travers une interface. Ce n’est vraiment pas évident et cela doit aussi s’accompagner.<br />
1ère condition : l’accès au matériel et au numérique. Les choses se sont certes bien résorbées mais une étude de la Caisse des Dépôts de 2010 indique que globalement, dans les quartiers « politique de la ville », le niveau d’équipement est 20 % en dessous de la moyenne. Idem pour les accès à l’internet.<br />
2ème point : l’usage des jeunes de l’Internet. Ils sont à l’aise dans l’environnement numérique mais ils en ont des usages très réduits (réseaux sociaux, tchat, phénomène de popularité, ceux avec qui on communique réellement sur les réseaux sont ceux avec qui ont communique physiquement) et sur les jeunes internautes, seuls 2 % auraient des usages créatifs avec les réseaux (transmettre une passion, du savoir, etc.).<br />
3ème facteur : sur la politique de la ville, c’est la prise en compte par les professionnels de la ville des enjeux du numérique proprement dit. Il y a un écart entre le « droit commun » et l’appropriation dans les quartiers populaires1. Cela est confirmé par une étude Flash faite par l’IRDSU qui montrait que (sur 32 réponses), deux tiers des contrats de urbains de cohésion sociale prennent en compte la question du numérique sous des axes particuliers, et globalement, c’est quelque chose de complètement minoré dans les contrats. Globalement, les acteurs de la politique de la ville demandent à ce que les élus soient formés.<br />
Quels sont les atouts du numérique par rapport à ces quartiers-là ?<br />
L’effet porte-voix : en organisant la parole des habitants sur ces quartiers, cela contribue à désenclaver des quartiers (exemple d’accompagnement d’activités de petits groupes de femmes, cela valorise leur savoir-faire et cela les ouvre sur l’extérieur – mise en relation avec des projets similaires etc.).<br />
La diversité des formes d’expression : un des atouts du numérique est de pouvoir diversifier les formes d’expression (écrit, vidéo, photos, audio radio web), cela permet de faire exprimer des gens qui ne prendraient pas la parole autrement (se centrer seulement sur l’écrit s’est révélé être un échec pour ceux qui ne le maîtrisent pas). Et il ya des choses très intéressantes autour du développement des médias alternatifs et citoyens (comme par exemple la radio web « paroles d’habitant » à Grenoble).<br />
L’aspect ludique et l’interactivité : par rapport à des formes d’expression classiques, une des accroches est le côté ludique qui fait que l’on peut pousser les aspects coopératifs (carto-partie, radio web local, télévision participative…). Ces formes permettent le développement de la participation et de l’expression des habitants et poussent à la créativité.<br />
Favorise l’intergénérationnel : sur Lyon, à travers un projet de plantations traduit via un blog, les jeunes ont crée des relations avec « les vieux » et leur disent bonjour dans la rue.<br />
Les relations de proximité sont importantes vis-à-vis des quartiers populaires. Il est importance que les espaces publics numériques soient très ouverts, qui aillent vers les gens et sortent de leurs 4 murs, avec des animateurs qui ne soient pas des acteurs multimédias dans le sens où on l’entendait il y a 10 ans mais qui soient de véritables acteurs du développement local, considérés en tant que tels (comme c’est le cas à Joué-lès-Tours).<br />
La découverte et l’appropriation des usages : Les PAPI à Brest, le pass’numérique porté par la région Rhône-Alpes. Ce dispositif permet, à travers une formation de 10 heures, d’aller  au-delà de la simple maitrise technique, mais d’aborder aussi comment maîtriser son identité numérique sur le net, l’usage et les place des réseaux sociaux etc. Donc vraiment quelque chose de centré sur les enjeux de la participation. Aujourd’hui, il faut dépasser le cadre des savoirs de base (l’usage des logiciels) pour aller à ce cadre-là. Il y a toute une éducation sur son identité numérique qu’il faut accompagner, et cela touche tout le monde.<br />
Des projets collectifs : le net a un atout, quand on est dans de l’accompagnement, les choses se font quand les gens se connaissent et qu’ils partagent réellement. Alors ils peuvent partager des savoirs et des savoirs faire et les mettre à disposition de tous.<br />
Les conditions de mise en œuvre :<br />
La formation des acteurs du développement local est fondamentale. L’accès au droit, l’administration en ligne, certains travailleurs en centre d’insertion sont un peu paumés dans tout ça. « Aller expliquer à un chômeur qu’il faut que son CV soit dans les nuages, dans le cloud ! » Il faut vraiment qu’il y ait une formation des acteurs par rapport à leurs propres usages mais aussi par rapport à la posture professionnelle qu’ils peuvent avoir. Se former au numérique et prendre le temps de réfléchir comment cela va modifier les postures professionnelles va prendre du temps mais c’est prendre en compte un environnement réel d’aujourd’hui, car le numérique irrigue tous les aspects de la société et on ne peut pas faire du développement social sans se préoccuper de cette question et se demander comment on agit.<br />
Education : on ne revient pas dessus, cela a déjà été abordé.<br />
La mise en réseau : on ne peut pas demander aux acteurs du développement local d’être des spécialistes de tout. Il faut que ce soit des choses appropriées à travers la posture professionnelle mais il faut aussi pouvoir s’appuyer sur des pôles ressources qui vont permettre d’apporter de la plus-value. Et, entre autres, la modification des espaces publics numériques et la mise en réseau avec des réseaux qui ne croisent pas, y compris avec le monde économique : on parle aujourd’hui beaucoup des potentialités des FabLabs, mais ce n’est pas parce qu’on est sur des quartiers populaires que cela doit être excluant, il faut la même audace.<br />
L’action coordonnée sur les territoires : L’idée des « appels à envie » est très intéressante. Le rapport du Conseil National du Numérique ou celui du président des départements de France abordent ces questions-là. Les appels à projet sont aujourd’hui très sanctionnants, et ce n’est pas ça qui va créer de la dynamique. Il faut des visions globales sur les territoires, il y a effectivement des réalités financières mais il y aussi possibilité de mutualiser les choses, que le centre social du quartier travaille avec l’association d’insertion qui va travailler avec l’entrepreneur du coin. Pour cette mise en réseau-là, la coordination de cette mise en réseau, la possibilité de mutualiser, les pouvoirs publics ont une responsabilité très importante.<br />
Pour conclure en forme de boucle, avec un retour sur la maison de Grigny. Une petite anecdote : au démarrage du projet, un sénateur UMP (considéré comme le « père du câble » en Rhône-Alpes) et le maire de Grigny apparenté PCF, se sont rencontrés, ont partagés sur leurs visions différentes de la société et la difficulté d’être maire au quotidien, et ont terminé en se disant qu’il y a un tel impact de la société du numérique sur le devenir de notre société qu’il est nécessaire de travailler ensemble. C’est ce qui a permis à la maison de démarrer dans de très bonnes conditions. Et ce n’est pas la chance qu’a eue la maison ces derniers mois, car il y a eu une bascule politique à Grigny et ce très beau projet s’est terminé hier par un dépôt du dossier au tribunal administratif pour liquidation.<br />
Au-delà du politique, il faut élargir à la responsabilité du décideur : il y a vraiment aujourd’hui un enjeu de bien commun, de l’intérêt collectif. Il y a des cas qu’il faut savoir dépasser à un moment, car quelles que soient ses opinions, l’exclusion génère la violence et aujourd’hui, si on ne gère pas la question du numérique, on renforce la ségrégation.<br />
Le modèle économique développé aurait pu être viable, mais là, il y a eu largement asphyxie avec une baisse brutale de subvention à moins 60 % qui ne permet pas de se retourner. Il y a la question de l’importance de la décision politique des élus, mais aussi l’implication des institutions (style CAF) qui ne peuvent plus se contenter de mettre en place des services en ligne mais doivent aussi se demander comment accompagner toute la mise en œuvre de cette politique de dématérialisation.<br/><br />
<strong>Discussion avec la salle</strong><br/><br />
Une question sur la dimension politique du numérique<br />
Le numérique est un outil nouveau et il faut apprendre à s’en servir. Et la diffusion de cet apprentissage est extrêmement marquée par la différenciation sociale. Des politiques ou des pratiques explicites peuvent permettre une espèce de lutte contre les discriminations d’accès à ces technologies. On parle de gouvernance contributive et de soutien politique à ces pratiques. Le soutien et les perspectives associées au numérique sont-elles variables en fonction des orientations politiques ?<br />
Ces questions sont politiques, mais pas au sens partisan. La difficulté vient du fait que la plupart des responsables politiques n’ont pas encore compris les enjeux de transformation du numérique. Les élus mettent des millions, voire des milliards d’euros sur les infrastructures, mais ne se permettent pas d’ouvrir la réflexion sur les usages de ces infrastructures. Ce n’est pas la question, on regardera la télé, on fera ses achats etc. S’il n’y a pas de développement des services en même temps que l’on développe une politique d’infrastructures du numérique, on va effectivement avoir une certaine colonisation de la France par le système des plates-formes nord-américaines. Le vrai enjeu aujourd’hui, c’est l’enjeu de la littératie numérique. La transformation numérique est un paradigme, il y a un certain nombre de clés de lecture qui sont quasiment invariantes :<br />
Première clé : le système des plates-formes. Lorsque le numérique arrive, des plates formes se mettent en place et deviennent hégémoniques (google, facebook, amazon, leboncoin, airb’n’b etc.). Ce système de plate-forme est prégnant, et pour développer l’économie collaborative ou les circuits-courts en France, il faut réfléchir aux systèmes de plates-formes pour les mettre en valeur.<br />
Une deuxième clé est tout ce qui concerne la notion de consomm’acteur : avec le numérique, on est tout à la fois acheteur et vendeur. Sur les blogs, vous lisez et vous écrivez.<br />
La troisième clé, c’est le système de pair à pair. Ce sont tout les systèmes qui à la manière de wikipédia, les cartes ouvertes, produisent des biens communs de façon efficiente à partir de gens qui s’impliquent. Le pair à pair est vraiment quelque chose de structurant.<br />
4ème clé, ce que Bernard Stiegler appelle le pharmakon. Il y a dans toutes innovations technologiques, et donc dans le numérique, de bons côtés et des mauvais côtés. Les mauvais c’est la surveillance massive par exemple.<br />
Aujourd’hui, que ce soit l’économie collaborative, la musique, l’enseignement, l’administration, la santé, ces clés de lecture-là s’appliquent pareillement à la transformation de n’importe quel secteur d’activité par le numérique. Et c’est un enjeu important de compréhension. Il y a des dysfonctionnements dans la gouvernance car notre société se transforme relativement rapidement et les décideurs ne prennent pas en compte ces choses-là. Par exemple, l’université de Bretagne a mis énormément d’argent dans les équipements, les salles de visioconférence etc. Mais sur le travail collaboratif des enseignants, comment on transforme effectivement la façon de travailler, on apprend à coopérer, quasiment rien n’a été fait. On a besoin de cette gouvernance contributive, et elle peut marcher à n’importe quelle échelle de gouvernance. Donc, on fait du politique au sens d’une société plus inclusive, où chacun a plus de pouvoir d’agir et favorise les circuits-courts, etc. Et les responsables des parties politiques, quel qu’ils soient, n’ont pas encore tout à fait compris ces enjeux-là.<br />
Une majorité d’acteurs en position d’exercice du pouvoir (politiques, chefs de service) n’est pas prête à remettre en cause ses façons de fonctionner. Toutes les personnes en fonction d’encadrement sont concernées : par exemple, le numérique doit permettre de penser les formes de travail différemment. Il y a par exemple encore beaucoup de réticences autour des formes de travail à distance, car ces formes induisent que l’on soit beaucoup sur la délégation, donc sur la confiance a priori. Donc tout cela est éminemment politique comme choix.<br />
Autre exemple, une commande pour favoriser l’expression d’habitants qui ne s’expriment jamais débouche sur une plate-forme de libre édition, complètement transparente et publique. Il y a alors des retours des chefs de services qui voudraient bien modérer les propos publiés (alors que la plate-forme est volontairement hébergée à l’extérieur et ne représente pas la voix officielle). On demande d’aller chercher la parole, mais lorsqu’on la donne, il faut aussi savoir l’accepter, accepter des postures professionnelles différentes. Il y a une culture à changer, il faut accepter de se faire aussi bousculer parfois.<br />
Une question sur l’évaluation de ces dispositifs<br />
Quels sont les retours sur les pratiques, les usages, les effets de ces nouvelles formes de gouvernance ?<br />
L’évaluation est une dimension importante. Et il faut se donner les moyens de cette évaluation, pour que cette question du numérique soit acceptée par des directions (accepter que des agents passent du temps sur un ordinateur, se doter d’outil de veille, ne pas réinventer ce qui se fait déjà etc.). Il faut permettre aux équipes et à ces projets d’avoir des réflexions et des visions prospectives (par exemple sur les dimensions éducation populaire de ces évolutions technologiques …).<br />
C’est un mouvement historique : wikipedia n’a que 15 ans, les cartes ouvertes vont devenir la norme alors qu’il y a 10 ans, on pensait que ce n’état pas possible à faire. Par exemple, le projet GeoBretagne est un projet qui a permis de rendre interopérable tous les systèmes d’information géographique de Bretagne et le fond de carte choisi est open street map, le fond de carte IGN est un second choix. On voit apparaître des secteurs dans lesquels les logiques de coopération et de partage deviennent dominantes. Dans l’éducation par exemple, on voit les mêmes choses, les cours en ligne, la Khan-academy. On voit apparaître dans toute une série de secteurs de la coopération, et celle-ci étant efficiente, elle va plus vite que les anciens modèles : l’encyclopédie de Microsoft n’a pas tenu, Universalis vient de fermer et les éditeurs de manuels scolaires peinent à trouver un modèle économique sur lequel bâtir leurs ouvrages.<br />
Autre exemple : open class rooms, la principale plate-forme de cours, hors du système de l’enseignement supérieur, tous ses cours sont dans une licence qui permet la réutilisation gratuite et il y a simplement un système premium avec des services en plus. Donc, on fait du gratuit avec un peu de payant supplémentaire facultatif. Et ces modèles économiques-là sont extrêmement efficients et si on n’y prend pas garde, ces services partent chez les grandes plates-formes. L’enjeu aujourd’hui d’une gouvernance en France, c’est de faire que sur les services publics, la santé, l’éducation, nous soyons capables de mettre en place des modèles économiques liés effectivement à cette économie du numérique. Et là, il y a de vrais enjeux de société pour lesquels on a besoin de littératie numérique et de compréhension.
</div>
<div id="page-4">
<h3>Mickaël Clément &#8211; Retour sur l’expérience de l’Agora Rabière</h3>
<p>Une vidéo de présentation du projet d’Agora Numérique dans le quartier de la Rabière (blog de quartier, une trentaine d’Espaces Numériques de Travail, incubateur d’idées et de projets) est projetée (disponible en ligne ici : https://www.youtube.com/watch?v=u9xm-5OZp9s).<br />
Cette action existe depuis un an et demi à la Rabière, portée par l’association Résoudre, avec la volonté de faire passer d’autres valeurs au niveau de l’enseignement, de la participation avec les habitants, etc.<br />
Ce projet vise à montrer à quoi peut servir Internet et le mettre au service d’un territoire, faire monter et remonter des projets, valoriser l’image du quartier et de ce qui s’y passe. Plusieurs objectifs ont été définis :<br />
L’appropriation de l’outil numérique par les habitants ;<br />
Favoriser l’intégration des nouveaux jocondiens (qu’est-ce qu’il y a sur mon quartier ? etc.) ;<br />
Renforcer la participation citoyenne ;<br />
Travailler autour d’un projet global avec les habitants, les associations, les acteurs du quartier ;<br />
Valoriser l’image du quartier de la Rabière (en sortant notamment de la répétition de clichés stigmatisant et en montrant aussi les initiatives positives).<br />
L’agora de la Rabière a bénéficié de tout un travail existant en amont, avec une culture commune préalable du travail ensemble. Il existait une terre fertile pour pouvoir mettre des choses en place. Quand on est arrivé avec l’idée de travailler ensemble entre acteurs associatifs et de partager de nouveaux projets, il y avait déjà quelque chose de similaire préexistant, avant l’outil numérique. Cela compte en termes d’appropriation, d’ouverture et de partage des projets. Il y a aussi eu la volonté de positionner l’Espace Public Numérique comme étant celui du quartier et pas celui de l’association Résoudre, avec la volonté d’aller au plus près, à la rencontre des habitants (avec également deux EPN mobile qui peuvent être prêtés gratuitement).<br />
Suite à toutes ces idées et réflexions, a été ouvert l’année dernière un blog de quartier, où n’importe qui, sans modération, peut s’exprimer et montrer ses projets (surtout des acteurs associatifs ou des commerçants pour l’instant). Il reste beaucoup de travail, particulièrement au niveau des habitants où on est encore au niveau des balbutiements. Des formations existent et sont dispensés, au sein de l’EPN, notamment par des personnes déjà formées.<br />
Les bonnes réussites sont les Espaces Numériques de Travail, au nombre de 32. Si des habitants ou des partenaires ou des associations ont besoin d’un petit espace de travail, on leur ouvre totalement gratuitement et ce sont des habitants, formés, qui gèrent ces outils-là. Cela paraît tout petit mais c’est une réussite très importante. Il y a une volonté de s’effacer pour que ce soit vraiement leur outil. Cela demande beaucoup de travail et de temps.<br />
Et il y a encore beaucoup de projets à venir, autour de la vidéo, du recueil de témoignages à diffuser en ligne, un projet de création d’un vidéo-maton…<br />
Le projet d’Agora Rabière repose bien évidemment sur du militantisme mais les coûts de fonctionnement sont en même temps très réduits (103 euros par an pour les frais d’hébergeur), ce qui veut dire que si l’association ou le centre social disparaissent, ces outils devraient quand même pouvoir perdurer. Mais la question, comme dit précédemment, est bien : dans quel sens veut-on développer l’outil ? Car cela nécessite bien évidemment des moyens pour pérenniser et développer ces activités.<br />
Ce qui est intéressant est tout ce qui peut naître au niveau numérique sur le quartier. Par exemple, il y a eu une démarche de gestion urbaine de proximité sur le quartier de la Rabière et le petit groupe actif du quartier, avec les services de l’Etat et ceux de la ville, ont été voir sur open street map pour voir la cartographie, qui s’occupe de quoi, etc.<br />
La formation n’est pas faite à l’association Résoudre, il y a la volonté que ce soit d’autres personnes du quartier qui dispensent les formations, par exemple, que les commerçants puissent alimenter leurs propres pages, etc.<br />
Un point sur la formation : pour monter ce projet, l’association s’est dotée d’un emploi d’avenir qui travaille sur l’EPN, qui a passé la formation « Conseiller d’Animation Technique d’Information et de Communication » (le CATIC) et dans le référentiel de cette formation, il n’y a pas un seul mot sur la médiation  numérique ! On apprend à démonter et réparer un PC mais à aucun moment, les bases de la médiation et de l’accompagnement numérique. Si on veut aller vers les habitants et faire de la participation, il faut former les animateurs.<br/><br />
<strong>Discussion avec la salle</strong><br />
Question sur le rapport aux institutions et les liens avec les centres sociaux<br />
Le lien avec le centre social a vraiment été fait avec la construction du projet de territoire du centre social, avec l’implication des habitants (parfois grâce à des Espaces Numériques de Travail). A cette occasion, utiliser l’outil numérique pour partager l’information est devenu naturel. Il y a d’autres projets en cours. Par exemple, la rénovation du quartier à venir pourrait être l’occasion d’associer les habitants pour savoir ce qu’on fait de cette partie du quartier. Il y a également la volonté d’ouvrir, avec d’autres quartiers de l’agglomération de Tours (rapprochement déjà à l’œuvre avec le quartier du Sanitas). Le projet est travaillé avec la nouvelle municipalité et l’élu référent. Il y a aussi un enjeu avec la mise en place des conseils citoyens. Et un projet existe de créer une maison de l’agora ou une maison de la participation. Il y a de l’écoute et encore du travail à faire avec la ville, l’Etat…<br />
Question sur les profils des habitants ou commerçants qui se sont appropriés l’outil<br />
Toutes les associations du quartier ont assimilés cet outil (sauf les associations sportives pour lesquels ils restent du travail à faire), au point que certaines se sont demandées si elles avaient besoin d’un site internet pour communiquer et si cet outil ne leur suffisait pas… Tous les commerçants (sauf un) ont joué le jeu, amis ce ne sont pas encore eux qui contribuent directement. Pour les habitants, cela se fait surtout par les Espaces Numériques de Travail, où ils se passent pas mal de choses, comme espace de collaboration de groupe. Quelques habitants ont posté des articles, mais cela reste encore à un stade peu développé. Sur 2014, avec toutes les visites sur les ENT, presque 100 000 visiteurs et 150 articles mis en ligne, et aucune modération à faire (ce qui était un choix au départ de ne pas faire de modération a priori) malgré une période d’élections municipales en 2014.<br />
Question sur les éventuels impacts de ces expériences (maison de Grigny, Agora de la Rabière) sur la politique de la ville (contenu, mode d’élaboration…)<br />
Les animations de proximité présentées ont été citées plus d’une fois par un certain nombre de ministres. Les expériences de Grigny ont souvent servi d’illustrations dans les débats nationaux sur la politique de la ville<br />
A Joué, lors de l’élaboration du futur contrat de ville (actuellement en cours), le numérique apparaît dans les débats, les expérimentations en cours commencent à être reconnues. Ccela nécessite beaucoup de communication, auprès des élus mais aussi au niveau des services de l’Etat et des décideurs. Sur Tours, les enjeux du numérique commencent à être compris et entendus et on les retrouvera dans le contrat de ville, sans doute dans les enjeux transversaux.<br />
Il y a des signes positifs, comme les centres de ressources sur les politiques de la ville (comme ville au carré) qui s’approprient cette dimension. Un autre signe vient des fonds européens qui en font une priorité et du coup, cela interpelle et oblige aussi ceux qui rédigent les programmes à le prendre en compte.<br />
A Tours, sur le quartier du Sanitas, c’est la mise en place du projet social de territoire et l’arrivée d’une nouvelle équipe sur le territoire qui a bousculé un peu les pratiques, les collaborations, le réseau partenarial et qui a permis l’ouverture d’une Agora (non encore ouverte aux habitants). Et ce n’est pas évident pour les travailleurs sociaux de s’emparer de ce type d’outil. Il ya des besoins de terrain qui obligent les acteurs institutionnels à revoir leurs modes de fonctionnement et d’interventions et à encourager ces dynamiques partenariales qui apportent beaucoup d’efficacité.<br />
L’exemple et l’ouverture du projet de Joué-lès-Tours a permis qu’il essaime au Sanitas. Et le projet a pu aussi bénéficier des rencontres des autres partenaires grâce à cette posture d’ouverture.<br />
La question du donner à voir permet de ne pas rester dans un entre-soi et influence et permet un vrai partage des savoirs et de l’expérience. Chacun peut ainsi monter en compétence et chaque territoire peut aller à son rythme et construire ses projets en fonction de ses propres objectifs.
</div>
<div id="page-5">
<h3>Hélène BAILLEUL &#8211; Tous urbanistes ? Utopies et réalités des dispositifs numériques dans le domaine des projets urbains</h3>
<p>Ce slogan, « Tous urbanistes », vient d’une application « Ville sans limite », développée par l’architecte Alain Renk, comme solution numérique pour favoriser la participation citoyenne. Cette affirmation est nuancée par un point d’interrogation et un sous-titre « Utopies et réalités des dispositifs numériques dans le domaine des projets urbains », car ces dispositifs numériques charrient beaucoup de croyances et d’enthousiasmes mais lorsqu’on les observe plus précisément, on constate un certain fossé entre les promesses et la nature des expérimentations réelles.<br />
L’exposé s’appuiera beaucoup sur la ville de Rennes, qui a développé beaucoup d’expérimentations sur les dispositifs numériques. Le propos sera centré sur la participation citoyenne dans le cas de l’urbanisme, thématique très technique, en s’intéressant plus spécifiquement aux outils de médiation urbaine par les images, et notamment par la 3D. Lorsque l’on regarde des corpus d’images en situation, on voit des choses très variées selon les finalités (communication territoriale, ateliers d’urbanisme augmenté…). Enfin, en suivant le fil des images et de la modélisation de la ville, on regardera du côté des jeux sérieux, qui proposent toujours plus d’interactivité, de capacités pour l’usager d’interagir et de décider (par la simulation).<br />
Introduction : enjeux de la ville citoyenne dans le paysage français<br />
L’histoire de la ville citoyenne renvoie à une évolution de la gouvernance locale : les groupes d’action municipaux dans les années 1970, puis la décentralisation et l’autonomie locale dans les années 1980 avec l’idée que la décision se rapproche du citoyen, puis dans les années 1990, une forme d’institutionnalisation des dispositifs participatifs et dans les années 2000, une forme d’expérimentation de ces dispositifs dans les territoires, au-delà de ce qui est fixé par la loi.<br />
Pour le cas de Rennes, les élus ont mis en place des démarches quartier dès 1983 et des conseils de quartier dès 1997. Il y a donc une dimension de « précurseur » dans le cas de cette ville, certainement liée au fait qu’elle est dirigée par des élus socialistes installés de longue date, qui vont assez tôt doter les conseils de quartiers d’une enveloppe financière, et qui installent des directions de quartier dès les années 2000. Au cours des années 2000, apparaissent des expérimentations, notamment la caravane des quartiers (en 2009) et des événements locaux temporaires et itinérants sur l’urbanisme et la culture. Et récemment, il semble y avoir un retour à des propositions plus pragmatiques avec un réinvestissement des conseils de quartiers (lancement en 2015 de la fabrique citoyenne) et la mise en place de budgets participatifs. Cela peut s’interpréter comme une forme de réinstitutionnalisation, avec des formes plus classiques de dispositifs participatifs prônées par la ville de Rennes, après une phase d’expérimentation tous azimuts. Après ces constats d’une structuration de la participation en France, il faut rappeler comment elle a été pensée par les scientifiques.<br />
De la proximité à la participation<br />
Du point de vue de la science politique, la référence en la matière est Sherry Arnstein1 qui a très tôt mis en évidence que lorsque l’on parle de participation citoyenne, encore faut-il préciser quel est le degré de participation, entre information, consultation, concertation, participation (co-construction)…<br />
Pour le chercheur, dans une démarche d’évaluation de ce qui se fait en matière de participation, cette échelle de la participation peut être intéressante. Mais il faut peut-être également arriver à s’en extraire, car cette classification conduit à découper des moments de la citoyenneté, or, pour l’habitant, être informé, être consulté ou participer, ce sont des facettes de la citoyenneté qui s’entremêlent dans la vie quotidienne. Et il y a eu une série de travaux assez normatifs sur les dispositifs de participation, qui essayaient de les classer et ne s’appuyaient guère sur l’expérience du citoyen dans ces démarches.<br />
De la théorie à la pratique<br />
En voulant dépasser une approche en termes de sciences politiques un peu normative, l’objectif est de chercher à regarder ce qu’il y a de spécifique dans la participation citoyenne dans le cadre de l’urbanisme. Finalement, comment l’urbanisme participe de la ville citoyenne ?<br />
On voit vraiment le tournant au moment de l’énonciation de la problématique du développement durable et d’un nouveau modèle pour les urbanistes, celui de l’urbanisme participatif, notamment mis en évidence dans la charte d’Aalborg en 1994, où finalement faire la ville durable, c’est aussi faire la ville avec ses habitants. Pour l’urbaniste en charge de projets, l’intégration des publics doit se faire dans les processus de conception et d’action, et l’urbaniste doit donc développer de compétences de médiation. On voit d’ailleurs se développer des formations en aménagement et urbanisme sur l’animation de réunions, la mise en forme des données de projet afin de pouvoir être restituées aux habitants. On voit donc ce tournant dans l’urbanisme au cours des années 2000 où le professionnel devient un médiateur.<br />
Ainsi, pour faire une recherche sur « en quoi l’urbanisme participe de la ville citoyenne ? », on doit aller chercher et piocher dans différentes disciplines :<br />
la science politique, l’analyse de la citoyenneté en tant que capacité pour le citoyen d’avoir le pouvoir ;<br />
les sciences sociales qui vont s’intéresser à ces fameux publics (qui sont ces publics de la participation ? et qui sont les participants ?) ;<br />
et la science Info-Com car on est dans des relations médiatisées, où l’outil et la configuration qu’il va fabriquer ne sont pas neutres et vont vraiement jouer (que ce soient des blogs comme vus ce matin ou des images comme on le verra ici).<br />
L’objet de ma recherche est donc bien l’usager des dispositifs participatifs urbanistiques : on est toujours dans des configurations assez particulières, avec des participations ponctuelles dans un espace-temps correspondant à la conduite des politiques publiques, et plus spécifiquement des projets urbains (avec un point de départ et d’arrivée). Ces dispositifs peuvent être soit simplement informatifs, soit plus directement participatifs. Et enfin, ces dispositifs peuvent avoir des finalités contradictoires, la production d’images en urbanisme étant prise souvent entre deux enjeux très contradictoires : convaincre des élus, des financeurs, des partenaires de la politique publique ou bien discuter, rendre malléable ce projet urbain. Et ces finalités contradictoires, les habitants les cernent très rapidement.<br />
Faire participer : le rôle de la médiation<br />
La médiation urbaine serait ainsi le moment où l’on essaye d’intégrer des parties-prenantes de plusieurs natures. L’idée, derrière la médiation urbaine, est de faire participer, et il y a une injonction à la participation qui est très forte actuellement, dirigée vers les professionnels de l’urbanisme, les élus mais aussi les citoyens. La logique à l’œuvre est que plus on améliorera la qualité de la médiation, plus on fera participer.<br />
Pour comprendre ce qui se passe dans la médiation urbaine, il faut entrer dans les dispositifs. Et ce que l’on constate, ce que disent les acteurs, c’est que la matière dont il est question dans ces situations de mise en débat se complexifie de plus en plus. Expliquer la mise en œuvre de ces projets devient une entreprise de plus en plus difficile. Plusieurs raisons peuvent expliquer ce constat :<br />
une complexification de la gouvernance urbaine : organiser la médiation entre les dizaines d’acteurs différents (privés, publics, politiques) impliqués dans un projet urbain est une activité complexe.<br />
une complexification des enjeux, avec notamment l’émergence de la question climatique qui, d’après les chargés de projet, vient finalement agir parfois comme un argument bien au-dessus de tous les autres (c’est-à-dire que l’on va prendre des décisions non pas au nom des enjeux sociaux ou économiques mais pour des questions climatiques et cela peut souvent créer des conflits).<br />
une complexification des arènes de débat : le citoyen trouve qu’il y a une profusion d’arènes où on lui demande de participer et cette profusion ne simplifie pas sa citoyenneté (face à une offre très vaste, il ne sait plus trop quoi choisir).<br />
En réponse à ces constats de complexification, on cherche à élargir les publics mobilisés (et chaque service peut proposer pour un projet une réunion, un dispositif, etc.). Et on va donc aller chercher des publics nouveaux, notamment les jeunes, et bien souvent avec des méthodes collaboratives pour les intéresser.<br />
Cette médiation urbaine aujourd’hui doit remplir des missions relativement peu claires, à la fois liées à des questions de mise en dialogue (dimension sociale de la citoyenneté –fabriquer du vivre ensemble- / dimension communicationnelle –dialoguer avec qui et comment) mais aussi un apprentissage des problématiques collectives (dimension cognitive, d’apprentissage -par exemple les questions climatiques difficiles à appréhender). Cette médiation a donc finalement deux missions : favoriser l’apprentissage et favoriser la mise en dialogue. Et donc, nécessairement, elle va obliger à penser différents types d’interactions. Et aujourd’hui, la médiation urbaine c’est à la fois l’information, le dialogue, la co-construction et la co-décision.<br />
Réfléchir aux outils de la médiation urbaine<br />
Quels enjeux y-a-t-il derrière ces scènes, ces lieux où on va mettre en dialogue et apprendre collectivement ? Des enjeux sociaux : si la médiation est bien faite, elle doit permettre l’expression de l’expertise conjointe (politique, technique, citoyenne). Dans le cas de projets urbains, le problème de la médiation, c’est aussi un problème de temporalités : la médiation ne peut pas se faire de manière ponctuelle et doit être pensée à toutes les phases du projet. Elle ne doit pas non plus être un simple outil de conduite du projet, où on récupérerait simplement les expertises d’usages pour les faire remonter aux concepteurs (dans une simple logique d’instrumentalisation). Finalement, une médiation efficace doit structurer la gouvernance des projets urbains. Et c’est ce que l’on peut constater lorsque les élus jouent réellement le jeu, avec les techniciens et les habitants : le projet en lui-même, sa méthode, la gouvernance mise en place est finalement fabriquée par le système de médiation que l’on a choisi de mettre en œuvre. Créer une page internet à chaque fois que l’on développe un nouveau projet dans une ville n’est pas forcément une bonne solution. Il faut bien se dire au départ, et non a posteriori ou en cours de route, que les outils numériques feront partie du système de gouvernance du projet.<br />
Le défi n’est pas alors tant dans l’outil et ses performances, mais bien son intégration dans le processus, permettant dialogue et apprentissage. Et l’outil qui est souvent le média dans les projets d’urbanisme est la représentation de l’espace. On peut alors poser plusieurs questions : la représentation de l’espace peut-elle précéder la conception (peut-on voir des choses avant que l’architecte ne soit intervenu ?) ? Et est-ce que cette représentation peut procéder de l’habitant (puisqu’il est question de partage de pouvoir, est-ce que l’habitant, à un moment, ne peut pas aussi dessiner cette ville ?) ?<br />
Et la 3D dans tout ça ?<br />
La maquette 3D est un support de médiation urbaine qui sert à l’information, à la consultation, à la concertation, à la participation, voire à la co-conception. C’est un outil de modélisation relativement simple, mais qui propose théoriquement certains intérêts des outils numériques : la lisibilité (avec la 3D, la ville, le projet de l’urbanisme devient plus lisible), l’évolutivité (dès qu’un projet avance, la représentation évolue) et l’interactivité (au final, très faible dans la réalité).<br />
La maquette 3D permet donc de représenter les projets dans leur contexte, visualiser l’espace en projet et surtout maîtriser les effets des images de synthèse (en obligeant les architectes à intégrer les visions produites pour leurs projets dans la maquette 3D, ce qui permet aussi de remettre à l’échelle certaines perspectives choisies par les représentations d’architectes). A Rennes, deux grandes missions sont données à la maquette 3D :<br />
&#8211; la médiation : informer, permettre une vision, une appréhension partagée de l’espace urbain ;<br />
&#8211; l’aide à la décision : disposer d’un outil de travail pour le développement de la ville (avec un usage davantage en interne, permettant de modéliser par exemple le bruit, les inondations…).<br />
Corpus d’images en situation<br />
Quelques exemples d’usages de la maquette 3D sont présentés. Où retrouve-t-on la maquette 3D2 ? Au fil d’événements passés sur le territoire rennais, comme par exemple lors d’un événement de communication territoriale et politique, à mi-mandat du mandat communautaire, visant à réfléchir à la stratégie de développement (économique, enseignement supérieur, etc.).<br />
Evénements de communication territoriale : Viva-Cités 2012<br />
Une semaine de rencontres avec les habitants est organisée. Durant cet événement, un des enjeux est la présentation des projets, pour lesquels la maquette 3D est mobilisée, couplée à une maquette physique. Les architectes présentent ainsi les projets avec l’aide de ces deux supports. Et des temps de manipulation libre de la maquette par les habitants sont aussi prévus, pour découvrir par eux-mêmes les projets. Mais l’usage de la table-tactile par les visiteurs demeure accompagnée par des animateurs (des gens des services de Rennes Métropole), pour répondre en direct aux questions des citoyens. Les projets présentés ont différents stades d’avancement : certains sont arrêtés, d’autres sont encore en amont, avec juste la définition d’un secteur stratégique.<br />
On est donc bien dans une logique d’information et d’appréhension par le public de la complexité. La maquette 3D à l’échelle de Rennes Métropole présente une vingtaine de projets de toutes tailles (routiers, quartiers, espaces publics…). Et l’idée est que les gens peuvent consulter tout cela pendant la semaine et comprendre que monter une stratégie pour une métropole comme Rennes, c’est aussi complexe. Il y a l’idée que ça peut faire passer cette image de la complexité de la gestion d’une métropole aussi importante.<br />
Evénements de communication territoriale : La caravane des quartiers<br />
Un autre usage de la maquette 3D : l’utilisation de la maquette en mode historique, lors de la Caravane des quartiers. Lors de la conception de la maquette, différents supports de départ, notamment d’anciennes cartes, ont été utilisés pour réaliser les extractions de données. Lors de la Caravane de quartier, on présente la maquette en mode historique pour partager des souvenirs, avec l’idée revendiquée de collecter la mémoire. Cette maquette, en permettant de montrer des époques plus anciennes, est vue comme un bon outil pour commencer à discuter du quartier et de ses évolutions, avant les présentations des projets à venir par les élus. C’est donc l’idée d’informer et de faire parler.<br />
Les ateliers d’urbanisme augmenté : ateliers créatifs à Banat-Prague-Volga<br />
Un autre mode d’usage de la maquette 3D : les ateliers créatifs dans un quartier en pleine rénovation urbaine avec un projet ANRU : le projet de renouvellement du quartier du Blosne. Des ateliers sont organisés en réunissant professionnels de la ville, habitants, et notamment les copropriétés, en leur proposant de réfléchir à un aspect de la transformation de la ville, autour de la densification. On propose aux habitants de réfléchir au devenir des toits du quartier, avec de nouveaux droits à construire, etc. Cela permet d’initier la réflexion avec les habitants autour de l’idée de rajouter un étage à l’immeuble (avec des gains potentiels pour les copropriétaires existants permettant de financer d’autres travaux de façade ou de réfection de la cage d’escaliers, etc.). Et un intérêt de l’outil numérique ici est de pouvoir modéliser les propositions des habitants. Les projets sont représentés dans la maquette 3D au même titre que ceux des architectes (cf. image ci-dessus). Les habitants ont ainsi pu présenter aux élus les résultats de leur ateliers créatifs grâce à la table tactile (et avec le soutien du service SIG de la ville), donc avec le même outil qu’un architecte, ce qui est symboliquement fort. Cela fonctionne bien et les élus ont été convaincus, bien qu’il faille signaler qu’ils l’étaient déjà avant, par cette idée de densification. L’atelier créatif n’a donc pas eu un effet majeur sur la décision (et les discussions entre élus et urbanistes en amont ont sans doute davantage eu de poids dans cette orientation).<br />
Les ateliers d’urbanisme du Blosne représentent ce qui s’est fait de plus poussé en termes d’usage de la maquette par les habitants à Rennes. La maquette est aujourd’hui en open-data, bien qu’il demeure quelques problèmes techniques (logiciels, formation SIG cartographie…).<br />
Bilan intermédiaire<br />
Pourquoi Rennes a autant investi dans la médiation numérique depuis 15 ans ? Et pourquoi les élus, les techniciens se sont-ils mis de manière assez poussée (par rapport à d’autres villes) à développer ces expérimentations ? Une analyse possible repose sur la convergence entre intérêts économiques et politiques :<br />
Il se joue depuis les années 2000 le développement d’une filière TIC historiquement importante à Rennes (depuis l’invention du Minitel), avec le défi de se renouveler. Or, à Rennes, deux entreprises locales du numérique (Archividéo et Arte Facto) ont répondu de manière très efficace aux sollicitations des élus pour trouver des solutions de visualisation pour l’urbanisme, mais aussi pour l’industrie.<br />
Cette convergence est renforcée par la Stratégie de Développement Economique de 2014 qui va mettre en avant la filière de TIC et la notion de Living Lab, l’idée que le territoire est un laboratoire permanent. On va alors favoriser l’expérimentation, et notamment les expérimentations numériques et on va en faire une des images du territoire rennais. Donc, quand Rennes écrit que les TIC sont la filière stratégique de son territoire, le côté expérimental de toutes ces démarches citoyennes est un moyen de prouver que Rennes Métropole est un territoire où il y a des usages du numérique (et notamment à cause de la compétition avec Brest, qui était bien plus en avance sur les usages du numérique).<br />
L’idée de Living Lab, idée que la gestion publique quotidienne peut aussi se baser sur des logiques expérimentales, va conduire les élus à se doter d’une direction « Innovation numérique » (la 1ère de France) pour laquelle on va aller chercher des profils de professionnels issus des petites start-up locale, des gens du monde du numérique qui vont être ouverts sur ce qui se passe dans ce domaine et vont essayer de tester plusieurs dispositifs (les Fab Lab, la mise en libre accès des données de la ville, une expérimentation avec orange lab sur les mobilités quotidiennes, l’application « Villes sans limite », etc.). Cette idée de Living Lab est donc également nourrie par cette direction de l’innovation numérique, qui accompagne le développement économique en permettant aux petites start up rennaises de trouver un modèle de développement économique.<br />
Le ludique et l’industrie<br />
Pour l’instant, les exemples présentés ne sont pas très ludiques. On commence à s’y intéresser avec l’application « Villes sans limite », à voir des choses sur tablette où on peut construire la ville de demain, sur la base de montage photographiques de l’existant. Cependant, ces dernières années, cette dimension ludique est de plus en plus recherchée.<br />
Jouer l’urbanisme, jouer la démocratie ?<br />
Avec les jeux sérieux, on passe à un autre niveau où on va proposer de jouer l’urbanisme, voire de jouer la démocratie. Nous allons ici décrire un dispositif de jeu qui nous parait intéressant pour montrer le glissement vers le ludique.<br />
Le jeu sérieux « Fort Mc Money », qui est à l’origine un web-documentaire mais qui comprend également des outils permettant aux gens de jouer et de prendre des décisions sur l’avenir de cette ville, simulée mais fortement inspirée d’une ville réelle : Fort Mc Murray au Canada.<br />
C’est un jeu de rôle en ligne massivement multijoueur (en anglais, massively multiplayer online role-playing game : MMORPG). Ici, c’est le dispositif le plus abouti en termes d’interactivité : le joueur que l’on vise est citoyen du monde, on fait appel à la citoyenneté mondiale et à des questions de développement durable (donc censées concerner tous les pays).  Le propos du jeu est de décider ensemble de l’avenir d’une ville (Fort Mc Money), dont l’économie est basée sur l’extraction du gaz de schiste. Prosaïquement, ce qui est proposé aux joueurs est de choisir entre la pollution ou le chômage. Il y a une dimension apprentissage très bien faite, on joue sur une semaine et à la fin de la semaine de jeu, il y a un vote et ensuite le jeu repart sur la base des choix votés. C’est vraiment le système de la démocratie directe qui est mis en avant : tout le monde vote et on voit les effets de son vote. On joue donc à la démocratie idéale, mais dans le cadre d’une production culturelle. On est dans une logique qui emprunte les codes du genre cinématographique (avec mise en scène, etc.). Le registre n’a donc rien à voir avec le sérieux du propos (sur les choix écologiques et les choix d’avenir). Il y a donc un vrai mélange des genres, extrêmement efficace au niveau de l’interactivité. Créé en 2013, c’est un jeu gratuit pour l’usager, mais avec un système économique derrière, inscrit dans l’industrie culturelle.<br />
Cet exemple est un peu une figure extrême qui interpelle, car en termes d’outil, c’est un peu ce qu’on voudrait tous : c’est interactif, on joue la démocratie et on voit les résultats de la décision (ce qui permettrait également un vrai apprentissage de la complexité des décisions politiques, etc.). Mais par ailleurs ce dispositif est complètement fictif : c’est une fausse démocratie car c’est une fausse ville. On est donc vraiment dans un simulacre qui renforce l’idée que si l’on ne peut pas vraiment intégrer les habitants dans la participation citoyenne réelle, on leur permet à minima de « jouer à la démocratie ».<br />
L’expérimentation et l’innovation ont leurs propres rythmes<br />
Pour conclure sur le panorama des usages numériques présentés ici dans leur éclectisme, on peut revenir sur trois limites observables grâce à ces études de cas.<br />
D’une part, en 15 ans d’expérimentation, la ville de Rennes n’a pas réussi à stabiliser ni les dispositifs, ni les publics visés par ces outils de « participation augmentée ». Elle a finalement  « empilé » des dispositifs qui sont parfois contradictoires entre eux.<br />
D’autre part, avec les outils numériques, si l’injonction à l’interactivité est plus forte (dimension ludique, maniable, individualisée) puisqu’elle fait partie de l’ADN de l’outil, rien n’est organisé pour la remontée des commentaires vers les décideurs.<br />
Enfin, si les jeux sérieux constituent un moyen de délocaliser les problématiques, de simuler la démocratie directe, qui donne satisfaction aux joueurs, cela se fait en totale déconnexion avec la réalité. C’est une forme de marchandisation de la démocratie en ligne (même si le jeu est gratuit).<br />
Finalement, qui sont les publics de ces démarches augmentées ? A peu de chose près les mêmes que dans les réunions publiques classiques. <br/><br />
<strong>Discussion avec la salle</strong><br />
Questions sur les publics mobilisés par ces outils numériques<br />
Les outils numériques peuvent-ils être un levier pour impliquer de nouveaux publics ou ce sont les publics qui participent déjà aux réunions de concertation ?<br />
D’après les chargés de mission de Rennes, depuis une dizaine d’années qu’ils utilisent la maquette 3D, les publics sont quasiment toujours les mêmes. Mais les chargés de mission vont aller plus facilement vers des publics nouveaux vers lesquels ils n’allaient pas avant, jeunes collégiens et lycéens. Il n’y a pas de chiffre mais ce sont donc les chargés de mission qui élargissent la palette des publics touché et non les publics qui « viennent à l’urbanisme ». Avec cet outil, on ose aller voir le jeune et lui parler d’urbanisme, il y a un côté ludique qui rassure. Mais sur les grands événements publics, sur la base d’enquête systématique de fréquentation, c’est quasiment le même public.<br />
Après, certains chercheur en Info-Com avancent l’idée qu’aujourd’hui les formes d’organisation collective, ce qui fait du collectif, se font sur d’autres champs que les fameuses politiques publiques comme l’urbanisme. La participation, ce serait alors d’aller regarder et d’alimenter les blogs de photos ou de recettes.<br />
Concrètement, la matière de l’urbanisme ne peut pas plaire à tout le monde. Le sujet en soi n’est quand même pas fait pour tout le monde. Même si en phase de diagnostic, cela peut être très intéressant, lorsqu’on arrive dans les phases plus techniques, les gens ne sont pas trop intéressés, et cela est compréhensible.<br />
Questions à propos de la place des femmes dans la cité<br />
Plusieurs articles pointent le fait que les quartiers populaires sont plus à usage masculin qu’à usage féminin et qu’il faudrait davantage développer dans les quartiers des espaces publics pour les femmes. Comment le numérique pourrait y aider ?<br />
Les systèmes d’agora où les associations de femmes vont être valorisées peuvent être une piste.<br />
Remarque sur la dimension ludique des outils numériques<br />
Sur le numérique et les jeunes, sur le quartier du Sanitas, la coopérative Artefact a travaillé sur un jeu vidéo, la Sani-carte, pour montrer qu’on peut aussi construire le jeu (et pas seulement le consommer). Par ce biais-là, cela a permis à un public jeune d’appréhender le quartier de façon un peu différente. Et ce jeu va servir de support en gestion urbaine de proximité, pour mobiliser les jeunes et tous publics sur la gestion urbaine de proximité, sur le plan de quartier, sur les usages du quartier (notamment en mobilisant l’expérience de gens à mobilité réduite).<br />
Remarque sur la spécificité ou non de la démocratie numérique<br />
Dans les sciences de l’information et de la communication, au début d’internet, on a voulu dire qu’il y avait une démocratie électronique, avec l’idée d’une expérience de citoyenneté complètement différente sur internet et dans le reste de la vie. Aujourd’hui, les chercheurs reviennent complètement là-dessus, en disant que c’est totalement hybride et qu’au contraire, il ne faut pas « essentialiser » le numérique. On a eu beaucoup tendance à lui attribuer des effets magiques et aujourd’hui, il y a une injonction à recourir à l’informatique. Cependant les enquêtes auprès des professionnels montrent un malaise avec certaines générations par rapport à cette injonction à se servir de ces outils.<br />
Question sur l’effet de cadrage par l’outil numérique<br />
Sur l’exemple de la densification, il n’y a pas de co-décision car celle-ci semble déjà prise avant l’atelier, mais il y a un effet sur la décision, un effet de suggestion. Avec l’outil, on fait susciter la bonne réponse par les habitants, qui présentent leur réponse, qui était celle que l’on attendait. N’y-a-t-il pas un poids de l’outil qui profile les contours et les formes des contributions possibles ?<br />
On présente l’atelier sur « qu’est-ce qu’on pourrait faire sur nos toits ? » et tout l’enjeu de l’atelier était de faire accepter cette idée de monter d’un étage. Il y a effectivement toujours un usage politique de l’outil.
</div>
</div>
]]></content:encoded>
			<wfw:commentRss>https://seminaires.eclips.univ-tours.fr/?feed=rss2&#038;p=361</wfw:commentRss>
		<slash:comments>0</slash:comments>
		</item>
		<item>
		<title>Résumés</title>
		<link>https://seminaires.eclips.univ-tours.fr/?p=271</link>
		<comments>https://seminaires.eclips.univ-tours.fr/?p=271#comments</comments>
		<pubDate>Tue, 10 Feb 2015 09:08:34 +0000</pubDate>
		<dc:creator><![CDATA[thomas]]></dc:creator>
				<category><![CDATA[Résumé]]></category>
		<category><![CDATA[Séminaire 3]]></category>

		<guid isPermaLink="false">http://seminaires.eclips.univ-tours.fr/?p=271</guid>
		<description><![CDATA[Télécharger les résumés en Pdf Accéder directement au résumé de l&#8217;une des interventions : &#187;&#160;P; Mozol &#187;&#160;S. Denèfle &#187;&#160;F. Gillet &#187;&#160;J-P. Gille &#187;&#160;Discussion Patrick MOZOL, « Rappels au sujet de quelques notions complexes : représentation, délibération, participation » (approche juridique) Il s’agit de s’interroger sur la question de la définition-même du concept de démocratie participative, [&#8230;]]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p class="download"><a href="http://seminaires.eclips.univ-tours.fr/wp-content/uploads/2015/02/resumes_3.pdf">Télécharger les résumés en Pdf</a></p>
<p><br/>Accéder directement au résumé de l&rsquo;une des interventions :<br/></p>
<ul class="menu">
<li><a class="scrollTo" href="#page-1">&raquo;&nbsp;P; Mozol</a></li>
<li><a class="scrollTo" href="#page-2">&raquo;&nbsp;S. Denèfle</a></li>
<li><a class="scrollTo" href="#page-3">&raquo;&nbsp;F. Gillet</a></li>
<li><a class="scrollTo" href="#page-4">&raquo;&nbsp;J-P. Gille</a></li>
<li><a class="scrollTo" href="#page-5">&raquo;&nbsp;Discussion</a></li>
</ul>
<div id="resume">
<div id="page-1">
<h3>Patrick MOZOL, « Rappels au sujet de quelques notions complexes : représentation, délibération, participation » (approche juridique)</h3>
<p>Il s’agit de s’interroger sur la question de la définition-même du concept de démocratie participative, sous l’angle juridique et institutionnel et, notamment, sur la question de l’insertion de la question participative au sein des modèles classiques de démocratie que constituent la démocratie représentative et la démocratie directe.<br />
La question participative, chez les juristes et les philosophes, est classiquement appréhendée au travers du prisme de la démocratie. Ainsi, la participation était considérée comme une condition même de la réalisation de l’idéal démocratique. Très rapidement, il est apparu que la participation était un élément indissociable, voire incontournable, de la démocratie. Chez les juristes, la doctrine majoritaire met en avant le fait que la participation ne peut s’exprimer et se développer dans un cadre autre que démocratique. De même, on ne peut qualifier de démocratie un régime dans lequel les citoyens ne se voient transférer l’exercice d’aucun pouvoir ou d’une responsabilité quelconque. La participation apparaît comme le critère d’une démocratie vivante, composée de citoyens actifs qui s’impliquent dans la vie publique et à laquelle elle offre un élément de modernisation et de pérennisation.<br />
Si elle procède bien de l’idée démocratique, la participation trouve-t-elle pour autant à s’intégrer au sein du modèle de la démocratie classique que constitue la représentation ? D’un point de vue théorique, la réponse n’est pas aisée : l’idée participative peut apparaître en contradiction avec la logique-même animant les régimes fondés sur la représentation ; à l’inverse, lorsqu’on y regarde de plus près, toute démocratie comporte une dimension participative plus ou moins large, ce qui a pour effet de soulever la question de l’existence éventuelle d’un modèle de démocratie participative à part entière qui serait situé à mi-chemin entre la démocratie représentative et la démocratie directe.<br />
<br/><br />
<strong>I. La différence théorique de logique entre l’idée participative et la conception représentative de la démocratie </strong><br />
<br/><br />
Une différence fondamentale demeure entre la conception participative et l’approche représentative de la démocratie.<br />
La seconde, comme la démocratie directe, repose sur un principe d’exclusivité dans l’exercice du pouvoir de décision. Ainsi, la démocratie directe suppose que les citoyens exercent directement la souveraineté leur appartenant et prennent les décisions intéressant la vie de leur Etat. Quant à la démocratie représentative, elle implique que l’exercice du pouvoir soit confié par les citoyens à des représentants élus à qui il revient, au nom de la collectivité et de ceux qui les ont investis provisoirement d’une telle prérogative, de prendre les décisions.<br />
Etymologiquement, la participation sous-entend l’idée de partage du pouvoir et donc de partenariat entre les autorités publiques et les citoyens, ce qui en fait, pour certains, la forme la plus poussée d’association citoyenne au processus de décision ou de gestion publique. Dans cette perspective, la démocratie participative supposerait que les élus et les citoyens disposent de prérogatives plus ou moins équivalentes en vue de prendre des décisions de manière conjointe. Cela renvoie notamment au mécanisme de codécision. Cependant, ces mécanismes se caractérisent par leur relative marginalité car ils ne sont envisageables que dans le cadre d’un partage vertical du pouvoir. En revanche, cette approche de la démocratie participative apparaît difficilement réalisable dans une logique de partage horizontal du pouvoir. Dans cette approche restrictive des choses, la démocratie participative et la démocratie représentative sont bien distinctes. Il en va autrement dès lors que l’on conçoit le pouvoir, non pas seulement au travers de la compétence décisionnelle, mais comme un « tout », c’est-à-dire qui part de l’élaboration jusqu’à la prise de décision. Dans ces conditions, le modèle participatif ne se démarque pas fondamentalement de la forme représentative de la démocratie : ceux qui décident ne sont pas les seuls à participer à la confection de la décision publique.<br />
Si l’on entend la participation plus largement (ie comme l’ensemble des formes, procédés, mécanismes permettant d’associer les citoyens aux décisions publiques à quelque degré que ce soit), l’idée participative peut se concilier avec la logique de la démocratie représentative.<br />
<br/><br />
<strong>II. L’absence d’incompatibilité entre la démocratie représentative et la démocratie participative </strong><br />
<br/><br />
Selon Kelsen, la démocratie signifie l’identité de l’objet et du sujet du pouvoir, des gouvernants et des gouvernés, de sorte qu’il doit exister dans la démocratie une adéquation entre la volonté des représentants élus et celle des citoyens. Or, dans le régime représentatif, rien ne garantit que la volonté des seconds sera en totale adéquation avec celle des premiers et qu’elle s’exprimera à travers les décisions qu’ils prennent. Plus encore, il apparaît impossible pour un représentant du peuple de formuler une image transparente de la volonté ou des intérêts des citoyens qu’il est chargé de représenter. C’est pourquoi il existe nécessairement un risque de décalage entre la volonté des citoyens et celle des élus. Avec la démocratie représentative, on reste loin de l’idéal initial que constitue l’identification de la volonté des gouvernants et des gouvernés.<br />
Dans ces conditions, introduire de la participation dans la démocratie représentative peut permettre, sinon d’atteindre, de se rapprocher de cet idéal. C’est la raison pour laquelle bon nombre de démocraties sont organisées autour de ce modèle intermédiaire que constitue le régime semi-représentatif.<br />
Cependant, la participation ne saurait se limiter à l’exercice par les citoyens d’un pouvoir de décision : si décider c’est nécessairement prendre part à l’exercice du pouvoir, l’inverse n’est pas forcément de mise dès lors que participer à l’élaboration de la règle de droit c’est déjà être associé à l’exercice du pouvoir. C’est pourquoi la participation ne remet pas fondamentalement en cause l’essence et la logique du régime représentatif. La démocratie participative ne saurait se substituer à la démocratie représentative. Elle en est plutôt le prolongement nécessaire (v. not. l’exemple communal).<br />
Cette réalité pose la question d’un modèle de démocratie participative distinct des régimes représentatifs et directs. Deux conceptions sont possibles. Soit l’on estime que toute démocratie admettant plus ou moins d’intervention des citoyens relève de la démocratie participative, alors la démocratie participative ne constitue pas un modèle de démocratie à part entière. Soit l’on considère que toute démocratie offrant des possibilités d’intervention aux citoyens ne procède pas nécessairement de la démocratie participative, alors on peut défendre l’idée d’un modèle de démocratie participative distinct du modèle représentatif. Dans cette deuxième optique, une difficulté surgit cependant, relative à la définition et à l’identification de ce qu’est la démocratie participative.<br />
A l&rsquo;échelle communale, en dehors du référendum local et de mécanismes de codécision, on trouve de nombreux procédés qui ne remettent pas en cause la représentation. Autrement dit, la participation n’est ni plus ni moins qu’une modalité d’aménagement de la représentation et ne remet jamais en question cette dernière. D’un point de vue juridique, la démocratie participative ne se limite à rien d’autre que la démocratie délibérative. Depuis la loi de 1992 sur l’administration territoriale de la République, la participation n’a jamais été organisée pour remettre en cause le principe de l’administration des collectivités territoriales par des conseils élus et le principe selon lequel il revient aux assemblées locales de régler par leurs délibérations les affaires de la collectivité. Le référendum local constitue une entorse à ce principe, mais cet aménagement est prévu par la Constitution pour ne pas enfreindre l’article 72 de celle-ci. Dans les autres cas, le pouvoir de décision des élus est toujours préservé. La démocratie participative n’est donc qu’une modalité de la démocratie représentative.<br/><br/>
</div>
<div id="page-2">
<h3>Sylvette DENEFLE, « Rappels au sujet de quelques notions complexes : représentation, délibération, participation » (approche sociologique)</h3>
<p>Chaque fois que l’on parle de démocratie participative et de démocratie représentative, c’est de façon théorique, sans essayer de voir, entre ces deux modèles, le très grand éventail de possibilités qu’il y a dans les formes de la participation. Il me semble important de s’interroger sur les raisons politiques du choix de plus ou moins de participation citoyenne ? On entre ici dans ce qui va relever des choix idéologiques, axiologiques, d’action, etc., des uns et des autres, autrement dit du choix politique d’une manière générale, du choix que l’on pourrait même dire partisan.<br/><br />
La notion de « démocratie » (prise en compte de tous dans la gestion de l’intérêt général) est presque synonyme de « république » (forme de gouvernement pour l’intérêt général) dans la tradition française. Ces notions sont si proches que l’on n’imagine pas l’exercice du gouvernement autrement que par la forme républicaine dans notre pays actuellement.<br/><br />
Par ailleurs, le problème central de la démocratie et de la république est celui du rapport entre l’ensemble des citoyens et les décideurs ainsi que le rôle des groupes d’influence. Alors que les élus n’ont pas à justifier leurs actions autrement que par l’élection, ils inscrivent leurs réalisations dans la cohérence d’objectifs idéologiques et techniques en s’appuyant sur les partis et sur les experts. Les décisions des politiques publiques sont donc prises uniquement par des représentants élus éclairés par des experts, voire éventuellement par des avis recueillis auprès de la population par des groupes d’influence ou de la participation institutionnalisée (référendums, conseils de quartier, etc.).<br/><br />
La question du choix d’accorder une part plus ou moins importante à la participation citoyenne doit être posée au politique. C’est celle des choix partisans ?<br />
Globalement, la France a adopté une devise républicaine devenu le référent quasi incontournable des choix partisans : «Liberté, Egalité, Fraternité » qu’il importe d’interroger.<br />
&bull;&nbsp;Sur la question de la liberté : alors qu’en 1789, le concept s’imposait puisque l’on passait d’une société à ordres à une société républicaine, maintenant, on fait glisser le sens vers un pluriel plus pragmatique et on parle des « libertés » (la liberté d’opinion, la liberté de déplacement, etc.) qui nous sont garanties par un Etat républicain démocratique.<br />
&bull;&nbsp;Sur le concept d’égalité : l’ensemble de notre conception de la démocratie repose sur l’égalité en droit. C’est un principe fondamental dont la remise en question (par exemple par les partis extrêmistes) apparaît comme destructrice de la démocratie. Pourtant c’est là encore un principe qui reste théorique. Chacun mesure que l’égalité se heurte à des situations sociales très nombreuses qui en estompe la réalité.<br/><br />
On utilise le terme de « discrimination » pour caractériser cette distorsion entre le droit (et le politiquement correct) et la pratique. Ce décalage impose de réajuster sans cesse l’ensemble de nos pratiques politiques, législatives, sociales. Les discriminations sont conçues comme des dysfonctionnements du principe démocratique de l’égalité républicaine. La discussion entre démocratie participative et démocratie représentative repose actuellement en grande partie sur cette question : la représentation démocratique représente-t-elle également l’ensemble de tous les citoyens ? Les activités démocratiques représentatives sont-elles satisfaisantes pour exprimer l’égalité de tous les citoyens ? <br/><br />
Les élus se satisfont de cette représentation, la société énonce de plus en plus souvent sa méfiance : il y a trop de distorsions, de gens qui ne peuvent pas se reconnaître dans tel ou tel type de législation, de structure, de rapport au pouvoir. Les inégalités demandent des réajustements constants. <br/><br />
La manière de justifier ces distorsions ou de les corriger est le socle de la question de la démocratie participative et de son rapport à la démocratie représentative. Les choix politiques vont donc de plus de luttes contre les discriminations à  plus d’intégration de l’idée d’équité en substitution à celle d’égalité.<br/><br />
Sur la notion de fraternité : elle suppose d’aller de pair, d’être au même niveau social. Elle évite la distorsion élite/peuple. Si elle n’est guère mobilisée ni dans le champ politiuqe ni dans le champ social de nos jours, elle s’est décalé vers la notion de  « solidarité », qui en comprend le sens collectif mais présuppose une situation inégalitaire. Là encore, les orientations politiques s’échelonnent entre ces points de vue.<br/><br />
En résumé, on peut noter une sacralisation politique, juridique et social du discours de la démocratie républicaine au travers de la devise « Liberté, Egalité, Fraternité » qui demeure abstrait et on tend, par la pratique politique, à produire des corrections à toutes les distorsions que l’on reconnaît. Les corrections par la participation citoyenne sont l’expression des orientations politiques partisanes et traversent toute la vie publique.<br />
Pour terminer, nous évoquerons le concept de « citoyenneté » qui s’impose largement dans le champ politique récent. Les débats sur la démocratie participative soutiennent fréquemment l’idée que nous sommes tous citoyens parce qu’égaux et qu’en tant que tels nous partageons la responsabilité de la chose publique. Cela rejoint bien évidemment la question de la décision et nous ramène aux formes de représentation choisies par notre constitution.<br />
La notion de citoyenneté qui est la reconnaissance d’une égalité démocratique et républicaine accomplie, est un modèle qui connaît les faveurs des discours partisans mais c’est dans la pratique politique, dans les choix politiques effectifs que l’on peut mesurer effectivement le degré de réalisation de cet idéal. <br/><br />
C’est pourquoi nous nous tournons maintenant vers des praticiens de la politique dont l’expérience pourra nous éclairer.
</div>
<p><br/><br/></p>
<div id="page-3">
<h3>François GILLET, « La participation citoyenne dans l’habitat : expériences d’élu et expériences de militant »</h3>
<p><strong>Expériences d’élu (maire de Meylan de 1971 à 1983)</strong><br />
<br/><br />
La commune de Meylan se situe près de Grenoble. Il s’agit d’une commune moyenne (env. 18 000-19 000 habitants) ayant connu une croissance rapide dans les années 1960-1980. Cette commune résidentielle est essentiellement occupée par des cadres, un grand nombre d’employés et peu d’ouvriers.<br />
François Gillet a été élu en 1971 sur une liste « GAM » (groupes d’action municipaux, mouvement politique né dans les années 1960), dont l’un des thèmes importants était de rendre le pouvoir aux citoyens : il s’agissait de réaliser un certain nombre de choses correspondant à ce que souhaitaient les citoyens. Il a été élu sur trois grands thèmes, l’urbanisme, les équipements publics et la participation des citoyens et a essayé de les mettre en œuvre de la meilleure façon possible.<br />
<br/><br />
<em>1er mandat</em><br />
<br/><br />
L’une des premières actions a consisté à réfléchir à la restructuration d’un quartier de la commune. Plutôt que de faire appel à un architecte-urbaniste, il a été décidé de lancer un concours d’idées auprès des habitants. Cela a très bien fonctionné : une quinzaine de structures associatives (parents d’élèves, commerçants, etc.) ont fait des propositions très intéressantes, les gens étant sensibles à la façon dont vivait le quartier. Le quartier a ainsi été restructuré en fonction de celles-ci.<br />
Suite à l’abandon par le domaine universitaire de 45 hectares et en raison de la pression foncière, il a par ailleurs été décidé de demander au préfet de mettre 200 hectares de la commune en zone d’aménagement différé (pour geler les prix du foncier) et d’urbaniser les 45 hectares, l’aménagement devant se faire en partant de la vie quotidienne des habitants. Cela s’est fait sous la forme d’une zone d’aménagement concerté en régie directe. Un groupe technique, appelé « groupe ZAC », a été créé par la commune, avec les services communaux, un urbaniste, une sociologue, un bureau d’études techniques et 5-6 élus. Le groupe a commencé par définir les objectifs politiques pour la réalisation du quartier : faire un habitat pour tous, donc mettre en place un nombre de logements sociaux assez important, assurer un équilibre entre les logements sociaux et les autres. Le groupe a travaillé en liaison étroite avec les habitants, notamment ceux du quartier voisin. La sociologue a travaillé avec ces derniers sur le plan d’ensemble de la ZAC. De plus, plusieurs équipements ont été définis et réalisés avec les usagers. Une crèche collective d’une soixantaine de places a, par exemple, été élaborée : une équipe de mères de famille a suivi toutes les étapes du projet (conception, chantier, définition du poste de la directrice, recrutement de celle-ci, mise en place d’un conseil de crèche qui assure la gestion de celle-ci dans le cadre du budget donné par le conseil municipal). Faute de temps, les participants étaient essentiellement des structures associatives. C’est un point que la municipalité a ensuite cherché à corriger. Suite à des discussions avec des syndicats de salariés du bâtiment, une maison des travailleurs a également été mise en place, financée en partie par les entreprises qui sont intervenues : avant que les travailleurs n’arrivent sur les chantiers, des locaux ont été construits pour le repos, les repas, mais aussi pour permettre la rencontre des travailleurs des différents chantiers, la tenue de comités d’hygiène et de sécurité, la formation des travailleurs, etc. Les locaux ont ensuite été intégrés dans une école.<br />
La possibilité a été prévue d’aménager les choses progressivement (et non pas de tout faire immédiatement). Il a donc été demandé à une sociologue de suivre la façon dont les habitants prenaient possession du quartier et de discuter avec eux. Avec les services techniques de la commune, un certain nombre d’adaptations ont alors été faites dans le quartier (espaces de jeu, circulation, etc.).<br />
Il était important de favoriser les capacités d’expression des citoyens. Pour ce faire, une association a été créée. Elle était dotée d’un certain budget lui permettant, via un journal, de faire de l’information de manière complètement indépendante de celle qui était faite par la commune elle-même. Il y avait un permanent. Les associations s’y exprimaient, de même qu’un certain nombre de citoyens.<br />
<br/><br />
<em>2nde mandat</em><br />
<br/><br />
Une nouvelle opération d’urbanisme a été engagée. Dans le cadre du conseil municipal et avec les habitants, des discussions ont eu lieu autour de la question de savoir s’il fallait ou non urbaniser. Les habitants ont d’abord répondu par la négative, mais en raison de la crise du logement et de la pression du marché immobilier, le mouvement d’opposition s’est finalement transformé.<br />
Un « atelier public d’urbanisme » a alors été mis en place par la commune, ce qui a beaucoup mobilisé les habitants (et pas seulement des institutionnels ou pseudo-institutionnels). La commune a indiqué quelles étaient ses exigences (en termes de logements sociaux, par exemple) et précisé qu’elle attendait des habitants des propositions concernant l’endroit où cela allait se faire, les modalités, etc. Pour leur permettre de travailler, la commune a mis à leur disposition un animateur (un urbaniste) chargé de faire une transcription en image de ce que les habitants souhaitaient, un secrétariat et des locaux pour qu’ils puissent travailler. L’atelier public d’urbanisme a travaillé pendant environ dix mois, puis a fait des propositions concernant la définition de la partie de la commune à urbaniser, le nombre de logements, la voirie, etc. Le conseil municipal est tombé d’accord sur un certain nombre de choses (à l’exception d’une nette divergence concernant une  voirie importante traversant la ZAC), puis la procédure de création de ZAC a été engagée.<br />
L’atelier public d’urbanisme a, ensuite, continué à travailler de façon plus détaillée avec un architecte chargé de coordonner les différentes opérations. Il a été consulté sur un certain nombre de sujets, par exemple le problème de la préservation des espaces naturels, l’aménagement et l’entretien des espaces verts, la vie sociale et l’organisation de l’habitat, etc. Suite aux discussions entre l’architecte, les élus, l’atelier public d’urbanisme et les opérateurs, le quartier s’est mis en place petit à petit.<br />
Une pré-attribution des logements a été faite au moment du permis de construire, en négociation avec deux bailleurs sociaux. Trois groupes d’habitat groupé autogéré ont par ailleurs été constitués (ce qui est cependant difficile à mettre en œuvre sur le plan juridique et qui pose un problème de surcoût d’opération). Enfin, une convention a été signée, fin 1982, avec la Ministre de la famille Georgina Dufoix sur l’association des habitants à la réalisation d’un quartier, le contrôle de l’attribution des logements en liaison avec les organismes HLM, la manière d’assurer la gestion des logements et la façon de mettre en place des structures de gestion du quartier.<br />
<br/><br />
<strong>Expériences de militant (association « Un toit pour tous »)</strong><br />
<br/><br />
L’association « Un toit pour tous » travaille essentiellement sur la région urbaine grenobloise. Elle comprend une trentaine de salariés, 300 adhérents individuels et regroupe une trentaine d’associations (associations caritatives, associations de gestion de problèmes d’hébergement, confédérations de locataires, etc.). Elle fait un certain nombre de choses en matière logement pour les plus défavorisés.<br />
L’action de l’association a débuté, il y a une vingtaine d’années, par l’acquisition, grâce à des aides publiques importantes, de logements anciens répartis dans le tissu urbain. Ces logements sont achetés et rénovés par une structure dans l’association. Puis, ils sont loués à des personnes en difficulté (problèmes financiers, sociaux). Leur gestion est confiée à une agence immobilière à vocation sociale (AIVS). Le système de gestion est beaucoup plus proche des gens que le système des bailleurs sociaux : il s’agit d’une gestion locative adaptée (le suivi des personnes y est beaucoup plus important).<br />
Actuellement, l’AIVS gère 300 logements possédés par la structure qui achète et rénove. Elle est également en charge de la gestion de 180 logements que des propriétaires privés acceptent de louer à des prix relativement proches de ceux des logements sociaux. Pour cela, ils passent une convention, en général pour 6 ans. Ils bénéficient d’aides publiques (aide ponctuelle, défiscalisation, etc.). En liaison avec un assureur (MACIF), une garantie de paiement de loyer et de dégradation leur est accordée. Par ailleurs, l’association gère 70 hébergements d’insertion.<br />
L’association mène également des actions de sensibilisation de l’opinion publique, mais aussi des élus pour les amener à prendre les décisions qui lui paraissent souhaitables en matière de logement et notamment celui des plus défavorisés. La pression exercée sur les élus locaux en matière de politique du logement porte petit à petit ses fruits : l’association est devenue un interlocuteur reconnu dans ce cadre.<br />
L’association travaille à l’échelle des quartiers, mais aussi de la région urbaine. Elle a d’ailleurs des difficultés à faire travailler les élus à la bonne échelle, ceux-ci étant en quelque sorte prisonniers de leur mandat géographique. Elle essaie, par exemple, de les amener à prendre des décisions en matière de politique foncière qui soient à la bonne échelle. L’Etat la charge, en outre, de certaines missions en matière d’hébergement d’urgence.<br />
<br/><br />
<strong>Discussion</strong><br />
<br/><br />
L’exemple de l’association « Un toit pour tous » est intéressant car il s’agit d’une des modalités possibles de la participation : la volonté politique vient de la population qui veut interférer avec les choix politiques des élus.
</div>
<p><br/><br/></p>
<div id="page-4">
<h3>Jean-Patrick GILLE, « La représentation politique et les formes de la participation citoyenne : expériences d’élu »</h3>
<p>Jean-Patrick Gille est actuellement député d’Indre-et-Loire et conseiller municipal de la ville de Tours. Auparavant, il était 1er adjoint de la ville chargé des quartiers. Dans ce cadre, il a essayé de monter des mécanismes de démocratie participative qui perdurent. <br/><br />
Il est parti de l’idée selon laquelle les gens doivent pouvoir s’investir dans la vie de la cité. Or, en matière de politique de la ville, il y avait une obligation de concertation avec les habitants. Cependant, celle-ci n&rsquo;étant pas satisfaisante, il a essayé de faire quelque chose de différent, de plus participatif, d’inverser l’initiative.<br/><br />
Le plus important a été le face-à-face avec le bailleur. Au fil du temps, le rapport entre celui-ci et les habitants a changé. Les pratiques du bailleur ont par ailleurs évolué. Des réunions ont également été organisées en matière de sécurité. <br/><br />
Des mini-groupes de travail sur des sujets ont été constitués (comités d’usagers). Ces pratiques ont été transférées au niveau de la ville toute entière. De même, des comités de suivi ont été mis en place sur des quartiers qui posent problème, tels que le Vieux Tours ou les Deux Lions. Des réunions étaient organisées tous les premiers jeudi du mois. Cependant, cela n’a pas fonctionné aux Deux Lions.<br/><br />
En 2001, un dispositif a été organisé sur l’ensemble de la ville : quatre conseils de la vie locale (CVL) ont été créés (Nord, Sud, Est et Ouest), composés de représentants des habitants, tirés au sort, de représentants d’associations d’habitants et de comités de quartier, d’élus municipaux et de représentants des services publics de proximité. Au début, les CVL étaient animés par des élus, désormais ils sont co-animés par des élus et des représentants des habitants. Ils disposent d’un budget participatif (« budget d’investissement » initialement de 25 000 € et aujourd’hui de 35 000 €). Il s’agissait d’articuler trois légitimités : celle de l’onction démocratique qui caractérise l’élu, celle des services techniques (légitimité technocratique) et celle des habitants/usagers (qui ont une expertise d’usage). La participation des habitants peut d’ailleurs être un moyen pour l’élu de se sortir du face-à-face avec les techniciens ou d’autres groupes d’influence. En parallèle, Jean-Patrick Gille souhaitait monter un forum prospectif sur l’avenir de la ville à 15/20 ans, cependant cela n’a finalement pas été mis en place. <br/><br />
L’idée des CVL est de passer d’une logique d’interpellation à une logique de concertation ou de consultation, mais aussi de donner aux habitants une capacité d’initiative. C’est possible puisqu’ils définissent l’ordre du jour et qu’ils disposent d’un budget (ex : passerelle Fournier). Il n’existe pas, en revanche, de mécanisme qui viendrait directement impacter le budget de la ville, peut-être faute de volonté politique en ce sens.<br/><br />
Le rôle de l’élu est de faire vivre le débat public, mais aussi d’assumer les décisions. Il a également un rôle de médiateur.<br/><br />
Même si, de l’aveu-même de Jean-Patrick Gille, les dispositifs décrits ci-dessus sont sans doute critiquables et ont d’ailleurs été critiqués, ils ont créé une culture de la consultation auprès du public, mais aussi des services (tout projet doit ainsi avoir une annexe consultation). Sur dix ans, 700 personnes ont été consultées.
</div>
<p><br/><br/></p>
<div id="page-5">
<h3>Discussion</h3>
<p><strong>La concertation relative aux projets structurant de la ville de Tours</strong><br/><br />
Elle est insuffisante en termes d’élaboration, de réflexion, les projets n’étant pas suffisamment pris en amont. Ceci est très lié à l’élu qui porte le projet. Il faudrait mettre en place des ateliers de travail avec les habitants. Les comités de suivi qui ont été développés sur ces projets sont, en revanche, une réussite.<br />
<br/><br />
<strong>La concertation relative au réaménagement du quartier des casernes à Tours</strong><br />
La ville n’est pas partie d’une feuille blanche. Un concours d’idées n’a pas, par exemple, été organisé. Pour autant, deux opérations de concertation ont été menées en parallèle par l’atelier d’urbanisme en charge de celle-ci : le CVL de Tours Est qui était demandeur sur ce projet y a été associé, de même qu’un autre groupe d’habitants. Pour l’instant, ces groupes sont un peu en attente d’une étape prochaine (acquisition des terrains, etc.). Le temps de la construction de ce quartier étant très long, il est possible que les habitants qui étaient là au début ne seront pas les mêmes que ceux qui seront associés à la fin. Il en va de même pour les élus.<br />
<br/><br />
<strong>Comparaison entre la participation à Meylan et à l’Alma-Gare à Roubaix</strong><br />
A Meylan comme à l’Alma-Gare à Roubaix, les habitants ont presque entièrement participé au projet d’aménagement d’un quartier. Dans les deux cas, un atelier populaire d’urbanisme a été monté, intégrant des sociologues, des habitants, des experts, etc. Cependant, à Meylan, on est parti d’une feuille blanche, avec un concours d’idées, et on a participé pour l’aménagement d’un quartier. En revanche, à Roubaix, on est parti d’une contestation contre le projet de la ville. La participation des habitants s’y est donc faite contre l’aménagement d’un quartier. Mais, que l’on participe pour ou contre quelque chose, il s’agit bien de la participation dans les deux cas.<br />
<br/><br />
<strong>La question de l’évaluation des élus</strong><br />
Il n’y a pas d’évaluation possible des élus, la seule sanction qui existe étant constituée par l’absence de réélection en fin de mandat. Les élus ne sont pas mandatés.<br />
<br/><br />
<strong>Le rôle des partis politiques</strong><br />
Il s’agit d’une dimension du système démocratique français dont on parle trop peu. La désignation des candidats est un problème important. Ce sont eux qui portent la chose politique et se retrouvent investis d’un certain nombre de tâches sans que la façon dont ils ont été choisis pour l’assumer n’ait quelque transparence que ce soit. C’est une des difficultés de la démocratie représentative actuelle.<br />
Le problème est que les qualités qu’il faut pour se faire élire ne sont pas nécessairement celles qu’il faut pour être un bon élu.
</div>
</div>
]]></content:encoded>
			<wfw:commentRss>https://seminaires.eclips.univ-tours.fr/?feed=rss2&#038;p=271</wfw:commentRss>
		<slash:comments>0</slash:comments>
		</item>
		<item>
		<title>Résumés</title>
		<link>https://seminaires.eclips.univ-tours.fr/?p=227</link>
		<comments>https://seminaires.eclips.univ-tours.fr/?p=227#comments</comments>
		<pubDate>Mon, 09 Feb 2015 12:58:47 +0000</pubDate>
		<dc:creator><![CDATA[thomas]]></dc:creator>
				<category><![CDATA[Résumé]]></category>
		<category><![CDATA[Seminaire 2]]></category>

		<guid isPermaLink="false">http://seminaires.eclips.univ-tours.fr/?p=227</guid>
		<description><![CDATA[Télécharger les résumés en Pdf Accéder directement au résumé de l&#8217;une des interventions : &#187;&#160;M.Carrel &#187;&#160;A. Vitiello &#187;&#160;R. &#038; M-A. Leman Marion CARREL, Faire participer les habitants ? Citoyenneté et pouvoir d’agir dans les quartiers populaires Marion Carrel est l’auteure d’une thèse en sociologie portant sur les questions de participation dans la politique de la [&#8230;]]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p><br/>
<p class="download"><a href="http://seminaires.eclips.univ-tours.fr/wp-content/uploads/2015/02/resumes_2.pdf">Télécharger les résumés en Pdf</a></p>
<p><br/>Accéder directement au résumé de l&rsquo;une des interventions :<br/></p>
<ul class="menu">
<li><a class="scrollTo" href="#page-1">&raquo;&nbsp;M.Carrel</a></li>
<li><a class="scrollTo" href="#page-2">&raquo;&nbsp;A. Vitiello</a></li>
<li><a class="scrollTo" href="#page-3">&raquo;&nbsp;R. &#038; M-A. Leman</a></li>
</ul>
<div id="resume">
<div id="page-1">
<h3>Marion CARREL, Faire participer les habitants ? Citoyenneté et pouvoir d’agir dans les quartiers populaires</h3>
<p>Marion Carrel est l’auteure d’une thèse en sociologie portant sur les questions de participation dans la politique de la ville. Elle s’y demande pourquoi la question de la participation des habitants revient sans cesse et essaye de comprendre les difficultés éprouvées en la matière par les professionnels, élus, représentants de l’Etat et des collectivités<sup>1</sup>. <br/><br />
Elle a accepté de nous parler du livre récemment publié qui en est issu<sup>2</sup>. Elle y démontre notamment que la participation n’est pas qu’une question de méthode puisque, pour la même méthode observée dans plusieurs endroits, les effets peuvent être très différents (effets dramatiques de récupération de la participation ou, au contraire, effets intéressants dans l’institution, dans le quartier, en termes de mouvement social, d’interpellation). C’est également une question de dynamisme associatif à l’endroit où les choses sont menées, de volonté politique et de clarté des objectifs poursuivis à travers la participation.<br />
<br/><br />
<strong>Présentation de l’enquête</strong><br />
<br/><br />
L’enquête porte sur le fonctionnement de la politique de la ville à Grenoble à différentes échelles : celles d’un quartier, de la ville et de l’agglomération. Trois méthodes participatives ont notamment été observées : <br/><br />
<strong>&bull;&nbsp;Les groupes de qualification mutuelle</strong> (animation, sur une douzaine de journées, de temps en travail entre habitants des quartiers populaires et agents de terrain dialoguant et produisant un état des lieux des problèmes dans le quartier et dans l’institution) ont pour but de donner à voir les dysfonctionnements de l’institution et donner de la matière aux institutions pour qu’elles puissent améliorer leur intervention. <br/><br />
<strong>&bull;&nbsp;Le théâtre-forum</strong> (avec la compagnie Naje) utilise le support du théâtre pour partir de récits de vie et pousser à la subjectivation, le but étant de comprendre quelle place on peut jouer dans la société.  <br/><br />
<strong>&bull;&nbsp;L’auto-médiatisation</strong> vient de « moderniser sans exclure » qui utilise le support vidéo pour faire travailler dans les entreprises, les institutions, les services sociaux, sur la parole du bas de la hiérarchie. C’est une production par les « gens d’en bas » d’un croisement de récits entre ce qu’ils vivent et ce qu’en pensent tous les niveaux de hiérarchie. Il s’agit d’une manière de produire un support de discussion sur des conflits, des dysfonctionnements et d’ouvrir le débat sur des questions de justice sociale, etc.<br />
<br/><br />
<strong>Questions de fond</strong><br />
<br/><br />
Un problème se pose, notamment en France, au sujet de la citoyenneté et de la pauvreté. La condition de pauvre a longtemps empêché l’acquisition du statut de citoyen. Même dans la démocratie représentative, il existe un « cens caché » puisque toute une partie de la population n’est pas représentée<sup>3</sup>. Or, celui-ci ressurgit dans la démocratie participative.<br />
Il y a une auto-exclusion très forte des habitants de quartiers populaires vis-à-vis de la chose publique : les pauvres restent souvent « inouïs » dans l’espace public (Dominique Boulier, 2009). D’une part, ils ne sont pas entendus. D’autre part, leur manière de s’exprimer ne cadre pas avec celle dont la majorité des responsables, des professionnels s’expriment.<br />
Il existe deux analyses distinctes de la participation dans les quartiers populaires, diamétralement opposées. Certains, tels Jean-Pierre Garnier et Denis Goldschmidt, voient dans la participation une comédie, un simulacre<sup>4</sup>. Selon eux, les inégalités sont telles dans la société que la participation est forcément de la récupération, de la manipulation. Cela joue même contre la démocratie, les mécanismes d’inégalité étant accentués à travers ces dispositifs. En revanche, pour d’autres, la participation est un levier pour l’émancipation des quartiers populaires. Ainsi, Archon Fung et Erik Olin Wright parlent de « contre-pouvoir délibératif » et estiment qu’il peut y avoir émancipation, lutte contre les inégalités, prise de pouvoir (empowerment) dans la mise en place de la participation. Par ailleurs, pour Jacques Rancière, le postulat d’égalité entre les gens encourage l’égalité réelle, la subjectivation et l’émancipation citoyenne.<br />
Pour dépasser le clivage entre ces deux analyses de la participation, il est proposé d’adopter une approche marquée par l’anthropologie de la citoyenneté, à l’instar de Catherine Neveu. Autrement dit, les tâtonnements des administrations pour faire participer les habitants doivent être analysés empiriquement. Cette approche révèle que l’apathie politique des habitants des quartiers populaires n’est qu’apparente : ces derniers ont des temps et des moments où ils mettent en lien ce qu’ils vivent, leurs difficultés et leurs richesses avec des questions d’intérêt général, des politiques publiques. Or, les liens qu’ils font ne sont pas forcément vus, compris ou visibles.<br/><br />
Pour enquêter, l’auteure s’est inspirée de deux grands courants théoriques : <br/><br />
<strong>&bull;&nbsp;La délibération et l’inégalité</strong> : la délibération (débat, échange public d’arguments) pourrait apporter de l’émancipation. L’idéal délibératif se heurte à la question des inégalités. Les théories de la délibération (notamment celle de Jürgen Habermas) ont été beaucoup critiquées pour être trop éloignées des questions d’inégalité<sup>5</sup>. Certains rejettent même la délibération au motif qu’elle reproduit les inégalités sociales. D’autres, en revanche, reprennent ces théories délibératives pour les améliorer sur la question des inégalités. Les théoriciens distinguent trois pistes pour lutter contre la reproduction des inégalités dans la délibération :<br/><br />
<strong>&bull;&nbsp;L’activisme délibératif </strong>: la démocratie délibérative est doublement révolutionnaire<sup>6</sup>. D’une part, pour avoir une vraie délibération dans la société, il faudrait qu’il y ait une égalité. D’autre part, la délibération suppose une transformation dans les pratiques institutionnelles (moins de hiérarchie, plus de contre-pouvoirs, etc.). Pour Archon Fung, soit on attend de révolutionner la société, soit on fait de l’activisme délibératif, c’est-à-dire distiller dans un monde inégalitaire autant de délibération que possible (ex : désobéissance civile). C’est ce dont s’inspirent les « artisans de la participation » étudiés (professionnels militants de la participation).<br/><br />
<strong>&bull;&nbsp;La conception pluraliste de la délibération</strong> (Iris Marion Young) : le pluralisme est recherché, ce qui permet aux différences sociales d’être reconnues et de devenir des ressources. La différence (être pauvre, immigré, mal parler français, …) doit être comprise et écoutée, elle peut être utile pour comprendre les dysfonctionnements des institutions.<br/><br />
<strong>&bull;&nbsp;L’empowerment</strong> (développement du pouvoir d’agir) : M.-H. Bacqué et C. Biewener montrent bien que, dans l’empowerment comme dans la participation, il y a des projets politiques très distincts<sup>7</sup>. Il y a trois logiques dans l’empowerment : la vision radicale qui vient de la lutte pour les droits civiques aux Etats-Unis et pour laquelle il s’agit, par la lutte, de défendre des droits et de s’organiser pour la défense de ses droits, le but étant que les institutions prennent ces questions à bras le corps ; la vision néo-libérale dans laquelle la prise de responsabilité des individus dans une idée de baisse des institutions, des services publics, de retrait de l’institution (c’est à la population de prendre en charge ses propres problèmes) ; la vision sociale-libérale (intermédiaire) qui cherche à transformer les institutions mais est moins marquée par la lutte contre les inégalités. De même, il faut essayer de comprendre ce que l’on recherche à travers la participation : est-ce qu’il s’agit de questionner l’institution ou de donner de l’émancipation aux catégories populaires ? Si l’on se place maintenant du côté des transformations sociales, il existe deux modes bien distincts d’empowerment : le mode traditionnel (celui d’Alinski), à savoir la lutte (par ex., v. le « community organizing ») et la mise en place de contre-pouvoirs délibératifs.<br/><br />
<strong>&bull;&nbsp;La publicisation des problèmes sociaux : </strong><br />
Certaines questions posées par les services publics sont non-publiques : elles restent ignorées, non « visibilisées », non comprises (ex : violence aux guichets). Ce qui est intéressant, c’est de se demander comment ces problèmes peuvent devenir publics (ex : un collectif d’habitants s’en empare, un fonctionnaire fait grève)<sup>8</sup>. John Dewey montre à quel point l’enquête est importante dans le processus de publicisation (ex : noter l’occurrence des faits, essayer de comprendre d’où ça vient, ce qui se passe en termes de DRH). Quand un problème devient public, cela signifie qu’il est controversé : on est passé de la violence au conflit, ce qui est l’enjeu de la démocratie. C’est par là que des personnes en situation d’inégalité peuvent faire entendre leurs problèmes. Ce conflit peut être porté par différents acteurs (médias, mouvements sociaux, administration).<br />
Nina Eliasoph montre, au sujet des associatifs, qu’une même personne peut selon les endroits (situation publique ou privée) être apathique ou, au contraire, être consciente des enjeux politiques, voire très politisée. Il en va de même en ce qui concerne les habitants des quartiers populaires : en situation publique, ils sont très souvent en posture d’autolimitation à des questions personnelles, privées, alors qu’ils ont par ailleurs beaucoup de questions sur l’intérêt général et de sens de la justice et de l’action publique.<br />
<br/><br />
<strong>Le terrain</strong><br />
<br/><br />
<strong>&bull;&nbsp;Les réunions publiques qui fonctionnent mal</strong><br />
L’injonction participative a produit des ravages dans les quartiers populaires. Ainsi, la participation, mal conçue<sup>9</sup>, renforce les stéréotypes. D’une part, elle renforce les stéréotypes des habitants sur les élus et les fonctionnaires : il ne servirait à rien de voter. D’autre part, elle renforce les stéréotypes des institutions et des professionnels sur les habitants : il ne servirait à rien de faire de la participation étant donné que les habitants sont toujours sur le conflit.<br />
<br/><br />
<strong>&bull;&nbsp;Les méthodes utilisées par les artisans de la participation</strong><br />
Des artisans de la participation mènent des méthodes participatives dans les quartiers populaires plus rassurantes sur la manière dont la parole des habitants de ces quartiers peut être perçue, entendue, écoutée par des professionnels, des élus et être traversée par tout un processus de délibération, de participation produisant certains effets.<br />
<br/><br />
Les personnes observées arrivent à faire travailler ensemble des habitants et des professionnels (souvent des agents de terrain) et à leur faire coproduire une enquête sur ce qui fonctionne et ce qui ne fonctionne pas. Cela ne va pas de soi et est source de beaucoup de conflits. Pourtant, par certaines méthodes, des questions de fond sont pointées. Sont ainsi mis en place des artéfacts d’égalité : cela passe par la reconnaissance d’une place égale (les habitants ont des savoirs que les autres n’ont pas et qui peuvent être utiles), l’indemnisation des habitants (à hauteur du SMIC sur toutes ces journées de travail), la sociabilité (une des manières de lutter contre l’inégalité dans la délibération est d’avoir des formes de discussion moins imposantes que des discussions froides sur des dispositifs, en utilisant par exemple le théâtre, la vidéo) ou encore par le fait de donner place au discours privé ou de s’appuyer sur des associations et des groupes. <br/><br />
Les méthodes utilisées par les artisans de la participation révèlent cependant cinq tensions que l’on retrouve dans toute posture participative :<br />
&bull;&nbsp;Education ou émancipation ? L’animation peut être coercitive, tout en étant au service de l’émancipation. Cela peut poser certaines questions en pratique (ex : des habitants qui se plaignent de telle ou telle règle de travail ensemble). Cela entre en tension avec la production que doit rendre le groupe.<br/><br />
&bull;&nbsp;Le repoussoir de l’habitant professionnel (le spectre de la délégation) : les artisans de la participation observés repoussent la figure de l’habitant professionnel. Ils cherchent les « vrais » gens, ceux qui sont en colère, énervés (et qui sont plutôt écartés des dispositifs participatifs d’habitude) car c’est porteur de questions de fond. Mais, cela contourne les associations revendicatives (ex : associations de locataires, partis politiques).<br/><br />
&bull;&nbsp;La démarche collective (le spectre de l’injonction participative) : il s’agit de la crainte des artisans de la participation de rester sur un travail se limitant à quelques habitants isolés. Par ces petits noyaux, des transformations vont se faire. Cependant, une fois que les artisans de la participation ont terminé, l’individu qui était isolé peut à nouveau se retrouver complètement isolé et ne pas pouvoir vivre une suite à ce qu’il a vécu. Les artisans de la participation font donc en sorte d’articuler ce qui se passe dans ces groupes avec des associations, des mouvements sociaux, pour qu’il y ait des liens entre la participation individuelle et des formes collectives de participation.<br/><br />
&bull;&nbsp;La dépendance aux commanditaires (le spectre de la récupération) : il s’agit ici de la question relative à la dépendance des artisans de la participation vis-à-vis des commanditaires (les collectivités locales) et à la lutte contre la récupération, difficile à mettre en place. <br/>La question de la professionnalisation de la participation peut également poser question.<br />
&bull;&nbsp;« Enfermés dans un bocal » ? Échelles et diffusion des expériences : les artisans de la participation travaillent en quelque sorte dans un bocal. La question de la diffusion dans la société de l’expérience qui se passe en petits groupes (mini-publics) se pose. Elle doit notamment être reliée à d’autres causes, d’autres réseaux associatifs ou militants.<br />
<br/><br/><br />
<strong>Conclusion </strong><br />
« Tout ce qui est fait pour nous sans nous est fait contre nous » (Ghandi, Mandela). Les capacités d’action et de réflexion des habitants ne doivent pas être sous-estimées.<br />
<br/><br/><br />
<strong>DISCUSSION</strong><br />
<br/><br />
<strong>La co-construction avec les habitants des futurs contrats de ville</strong><br />
Il est prévu que les habitants les co-écrivent les futurs contrats de ville. Plusieurs questions se posent, concernant la manière de les associer, le degré de concertation. Les retours des habitants vont également conduire à interroger les institutions (Etat, collectivités). Le délai étant très contraint, ces dernières se demandent comment mettre en place la co-construction du contrat de ville avec les habitants. Les habitants qui y participeraient seraient associés à des conseils-citoyens.<br />
Il va falloir créer des pratiques permettant de prendre au sérieux la parole des habitants dès le départ, mettre en place des dispositifs soucieux des questions d’inégalité dans les prises de parole : par exemple, interdire l’utilisation de sigles. Cela demande du temps et de l’argent et une réflexion sur les objectifs poursuivis : est-ce que l’on veut juste répondre à la loi et faire semblant que l’on co-construit le contrat de ville ou bien est-ce que l’on veut réellement qu’il y ait co-construction de celui-ci avec les habitants ? Pour Marion Carrel, il y a cinq préconisations pour que la participation soit réellement utile pour tous (émancipation des gens et améliorations des pouvoirs publics) :<br />
Volontarisme politique et clarification des objectifs : en interne, les collectivités et les services de l’Etat doivent clarifier les objectifs poursuivis (pourquoi, comment).<br />
Coproduction d’une enquête dans la durée : il faut associer dès le départ (ie dès les premières réflexions) les habitants à l’enquête.<br />
Questions de techniques d’animation, de méthodes.<br />
Articulation avec les mouvements sociaux : il ne faut pas évacuer le conflit. Travailler avec la parole conflictuelle est essentiel. Le conflit est porteur de participation, comme l’illustre la rénovation du quartier de l’Alma-Gare à Roubaix dans les années 1970.<br />
Lien avec la décision : tout travail participatif doit avoir un lien avec la décision. S’il n’est pas très fort, il doit au moins être explicité.<br />
<br/><br />
<strong>La question du temps</strong><br />
La temporalité est une question importante, souvent réduite de la manière suivante : lorsque le projet est amené à la population, il a déjà une temporalité, ce qui est très inégalitaire (l’habitant arrive sur une question qui a déjà été travaillée). Au contraire, les habitants doivent être associés à la concertation dès le départ. Par ailleurs, les questions d’empowerment et d’émancipations se placent dans un temps long. La temporalité est parfois brandie comme un problème : les institutions n’auraient pas la même temporalité que les habitants. Certes, mais il existe des points de discussion pour peu que la concertation soit temporellement intéressante : il ne va pas se passer grand-chose avec une concertation dont on estime qu’elle se réduira par exemple à deux réunions de deux heures.<br />
<br/><br/><br />
<sup>1</sup>&nbsp;Ces questions sont éminemment d’actualité. A ce propos, il convient notamment de mentionner le rapport rédigé par Marie-Hélène Bacqué et Mohammed Mechmache à la commande du ministre de la ville sur les questions participatives montrant qu’il y a de fortes attentes sur ce que les pouvoirs publics mettront en place en termes d’encouragement au développement du pouvoir d’agir des habitants des quartiers et des associations (Pour une réforme radicale de la politique de la Ville. Citoyenneté et pouvoir d’agir dans les quartiers populaires, Rapport remis à François Lamy, ministre délégué chargé de la Ville, Juill. 2013). Une loi sur la politique de la ville, nourrie par ce rapport (quoique insuffisamment), est d’ailleurs en cours de finalisation. Par ailleurs, suite à ce rapport, une journée nationale pour la création d’une coordination nationale des habitants des quartiers populaires s’est tenue le samedi 8 février 2014, l’objectif étant que les associations de quartiers puissent se coordonner au niveau local et national pour peser sur la gouvernance de la politique de la ville.</p>
<p><sup>2</sup>&nbsp;M. Carrel, <em>Faire participer les habitants ? Citoyenneté et pouvoir d’agir dans les quartiers populaires</em>, ENS Editions, 2013.</p>
<p><sup>3</sup>&nbsp;D. Gaxie, <em>Le cens caché</em>, Éditions du Seuil, Sociologie politique, 1978.</p>
<p><sup>4</sup>&nbsp;J.-P. Garnier et D. Goldschmidt, <em>La comédie urbaine ou La cité sans classes</em>, 1977. Il s’agit de la critique marxiste de ce que le gouvernement mettait en place en matière participative à l’époque des luttes urbaines.</p>
<p><sup>5</sup>&nbsp;Par ex., v. les critiques d’Iris Marion Young, Lynn Sanders et Axel Honneth.</p>
<p><sup>6</sup>&nbsp;A. Fung, « Délibérer avant la révolution », Participations, n° 1, 2011/1, p. 311-334.</p>
<p><sup>7</sup>&nbsp;M.-H. Bacqué et C. Biewener, <em>L&rsquo;empowerment, une pratique émancipatrice</em>, La Découverte, Politique et sociétés, 2013.</p>
<p><sup>8</sup>&nbsp;J. Dewey, <em>Le public et ses problèmes</em>, 1923. Ses travaux portent sur la capacité de la société à comprendre l’administration.</p>
<p><sup>9</sup>&nbsp;Marion Carrel prend l’exemple d’une réunion de concertation animée par un élu et un professionnel au cours de laquelle la présentation d’un projet de rénovation urbaine est faite, suivie d’un débat où s’exprime une grande colère des habitants.
</div>
<p><br/></p>
<div id="page-2">
<h3>Audric VITIELLO, L’empowerment : trajectoire et limites d’une perspective sociopolitique</h3>
<p>Les tensions inhérentes au fonctionnement-même des pratiques participatives ou même d’empowerment font la richesse, voire le succès, des thématiques de la participation et de l’empowerment. Ces termes sont extrêmement polysémiques.<br />
Ces dispositifs sont habités d’une tension entre deux grandes finalités : une finalité politique (il s’agit d’aboutir à une décision plus démocratique) et une finalité pédagogique au sens fort d’éducation, de rééducation des individus participants, en sorte qu’ils développent leur pouvoir d’agir et deviennent réellement citoyens de leur activité. Or, cette tension est extrêmement profonde et a des effets extrêmement lourds : elle aboutit à ce que les dispositifs mis en place soient animés de deux logiques contradictoires en même temps.<br />
Ainsi, la politique du point de vue démocratique s’inscrit dans une logique autonome d’expression des citoyens en situation égalitaire. Pour la pédagogie, c’est exactement l’inverse : c’est une logique de formation, asymétrique puisque quelqu’un forme et que quelqu&rsquo;un d’autre est formé. Autrement dit, les dispositifs participatifs et/ou d’empowerment sont animés à la fois d’une logique égalitaire et d’une logique inégalitaire. Cela aboutit à ce que l’on puisse avoir des interprétations différentes des mêmes dispositifs en fonction des acteurs qui les animent, certains voulant faire prévaloir la dimension politique et d’autres la dimension pédagogique. Quoi qu’il en soit, on ne peut jamais véritablement éliminer l’une ou l’autre sans perdre ce qui fait la caractéristique de ces dispositifs. On est donc toujours dans une démocratie en débat (débat dans le dispositif mais aussi sur le dispositif). En d’autres termes, le conflit dans le dispositif et sur le dispositif est quelque chose de normal. Il est logique de ne pas avoir les mêmes opinions sur la manière de débattre.<br />
La tension entre la dimension politique et la dimension pédagogique doit être creusée autour de la question de l’empowerment et, ce, à deux niveaux de tension.<br />
<br/><br />
<strong>I. Le premier niveau de tension &#8211; la portée de l’empowerment : est-ce qu’on en attend exclusivement une transformation des individus ou est-ce qu’on en attend également une transformation des institutions et des structures sociales ? </strong><br />
<br/><br />
Marie-Hélène Bacqué et C. Biewener montrent que la notion d’empowerment émerge dans les années 1960 dans le travail social. Elle est ensuite reprise par des mouvements sociaux (mouvements communautaires de libération des droits et mouvements féministes). Dans un cas comme dans l’autre, c’est une logique d’intervention sociale, de transformation en luttant contre l’apathie réelle ou supposée des membres de la société et contre les structures sociales qui produisent cette apathie. L’empowerment articule trois dimensions de transformation : une dimension individuelle (il s’agit de faire en sorte que les individus reprennent confiance en eux, qu’ils acquièrent un minimum de compétences pour comprendre les situations auxquelles ils doivent faire face), une dimension interindividuelle (il s’agit de recréer du lien social, permettre la formation de collectifs dans la société civile où les individus peuvent échanger leurs expériences et servir de base pour une éventuelle mobilisation dans l’espace public) et une dimension de transformation politique au niveau des interventions et des prises de décision dans l’espace public. L’empowerment regroupe ces trois dimensions, auxquelles on peut ajouter une dimension économique dans laquelle les acteurs ont accès à un pouvoir y compris de se procurer leurs ressources par leurs propres moyens.<br />
Une fois que la logique de formation des individus a été introduite, il n’y a qu’un pas entre formation, transformation et conformation : il suffit de réorienter la logique du système pour qu’on puisse faire de l’empowerment non plus un outil de transformation, de changement de l’individu et de la société, mais un outil de conformation de l’individu aux besoins de la société. C’est typiquement ce qui se produit avec la réinterprétation néolibérale (par la banque mondiale) et sociale-libérale (par l’ONU et un ensemble de gouvernements de la troisième voie) du terme dans les années 1990. Dans ce cas, le pôle individuel est en effet accentué (ce qui compte, c’est que l’individu soit transformé), alors que la question de la transformation des structures sociales et politiques est quasiment évacuée.<br />
Finalement, la volonté de transformer les individus, présente dans l’empowerment et dans les dispositifs participatifs, peut être liée à des perspectives sociales et politiques très différentes parce qu’elle est foncièrement ambivalente.<br />
La question se pose de savoir si ce pouvoir producteur d’individualité va produire de la liberté ou pas. Une auteure américaine qui a travaillé sur l’empowerment du point de vue foucallien montre que toute l’histoire de l’empowerment aux Etats-Unis est reliée à l’ambivalence de la volonté d’empowerment, vecteur de transformation ou de conformation. Cela fournit une piste pour essayer distinguer ce qui fait qu’à un moment on se trouve dans la conformation et à autre dans la transformation. On est dans une logique d’empowerment transformateur/émancipateur quand on débouche sur une organisation collective de la société civile relativement durable. L’empowerment ne se réduit donc pas à un moment d’intervention : s’il est efficace, il doit produire des effets sur la durée et transformer les subjectivités. L’empowerment devient émancipateur/transformateur à la condition qu’il serve de point de départ d’une dynamique qui est nécessairement imprévisible. Cependant, cette imprévisibilité est extrêmement difficile à assumer pour les commanditaires et les organisateurs (les artisans de la participation).<br />
<br/><br />
<strong>II. Le second niveau de tension : quelle inégalité les dispositifs d’empowerment et de démocratie participative entendent-ils combattre ? A quel type de public s’adresse-t-on, autrement dit cherche-t-on à impliquer tous les citoyens ou seulement certaines catégories spécifiques de citoyens ?</strong><br />
<br/><br />
Globalement, ce sont les catégories sociales « dominantes » qui participent le plus (« cens caché »). Cet empowerment qui égalise les statuts du citoyen et du dirigeant redouble les inégalités existant entre les citoyens : l’inégalité sociale devient une inégalité politique flagrante.<br />
Mais, l’empowerment peut également s’intéresser à certaines catégories sociales, particulièrement défavorisées, difficiles à attirer spontanément. Ici, l’enjeu n’est pas tellement de développer l’autonomie des citoyens en général, mais de développer l’égalité entre les citoyens.<br />
Ces deux objectifs (égaliser les citoyens et les élus et développer l’égalité entre les citoyens) ne sont pas incompatibles. Idéalement, il faudrait qu’il y ait les deux à la fois. Mais, articuler les deux n’a rien d’évident : dans un cas, le dispositif tend à l’homogénéité (promotion d’un modèle) et, dans l’autre, à l’hétérogénéité (adaptation du modèle aux situations et publics particuliers).<br />
Cette tension peut appeler à clarifier les dispositifs, mais aussi à distinguer les espaces entre ceux dédiés à égaliser citoyens et élus et ceux destinés à égaliser les citoyens entre eux (ex : création d’espaces publics institutionnels où il y ait un certain accès à la décision). L’empowerment au sens strict (volonté d’égaliser les catégories de citoyens entre eux) prendrait la forme de publics intermédiaires.<br />
Le problème de l’accès à la décision se pose : en l’absence d’un tel accès, il y a des effets de démobilisation massive, en particulier dans les publics qui sont a priori les moins disposés à participer. Autrement dit, faire de l’empowerment en public intermédiaire sans accès à la décision risque de ne pas produire grand-chose. Mais, un autre problème se pose, celui de la légitimité pour prendre une décision commune, en cas de public intermédiaire.<br />
<br/><br />
<strong>Conclusion</strong><br />
L’un des enjeux que pose cette question de l’équilibre et des tensions inhérentes à la participation est celui du statut des animateurs. La question la professionnalisation des animateurs se pose. Souvent, il s’agit d’anciens militants devenus professionnels en recyclant leur capital militant. Ce modèle domine très largement. La question qui va se poser est celle de la relève : les jeunes générations peuvent-elles être formées à la participation uniquement par un système universitaire, sachant qu’il n’y a pas de modèle idéal de la participation ? Un diplôme peut-il garantir que l’on ait un certain regard sur sa propre activité ? La posture historiquement militante qui se traduit habituellement par une certaine réflexibilité sur ses propres pratiques ne peut pas disparaitre.<br />
<br/><br />
<strong>DISCUSSION</strong><br />
<br/><br />
<strong>Sur la question de l’éducation, de la formation</strong><br />
S’agissant de l’éduction populaire, est-ce qu’on est plutôt dans la transformation de la société ou est-on au contraire dans la conformation des idées dominantes et des institutions telles qu’elles sont pourtant remises en cause ? Tant que cela demeure du bénévolat, on se trouve du côté de la transformation, mais dès que cela devient professionnalisé, il existe un risque de récupération.<br />
<br/><br />
<strong>Sur la capacité des professionnels de la participation à s’organiser </strong><br />
Les professionnels sont censés créer du collectif, alors qu’entre eux ils sont incapables d’apporter des éléments sur l’émergence de leur métier. Ceci est logique puisqu’ils sont par ailleurs en concurrence. Les trajectoires sont très différentes entre ceux qui viennent du monde militant, les fonctionnaires et ceux qui sont formés par le système universitaire.<br />
<br/><br />
<strong>Sur la question des valeurs </strong><br />
Quand on parle de participation, d’empowerment, de démocratie délibérative, etc., que l’on associe étroitement aux logiques de politique de la ville, on a tendance à faire comme si ces  notions ne concernent qu’un univers particulier (politique de la ville), des professionnels particuliers (travailleurs sociaux qui ne travailleraient que sur ces territoires), alors que ces notions traversent l’ensemble des politiques urbaines. Elles croisent très fréquemment des situations de mouvements sociaux liés à l’école ou encore à la santé. En ghettoïsant ces notions autour de la politique de la ville, on occulte la dimension d’analyse politique, dont il ne faut pourtant pas se passer. Par exemple, il ne suffit pas de dire que l’on ne sait pas ce que veulent les commanditaires. La discussion doit être remontée au-delà des concepts. Les concepts s’inscrivent dans une réalité sociale.
</div>
<p><br/></p>
<div id="page-3">
<h3>Roger et Marie-Agnès LEMAN, L&rsquo;Alma-Gare à Roubaix</h3>
<p>Habitant à Roubaix depuis 1962, Roger et Marie-Agnès Leman ont créé un atelier d’urbanisme, l’Atelier Populaire d’Urbanisme, avec les habitants du quartier de l’Alma, où ils ont résidé de leur arrivée dans la ville jusqu’en 2000.<br />
<br/><br />
<strong>Le point de départ</strong><br />
En 1966, le maire de Roubaix annonce au Conseil municipal la disparition des courées de l’Alma. Les habitants vont alors se mobiliser contre le projet de rénovation urbaine imposé par la municipalité. L’atelier populaire d’urbanisme créé au début des années 1970 et réunissant des habitants et des techniciens élabore un contre-projet. Le schéma directeur du quartier élaboré par les habitants est présenté à la mairie et finalement validé par celle-ci en 1977.<br />
<br/><br />
<strong>Leur action</strong><br />
A leur arrivée à Roubaix, les mentalités étaient marquées par le patronat, la SFIO et l’idéologie catholique. Il a fallu « réveiller » les habitants et les faire exister. Pendant toute leur action (une quinzaine d’années), trois principes vont guider les habitants de l’Alma-Gare : « on agit, on réfléchit, on construit ». Finalement, ils ont fait beaucoup de choses qui n’ont jamais pu se faire ailleurs.<br />
Dès le départ, ils ont soumis des idées neuves. Par exemple, ils n’ont pas créé une association au sens juridique du terme, mais ont mis en place une permanence tous les mercredis soir où chaque habitant pouvait venir, suivant les problèmes qu’il rencontrait. Ils ont, par ailleurs, créé l’aide technique aux habitants ou encore l’écrivain public (collectif).<br />
Ils ont fait des stages de formation pour le prix des loyers ou encore la surface corrigée. Les premières années, ils ont ainsi mené des actions sur le logement (calcul de la surface corrigée, faire baisser le loyer), actions en justice (ils en ont gagné 200).<br />
Ils ont recréé un centre social, véritable outil de développement dans un quartier. Il existe toujours et c’est même le pivot du quartier. En revanche, il n’existe plus de comité de quartier.<br />
La présence des femmes dans le quartier, qui à cette époque travaillaient peu, était très importante : elles réunissaient les gens, créaient des petits comités d’habitants dans les courées, participaient aux réunions et aux manifestations.<br />
<br/><br />
<strong>Le fonctionnement de l’Atelier Populaire d’Urbanisme</strong><br />
Tous les mercredis, les habitants du quartier se réunissaient pour discuter des problèmes du quartier. Ils menaient des actions « bon-enfant ».<br />
Des techniciens (architectes notamment) ont été envoyés par l’Etat au service des habitants. Des réunions étaient organisées entre eux et les habitants dans chaque rue et dans chaque maison, le but étant de déterminer si telle ou telle maison devait être rasée ou non. Le schéma directeur du quartier a ainsi été élaboré par les habitants avec l’aide de ces derniers.<br />
Un habitant a été embauché, appelé « permanent habitant » (actuellement, ils sont dix à Roubaix).<br />
Les habitants de l’Alma-Gare ont enfin bénéficié de l’important soutien du maire de Roubaix.<br />
<br/><br />
<strong>L’Alma-Gare depuis sa rénovation</strong><br />
Après la reconstruction du quartier, les habitants ont tous été relogés dans les logements neufs. La vie sociale y a été maintenue (système de coursives).<br />
Cependant, les HLM n’ont pas su maitriser le peuplement (arrivée de la drogue). Par ailleurs, la mixité sociale, vécue au début, n’a pas perduré avec l’abandon de l’aide à la personne et la mise en place de l’aide personnalisée au logement. Les cadres et les classes moyennes ne sont pas restés : elles avaient plus intérêt à accéder à la propriété que de rester dans ces logements en location.<br />
<br/><br />
Marie-Agnès et Roger Leman sont venus nous parler de la rénovation du quartier Alma-Gare à Roubaix dans les années 70, considérée comme un exemple emblématique de planification urbaine participative. Y habitant depuis 1962, ils ont en effet créé un atelier d’urbanisme, « l’Atelier Populaire d’Urbanisme » (APU), avec les habitants du quartier de l’Alma-Gare, où ils ont résidé de leur arrivée à Roubaix jusqu’en 2000.<br />
<br/><br />
<strong>L’histoire de l’Alma-Gare</strong><br />
En 1966, le maire de Roubaix annonce au Conseil municipal la destruction des courées de l’Alma et leur remplacement par des bâtiments d’architecture moderne. Les habitants vont rapidement se mobiliser contre le projet de rénovation urbaine ainsi imposé par la municipalité.<br />
L’Association Populaire Familiale va notamment organiser une campagne sur les conditions désastreuses d’habitat à Alma-Gare, revendiquer pour les habitants du quartier le droit de participer activement à l’aménagement de celui-ci et, à l’inverse de la municipalité, se prononcer pour le maintien du cadre bâti préexistant et de la population d’origine.<br />
Créé en février 1973 afin de permettre aux habitants de discuter avec les autorités municipales et les techniciens du projet de rénovation, l’APU obtient en 1977 le soutien de l’Etat qui lui assure une assistance technique par l’ABAC (équipe parisienne composée de trois architectes, un sociologue et un juriste).<br />
Au même moment, un groupe de travail est mis en place pour élaborer un nouveau plan d’urbanisme pour Alma-Gare. La collaboration entre les habitants et les architectes de l’ABAC aboutit à l’élaboration d’une carte-affiche exprimant des idées définies par les habitants eux-mêmes pour la transformation de leur quartier. La carte-affiche de l’APU est discutée par l’ensemble des parties du groupe de travail (habitants, techniciens, élus) et sera validée par le conseil municipal pour devenir le document officiel de la rénovation.<br />
<br/><br />
<strong>Les pratiques habitantes</strong><br />
Pendant toute leur action (une quinzaine d’années), trois principes vont guider les habitants de l’Alma-Gare : « on agit, on réfléchit, on construit ». Leurs initiatives leur ont permis de faire beaucoup de choses qui n’ont jamais pu se faire ailleurs.<br />
Dès le départ, ils ont soumis des idées neuves. Par exemple, ils n’ont pas créé une association au sens juridique du terme, mais ont mis en place une permanence tous les mercredis soir où chaque habitant pouvait venir, suivant les problèmes qu’il rencontrait. Les habitants du quartier se réunissaient ainsi pour discuter des problèmes du quartier. Ils ont, par ailleurs, créé l’aide technique aux habitants ou encore l’écrivain public (collectif). A la suite de stages de formation qu’ils ont fait concernant le prix des loyers ou encore la surface corrigée, ils ont mené des actions sur le logement (calcul de la surface corrigée, baisse des loyers), des actions en justice (ils en ont gagné 200).<br />
Outre les actions « bon-enfant » qu’ils menaient, ils ont recréé un centre social, véritable outil de développement dans un quartier, qui existe toujours.<br />
Des réunions étaient en outre organisées entre les techniciens envoyés par l’Etat au service des habitants et ces derniers dans chaque rue et dans chaque maison, le but étant de déterminer si telle ou telle maison devait être rasée ou non. Un habitant a également été embauché, appelé « permanent habitant » (actuellement, ils sont dix à Roubaix).<br />
Enfin, la présence des femmes dans le quartier, qui à cette époque travaillaient peu, était très importante : elles réunissaient les gens, créaient des petits comités d’habitants dans les courées, participaient aux réunions et aux manifestations.
</div>
</div>
]]></content:encoded>
			<wfw:commentRss>https://seminaires.eclips.univ-tours.fr/?feed=rss2&#038;p=227</wfw:commentRss>
		<slash:comments>0</slash:comments>
		</item>
		<item>
		<title>Résumés</title>
		<link>https://seminaires.eclips.univ-tours.fr/?p=94</link>
		<comments>https://seminaires.eclips.univ-tours.fr/?p=94#comments</comments>
		<pubDate>Thu, 22 Jan 2015 08:33:16 +0000</pubDate>
		<dc:creator><![CDATA[thomas]]></dc:creator>
				<category><![CDATA[Résumé]]></category>
		<category><![CDATA[Seminaire 1]]></category>

		<guid isPermaLink="false">http://seminaires.eclips.univ-tours.fr/?p=94</guid>
		<description><![CDATA[Télécharger les résumés en Pdf Accéder directement au résumé de l&#8217;une des interventions : &#187;&#160;S. Bresson &#187;&#160;P. Mozol &#187;&#160;C. Neveu &#187;&#160;B. Metais &#187;&#160;J-L. Galliot Sabrina BRESSON, Introduction ECLIPS est un programme de recherche de trois ans financé par la région Centre et porté par deux équipes de l’université de Tours : le CITERES et le [&#8230;]]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p><br/>
<p class="download"><a href="http://seminaires.eclips.univ-tours.fr/wp-content/uploads/2015/01/Resumes_17_10_2013.pdf">Télécharger les résumés en Pdf</a></p>
<p><br/>Accéder directement au résumé de l&rsquo;une des interventions :<br/></p>
<ul class="menu">
<li><a class="scrollTo" href="#page-1">&raquo;&nbsp;S. Bresson</a></li>
<li><a class="scrollTo" href="#page-2">&raquo;&nbsp;P. Mozol</a></li>
<li><a class="scrollTo" href="#page-3">&raquo;&nbsp;C. Neveu</a></li>
<li><a class="scrollTo" href="#page-4">&raquo;&nbsp;B. Metais</a></li>
<li><a class="scrollTo" href="#page-5">&raquo;&nbsp;J-L. Galliot</a></li>
</ul>
<div id="resume">
<div id="page-1">
<h3>Sabrina BRESSON, Introduction</h3>
<p>ECLIPS est un programme de recherche de trois ans financé par la région Centre et porté par deux équipes de l’université de Tours : le CITERES et le LERAP. Il réunit des chercheurs de différentes disciplines, essentiellement de la sociologie, du droit et de la science politique. Il associe également des partenaires non académiques : agences d’urbanisme d’Orléans et de Tours, le Polau, plusieurs élus de Joué-lès-Tours, de Saint-Pierre-des-Corps, de Fleury-les-Aubrais et de Saint-Jean-de-Braye. </p>
<p>		Le projet trouve son point de départ dans des travaux de recherche antérieurs, notamment un programme sur l’habitat participatif. En effet, depuis quelques années, la notion de participation prend une place accrue dans le vocabulaire de l’action publique, particulièrement sur les questions urbaines. Les questions relatives à la participation ont été largement analysées dans le cadre des études urbaines. Ainsi, en France depuis la fin des années 1990 et le début des années 2000, de nombreux travaux décrivent les lieux de la « démocratie locale » (conseils de quartier, réunions de concertation, etc.) qui témoignent de la volonté des décideurs publics, d’une part, d’impliquer davantage les citoyens dans la fabrication de la ville et, d’autre part, du monde associatif, du monde militant et des habitants à faire entendre leur voix. Les exigences du développement durable et de la cohésion sociales sont venues renforcer cette tendance. La participation est finalement devenue un « impératif » (L. Blondiaux et Y. Sintomer).</p>
<p>		Pourtant, la notion de participation est assez mal définie, à la fois dans le discours et dans la pratique de trois catégories d’acteurs : les acteurs institutionnels (élus et les techniciens des villes), les acteurs professionnels (architectes, urbanistes, etc.) et les habitants (et les associations faisant le relai auprès des citadins). Depuis les travaux de S. R. Arnstein sur l’échelle de la participation, de nombreux auteurs ont décrit les différents degrés d’implication des citadins dans les projets et ont montré que la « coopération symbolique » (S. R. Arnstein) est rarement dépassée : les habitants ne prennent pas véritablement part au processus de décision et ne participent pas directement à la mise en œuvre des projets. Et, dans le cas où l’on observe une participation effective des habitants, ce sont toujours les mêmes catégories de population qui sont représentées. Et, à l’inverse, d’autres sont absentes.</p>
<p>		L’objectif d’ECLIPS est de faire une focale sur les populations préalablement identifiées par d’autres chercheurs comme étant absentes ou ayant du mal à se faire entendre dans le cadre des processus participatifs : les femmes, les immigrés, les précaires et les jeunes. Se pose ainsi la question de la capacité des habitants à mobiliser leurs savoirs dans les dispositifs participatifs mis en place et, plus particulièrement, les savoirs « déniés » (H. Nez). Ainsi, il a été choisi, dans le cadre du programme ECLIPS, de parler d’« expertise citoyenne/habitante », pour contrebalancer la vision parfois technocratique de la ville, de la production du logement : il existe des savoirs liés à l’expérience même d’habiter (« savoirs d’usage ») ; or, chaque catégorie de population est porteuse de connaissances, de compétences spécifiques. Mais, tous les habitants ne disposent pas des mêmes ressources pour exprimer ce savoir. Cette question des inégalités est centrale dans ECLIPS, celle-ci étant une limite importante de la participation. C’est ce dont il sera en partie question aujourd’hui.</p>
<p>		Lors de ce premier atelier d’ECLIPS, consacré aux « limites, obstacles, insuffisances et dysfonctionnements » de la participation, deux chercheurs présenteront ainsi leur réflexion sur la participation et confronteront par là même deux approches, celles du droit et de la sociologie. Patrick Mozol, qui est maître de conférences en Droit public à l’Université de Tours, membre du comité du pilotage d’ECLIPS et qui a consacré sa thèse à la participation du public à la vie municipale, présentera le cadre institutionnel, les dispositifs participatifs mis en place en France. Il interrogera le « droit de la participation » et le « droit à la participation » et montrera qu’il y a un manque de reconnaissance et que des résistances perdurent aussi bien du point de vue des élus que des citoyens. Puis, Catherine Neveu, qui est anthropologue, directrice de recherche CNRS dans un laboratoire de l’EHESS à Paris et qui a animé plusieurs recherches en France et en Europe sur la participation des habitants et sur la citoyenneté, reviendra sur quelques limites de la participation. Elle se penchera sur les populations « exclues » ou mal représentées dans les dispositifs participatifs, puis réfléchira aux cas où il y a effectivement de la participation mais que l’on n’identifie pas nécessairement comme telle. Ces deux interventions permettront de réfléchir au décalage qui existe entre la définition institutionnelle de la participation et les difficultés de la mise en pratique, les difficultés à reconnaître les autres lieux de la citoyenneté. </p>
<p>		L’après-midi, deux acteurs de terrain présenteront des expériences en cours à Tours ou dans la communauté d’agglomération de Tours. Bénédicte Métais, Chargée d’étude environnement-énergie à l’Agence Tours Urbanisme, parlera de la mise en place d’ateliers participatifs dans le cadre de la reconversion des casernes de Beaumont-Chauveau à Tours. Puis, Jean-Luc Galliot, maire de Notre Dame d’Oé et vice-Président de la Communauté d&rsquo;Agglomération Tour(s) Plus nous fera part de son expérience d’élu et des projets participatifs en cours sur sa commune. Ils partageront les difficultés qu’ils rencontrent dans la pratique.</p>
<p>		Avant chaque atelier d’ECLIPS, un dossier bibliographique sera transmis afin que les participants puissent s’imprégner des thématiques qui seront soulevées. Ainsi, pour cette séance, quatre textes ont été sélectionnés :<br />
M.-H. Bacqué et M. Gauthier, « Participation, urbanisme et études urbaines », Participations, 1/2011 (n° 1), p. 36-66 (v. p. 51-55, « Les pratiques participatives : bilan et questions de recherche »).<br />
L. Blondiaux, « Démocratie locale et participation citoyenne : la promesse et le piège », Mouvements, 2001/5 (n° 18), p. 44-51.<br />
C. Neveu, « Habitants, citoyens : interroger les catégories », in M.-H. Bacqué et Y. Sintomer (dir.), La démocratie participative : histoires et généalogies, Paris, La Découverte, 2011, p. 39-50.<br />
H. Bertheleu et C. Neveu, « De petits lieux du politique : individus et collectifs dans des instances de « débat public » à Tours », Espaces et sociétés, 1/2006 (n° 123), p. 37-51.
</p></div>
<div id="page-2">
<h3>Patrick MOZOL, La démocratie participative locale : entre réalité et illusion </h3>
<p>Il s’agit ici de se pencher sur les impacts du droit sur la pratique participative. En effet, si la pratique participative est sans doute encore limitée, c’est vraisemblablement en partie à cause du droit qui n’est pas suffisamment incitatif, voire contraignant dans la mise en jeu de la participation.</p>
<p>		Ainsi, la représentation, qui trouve son fondement dans le principe de souveraineté nationale, implique que la conduite des affaires de la collectivité soit la tâche de représentants élus. Ceci explique sans doute que la démocratie participative locale ait d’abord été une question d’usages communaux : elle doit bien plus aux initiatives locales et expérimentations (ex : conseils de quartier à la fin du XIX° s.-début du XX° s.), qu’aux textes eux-mêmes. Sous la V° République, le principe de libre-administration des collectivités locales et l’évolution du discours politique sur la démocratie participative ont cependant offert de nouvelles perspectives. Dans les années 1970, l’on a par ailleurs assisté à une forte poussée revendicative des participationnistes (v. not. l’ADELS et les groupes d’action municipale). L’article 1er de la loi de 1982 a finalement consacré le principe participatif, attestant de la volonté des pouvoirs publics de s’emparer de la question participative. La loi de 1992 relative à l’administration territoriale de la République ainsi que d’autres textes érigèrent ensuite le droit des habitants à être consultés sur les textes qui les concernent comme « un principe essentiel de la démocratie locale ». </p>
<p>		Se pose cependant la question de la portée et de l’effectivité réelles de ce principe. Or, la démocratie participative locale apparaît à la fois comme une institution en situation d’inachèvement et comme une pratique en manque de reconnaissance.</p>
<p>		Certes, les lois de décentralisation ont contribué à la formation d’un droit de la participation. En premier lieu, de nombreuses pratiques extra-légales ont été officialisées et encadrées juridiquement. Par exemple, la consultation locale, dont la première expérience remonte à 1888, a été légalisée et son utilisation encadrée par la loi de 1992 (v. aussi les lois de 1995 et 2004 ayant procédé à la réécriture partielle de son régime juridique). Par ailleurs, les comités consultatifs ont été légalisés par la loi de 1992. Les conseils de quartier ont en outre vu leur dimension institutionnelle renforcée par la loi de 2002 relative à la démocratie de proximité et obligeant les villes de 80 000 habitants et plus à créer de tels conseils. En second lieu, des mécanismes participatifs inédits ont été créés. La loi constitutionnelle de 2003 relative à l’organisation décentralisée de la République a ainsi mis en place le référendum local (procédé de démocratie semi-directe permettant à toute collectivité territoriale de soumettre à la décision de ses électeurs les projets de délibération relevant de sa compétence), ainsi que le droit de pétition au niveau local (faculté pour les électeurs d’une collectivité locale de solliciter l’inscription à l’ordre du jour d’une assemblée locale d’une question relevant de sa compétence).</p>
<p>		Cependant, la participation à la gestion des affaires publiques locales peine à s’affirmer en tant que véritable droit pour les administrés des collectivités locales. D’une part, la démocratie participative locale reste d’essence fondamentalement volontariste. Sa mise en œuvre est largement verrouillée par le droit au profit des autorités locales. Par exemple, le référendum local ne peut être organisé que sur l’initiative de l’assemblée locale de la collectivité ou, dans certains cas, sur celle de son exécutif. Dans le même ordre d’idées, les comités consultatifs sur les questions d’intérêt communal « peuvent » être mis en place par les conseils municipaux. La démocratie participative apparaît plutôt comme un complément de la démocratie représentative, avec laquelle elle doit se combiner et se concilier. D’autre part, les procédures participatives obligatoires ont une place marginale et se limitent, pour l’essentiel, à deux types de structures : les conseils de quartier, dont la création n’est rendue obligatoire que pour les villes de 80 000 habitants et plus et dont la consultation n’est que facultative pour l’exécutif municipal. A l’inverse, les commissions consultatives des services publics locaux que les collectivités territoriales et les EPCI de plus de 10 000 habitants sont tenues de mettre en place doivent être impérativement consultées sur les projets de délégation de service public, par exemple. Cependant, dans la mesure où la participation citoyenne s’effectue exclusivement par le biais de représentants issus d’associations locales, elle se révèle plus diluée. </p>
<p>		De plus, les élus locaux se montrent majoritairement réticents envers le « jeu de la participation ». Si la participation constitue un élément d’enrichissement de l’action publique, etc., les objections des élus locaux à la participation sont nombreuses : facteur potentiel de dilution du pouvoir, risque de voir la participation détournée, « le temps et l’argent » (alourdissement de la procédure décisionnelle et coût de la participation). Par conséquent, de nombreuses municipalités limitent les procédures participatives au minimum imposé par les textes. Par exemple, certains conseils de quartier ne sont que des coquilles vides, d’autres sont de simples chambres d’enregistrement. </p>
<p>		A la réticence des élus locaux s’ajoute un phénomène de « désaffection citoyenne » pour la vie publique locale. La faible implication des citoyens dans la vie publique locale s’explique de plusieurs manières. Le caractère peu attractif des mécanismes participatifs existants constitue une première explication. L’impact limité de la participation sur les projets en constitue une seconde : il s’agit le plus souvent de mécanismes de consultation que de participation (ex : observations formulées par le public dans le cadre de l’enquête publique). Par ailleurs, la participation se trouve confisquée par un faible nombre d’habitants et monopolisée par une catégorie d’individus. Par conséquent, les précaires, les immigrés, les jeunes, etc., sont sous-représentés dans les instances participatives. Et, s’il existe des institutions ayant pour but de favoriser l’intégration de ces populations, elles restent peu plébiscitées par les municipalités.</p>
<p>		En somme, on reste dans une logique de démocratie représentative, où la participation ne doit pas aller à l’encontre du pouvoir de décision des élus.</p>
<p>Discussion </p>
<p>Sur l’existence d’instances participent qui ciblent certaines populations considérées comme des exclues des processus plus généraux<br />
Il y a eu un double obstacle. Ainsi, les conseillers municipaux étrangers associés ont été censurés par le juge administratif (CE, 2 avr. 1993, Cne de Longjumeau c. Wilzer) car la prise de parole de ces conseillers lors des conseils municipaux a été considérée comme illégale. Cela a par conséquent découragé certaines initiatives. Quant aux conseils consultatifs étrangers, certaines municipalités y étaient plutôt défavorables car, s’agissant d’instances spécifiques, il y avait un risque de créer des problématiques spécifiques et de les marginaliser un peu plus. Elles préféraient par conséquent des structures ouvertes à tous (ex : commissions consultatives sur des questions déterminées, conseils de quartier).</p></div>
<div id="page-3">
<h3>Catherine NEVEU, Retour sur quelques limites de la participation</h3>
<p>Il s’agit ici d’adopter une approche empirique et non normative des questions de participation et de citoyenneté et de s’intéresser aux processus par lesquels les individus, les groupes, les institutions, se fabriquent des positions de citoyenneté.</p>
<p>		Pour commencer, un bref rappel historique sur la participation, notion floue et qui a beaucoup de succès, doit être fait, le but étant de souligner pourquoi il a été considéré, dans la période récente, qu’il était nécessaire de faire de la participation. Dans ses formes récentes, l’idée de participation s’enracine, dans les années 1960, dans des mouvements de contestation radicaux aux Etats-Unis (sur la notion d’empowerment, v. les travaux de M.-H. Bacqué). En France, l’idée d’une participation accrue des citoyens à la décision publique a connu ses heures de gloire dans les années 1960 dans plusieurs courants de la gauche (ex : groupes d’action municipale, les expériences de comités de quartier à Roubaix). Elle est alors conçue comme un instrument de contestation du système politique, celle-ci se développant dans le cadre des luttes urbaines. Aujourd’hui, elle est complétée par d’autres dimensions. Après une éclipse dans les années 1980, il y a eu un renouveau dans les années 1990. Mais, cette fois-ci, ce sont plutôt les élus qui ont été le moteur de la participation (ex : mise en place de consultations, concertations sur les questions d’urbanisme et d’environnement). Il y a eu beaucoup d’initiatives, dont on ne connaît cependant pas toujours les objectifs : les logiques sont souvent très différentes et ne sont pas toujours explicitées. </p>
<p>		Finalement, la participation est une notion assez indéterminée et les usages qui peuvent en être faits sont très divers. L’attirance des élus ou des institutions pour la participation s’explique de différentes manières (à ce propos, v. L. Blondiaux, Le nouvel esprit de la démocratie. Actualité de la démocratie participative, Seuil, Coll. La République des Idées, 2008, qui parle d’« impensé politique ») :<br />
Les conflits politiques et moraux sur la bonne manière de vivre ensemble, d’organiser la ville, ont augmenté, rendant nécessaire la mise en place d’espaces de discussion.<br />
Les citoyens ordinaires sont considérés comme étant de plus en plus compétents (produisant des compétences qui peuvent être nécessaires à l’action publique) et sont, de ce fait, associés à la discussion.<br />
La participation pourrait être un remède potentiel à la dissolution des liens de solidarité, à l’individualisme envahissant.<br />
La légitimité de l’Etat, seul à définir l’intérêt général, est remise en question. </p>
<p>		Deux conditions doivent être réunies pour que les expériences participatives fonctionnent : il faut un véritable enjeu à la discussion et un dispositif crédible (permettant de contribuer à la définition/pertinence du projet).</p>
<p>		Les exclusions des dispositifs de participation. Souvent, les expériences participatives sont orientées dans une optique de pacification et de consensus. Les discours les plus revendicatifs sont sanctionnés. On favorise certains types d’argumentation (rationnelle, détachée, abstraite, qui monte en généralité) et sont, à l’inverse, exclus l’expression des émotions, le parler en nom propre, ce qui met à l’écart certaines catégories sociales et un certain nombre de positions. Les groupes minorisés ont peu de chance d’y trouver leur place. Or, ceci n’est pas uniquement lié à des incompétences des citoyens. Dans la majorité des cas, les inégalités politiques sont nettement renforcées par la mise en œuvre des dispositifs participatifs : absence des jeunes, des populations étrangères, des groupes précaires, prépondérance des classes moyennes, des personnes ayant un fort bagage culturel, notamment. La plupart sont déjà membres d’associations. La figure du citoyen ordinaire et de l’habitant lambda est donc un peu fantasmatique. Globalement, ceux qui participent à ces expériences ont un profil semblable à ceux qui participent par ailleurs aux élections, enquêtes publiques, associations, etc. Ceci s’explique, entre autres, par le fait que les dispositifs en question reposent sur des compétences rhétoriques, ainsi que sur des formes de temps libre. L’absence de traduction ou encore de prise en charge matérielle (ex : problèmes de garderie) constituent d’autres explications. </p>
<p>			Finalement, il y a un risque de privatisation au profit de quelques-uns d’un espace public censé être représentatif de l’ensemble de la population. La nécessité se fait donc ressentir, d’une part d’être un peu plus au clair sur les objectifs de la participation (cherche-t-elle à révéler des conflits afin de les prendre en compte et en charge ou bien a-t-elle pour but de pacifier ?) et, d’autre part, de porter une attention aux formes matérielles de celle-ci (ex : cadre, régulation des temps de parole). Pour diversifier la participation, d’autres remèdes ont pu être envisagés, comme le tirage au sort (en général, les personnes tirées au sort s’investissent avec constance et dévouement (limite : ces dispositifs tendent à mettre à l’écart les associations et la société civile organisée), l’appel à un tiers neutre (professionnel).</p>
<p>Les autres formes de participation, non instituées par la loi. Il existe des formes de participations bien plus diversifiées que les formes classiques et plus inclusives des populations (cf. Marion Carrel), tels les groupes de « théâtre forum » (sur la question du chômage et de l’emploi) et de « qualification mutuelle » (groupes de travail réunissant des demandeurs de logements sociaux et des fonctionnaires, salariés des services municipaux du logement social sur les mécanismes d’attribution de logements sociaux). Concernant les seconds, on observe des effets d’acquisition de compétences, des formes d’empathie réciproque et, surtout, du côté des demandeurs des effets de subjectivation politique (processus d’empowerment permettant la reconquête d’une dignité de ne plus se vivre comme quémandeur mais citoyen ayant des droits et demandant des comptes sur la manière dont est pensée, organisée la politique du logement). Les groupes de « théâtre forum » permettent, quant à eux, des formes d’expression qui ne sont pas celles de l’argumentation rationnelle, mais s’appuyant sur le vécu, l’expérience des gens. Cependant, ces deux dispositifs présentent également des limites, liées au fait qu’il s’agit d’expérimentations : outre la nécessité d’une forte volonté politique pour que les choses bougent, la question de la pérennisation de ces expériences se pose.</p>
<p>		Les pratiques invisibles/peu visibles ou « invisibilisées ». Il faut sortir de la vision capacitaire de la citoyenneté et s’intéresser à des formes plus ordinaires de participation (mais aussi légitimes que les autres). A ce propos, il convient de s’intéresser au travail de Laetitia Overney à la Duchère sur le Groupe de Travail Interquartier. Il s’agit ici de rendre visibles les compétences de ceux qui vivent dans les quartiers d’habitat social ou les quartiers populaires. La citoyenneté et la participation ne doivent plus être pensées comme des pratiques prédéfinies, mais il faut considérer les habitants comme modulant leurs pratiques citoyennes. Ainsi, le Groupe de Travail Interquartier à La Duchère est un collectif informel dont le travail repose sur la vigilance, l’attention prêtée aux autres, à l’environnement, aux gens avec lesquels on habite (« care », souci de l’autre) et est basé sur le suivi au quotidien de ce qui se passe dans le quartier. La vigilance se forge dans des attachements à des espaces, à des voisins. Laetitia Overney analyse également les commissions « Cadre de Vie » en marchant, toujours à la Duchère. Elle montre que cette manière de participer et de contribuer au débat sur le quartier, son avenir et sa transformation est en prise avec les usages du quartier qu’ont les habitants, mais en même temps que ce n’est pas une simple expertise d’usages. Cette prise des gens avec les usages du quartier par les habitants est aussi une capacité critique et réflexive des participants sur des questions plus globales que le constat par l’expérience de la manière dont tel ou tel espace est occupé. La question de la vigilance comme compétence citoyenne est extrêmement importante. Cette vigilance s’inscrit, par ailleurs, dans une temporalité longue et sur une observation régulière et quotidienne. Elle repose sur une présence corporelle dans le quartier. La vigilance s’oppose, finalement, à une logique d’abstraction : elle s’ancre dans des expériences, des pratiques, du vécu, elle s’inscrit sur des formes d’attachement à des choses concrètes, des personnes, des manières de vivre, des types de relation.</p>
<p>		Conclusion. Il faut être conscient des limites, paradoxes, difficultés dans la mise en œuvre des dispositifs de participation. Il convient de penser à la forme (temps de parole, organisation de la salle, statut des responsables dans la hiérarchie, …), sous peine de produire des effets d’exclusion extrêmement rapides. La présence d’un tiers neutre est également importante. Il y a par ailleurs des enjeux de formation des élus, des administrateurs, des professionnels sur ces questions. Il faut sortir de la vision capacitaire et pédagogique de la citoyenneté, être attentif aux « arts de faire » (De Certeau), aux pratiques invisibles ou invisibilisées, et être sensible aux attachements (à des lieux, groupes, espaces) comme ressources de citoyenneté (et ne pas les considérer comme des obstacles). Les espaces/formes de participation sont en effet multiples/complémentaires. Enfin, il existe des zones « grises », tels les « pavillons sauvages » à Toulouse, formes de coopération conflictuelle, d’« ensauvagement des institutions » : il s’agit d’un centre social autogéré investi par des militants radicaux qui étaient opposés à la transformation d’une caserne en résidence de standing. On y trouve désormais des espaces permettant aux habitants du quartier d’accéder à l’informatique, une garderie, un espace intergénérationnel pour les personnes âgées du quartier, un jardin partagé, etc. La municipalité a trouvé l’expérimentation intéressante, mais elle n’a pas voulu l’institutionnaliser. Un compromis a été trouvé : cet espace fonctionne en dehors de la loi, tout en étant banalisé par les services municipaux (panneaux) ; les militants radicaux ont accepté de limiter certaines de leurs activités pour rentrer dans un cadre de compromis avec les institutions municipales ; à l’inverse, ces dernières ont accepté de fonctionner dans une zone grise. </p>
<p>Discussion </p>
<p>Sur l’intervention d’un tiers neutre<br />
La question de l’intermédiation et, donc, de l’intervention d’un tiers neutre (ou tiers « garant », expression de Loïc Blondiaux) est intéressante : pour que les parties (habitants et décideurs publics) puissent comprendre les contraintes et les enjeux du projet pour chacune d’elles, il est nécessaire que quelqu’un fasse l’intermédiaire. Il peut s’agir de professionnels, de quelqu’un qui fait partie de l’organigramme de services municipaux (à condition qu’il ait une position dans la hiérarchie et dans l’organigramme qui lui laisse une véritable latitude), du directeur/de la directrice d’un centre social, d’un citoyen. Quoi qu’il en soit, l’existence d’une telle figure dans les instances de participation résulte d’une réelle volonté politique.<br />
Cependant, l’appel à un tiers peut également constituer le moyen pour un élu de « botter en touche ». De plus, la question de la légitimité de l’intervention de certains tiers neutres, tels les commissaires enquêteurs dans le cadre des enquêtes d’utilité publique, se pose (v. not. la manière dont ils définissent les personnes concernées).</p>
<p>Sur la question de l’empowerment<br />
Il existe une première version émancipatrice et collective de l’empowerment, issue des années 1960, désignant l’émancipation des individus et des groupes et la conquête d’un pouvoir de peser et d’agir dans l’espace de politique publique. Il existe cependant une autre version, contemporaine, très individualiste, qualifiée de « libérale » ou « néo-libérale » : selon cette conception, les individus doivent se prendre en charge et la collectivité n’a rien d’autre à faire que de donner aux individus les moyens de la prise en charge de leur propre situation.</p>
<p>Sur les notions de citoyenneté et de rationalité / d’argumentation rationnelle<br />
Aujourd’hui, il existe en quelque sorte une injonction à être citoyen : il faut être capable de discuter de tout, d’être compétent sur tout, etc. Mais, les élus/décideurs, étant dans un système de démocratie représentative, sont-ils eux-mêmes citoyens ?<br />
Les gens acceptent de participer lorsqu’il y a des enjeux véritables, que le dispositif est crédible et qu’ils sont concernés, ce qui est rationnel. Il y a des formes de rationalité qui sont valorisées et d’autres qui, au contraire, sont délégitimées au nom d’une irrationalité. La question de la rationalité est contextuelle.<br />
La notion de citoyenneté doit être envisagée selon une approche attentive aux significations qu’elle a en contexte et ne doit pas être considérée comme ayant une essence immuable dans le temps et dans l’espace. La citoyenneté est à la fois une affaire de discipline/mise en conformité et d’émancipation. Ces deux dimensions sont toujours présentes, y compris dans les processus de participation.<br />
D’un point de vue juridique, les textes ne font pas référence au citoyen et ne l’identifient pas non plus.
</p></div>
<div id="page-4">
<h3>Bénédicte METAIS, Reconversion des casernes Beaumont-Chauveau à Tours : premiers pas d&rsquo;une démarche participative</h3>
<p>Il a été décidé, dans le cadre de la reconversion des casernes Beaumont-Chauveau à Tours, de mettre en place une démarche participative (qui devrait s’étendre sur les dix prochaines années). Les habitants n’ont pas été impliqués au stade des orientations d’aménagement du quartier des casernes, mais ultérieurement, au stade du plan guide. Un plan guide du quartier a ainsi été élaboré à la suite d’un travail étroit entre l’architecte-urbaniste (Bruno Fortier), la Ville de Tours et l’aménageur (la SET, Société d’équipement de Touraine), néanmoins susceptible d’évoluer en fonction, par exemple, du Plan de Prévention des Risques d’Inondation à venir, du contexte économique ou encore de la consultation des habitants et les usagers du site.<br />
		La position des élus sur la concertation des habitants dans le cadre de ce projet : ils étaient favorables à l’idée d’une concertation ; cependant, ils ont exprimé la crainte que ne s’ouvre une boite de Pandore, crainte exacerbée par les élections municipales qui auront lieu en 2014. Il a donc fallu les rassurer, notamment quant à leur pouvoir d’arbitrage. Il a par ailleurs fallu replacer avec eux (tout comme avec les habitants) les règles du jeu de la concertation.<br />
		Le public-cible de la démarche participative : tous les habitants de l’agglomération sont visés par la démarche et pas seulement les riverains, les résidents et les salariés du site. Ont par conséquent été consultés le conseil de développement de l’agglomération de Tours, le conseil de la vie locale (CVL) de Tours ouest et les institutions proches des casernes, à savoir les écoles (notamment le groupe scolaire Rabelais) et l’Université (une cinquantaine de salariés s’est déplacée, dont la principale préoccupation concerne le stationnement).<br />
		La constitution d’un groupe d’habitants restreint. L’appel à participation a été large (presse, Tours info, etc.). Une cinquantaine de personnes se sont portées candidates. Une vingtaine d’entre elles ont finalement été retenues, avec le souci d’assurer une certaine diversité : âge, catégories socio-professionnelles (cependant, sont surtout représentées les catégories moyennes à supérieures), lieu d’habitation (cependant, il n’y a eu aucun candidat habitant dans le quartier riverain Maryse Bastié).<br />
	Sur un an, trois ateliers avec ce groupe d’habitants ont été organisés :<br />
1. Présentation des grands principes du projet.<br />
2. Promenade sur le site des casernes. Présentation des éléments négociables (ex : l’aménagement du parc, des espaces publics, les cheminements et aménagements piétons et vélo, un travail sur la convivialité des espaces, la fonctionnalité des espaces, le mobilier urbain, l’âme du quartier) et non négociables du projet (les grands principes d’aménagement et le programme, les ambitions énergie/climat, la place de la voiture, la taille des logements, les hauteurs des bâtiments, le programme des équipements publics).<br />
3. Les habitants ont été invités à faire part de leurs points de vigilance, à exprimer ce qui leur plaisait, ce qui les heurtait, etc., ce qui a finalement permis de livrer un « cahier des ressentis » à la maitrise d’ouvrage, aux élus et à la SET.<br />
	Les apports de la démarche participative :<br />
Un recueil des ressentis<br />
La mise en évidence de certains points de vigilance (ex : concernant le stationnement)<br />
Le désamorçage de certains conflits, notamment sur la question du stationnement, chère aux riverains et au personnel de l’université<br />
L’émergence de pistes pour la suite, concernant un supplément d’âme pour le quartier, les modes doux, le parc, le petit patrimoine, …<br />
L’émergence d’une maitrise d’usage<br />
		Les points positifs :<br />
le réel intérêt des contributeurs<br />
une envie de continuer<br />
une démarche localement innovante<br />
une certaine diversité dans le profil des habitants consultés, ce qui a permis de créer du débat<br />
		Les limites : plusieurs questions restent en suspens :<br />
comment travailler avec les habitants du quartier Maryse Bastié ?<br />
dans quelle mesure la réflexion sera-t-elle prise en compte par la maitrise d’ouvrage ?<br />
un flou subsiste concernant les outils qui permettraient de pérenniser la démarche : alternance de temps forts et de temps faibles ?<br />
faut-il ouvrir les ateliers à d’autres publics (a priori, oui : ex : les assistantes maternelles concernant le parc) ou, bien au contraire, les fermer ?<br />
comment créer du débat de façon ludique ?<br />
comment concilier le temps politique (problème du calendrier électoral) et celui de la concertation ?<br />
comment et jusqu’où aller dans la co-construction (ex : comment travailler avec les habitants sur le parc ?) ?</p>
<p>Discussion </p>
<p>Sur la question du temps et des effets de la concertation<br />
Il doit être difficile pour les habitants (qui ont fait trois ateliers sur un an) de ne pas pouvoir mesurer les effets directs de la concertation et donc de leur implication dans le processus de participation.<br />
Le cahier des ressentis, dont la diffusion est actuellement restreinte à l’aménageur, à l’urbaniste et aux élus. Il n’a pas encore été diffusé aux habitants. Cependant, il s’agit d’un élément de communication qu’il serait intéressant de diffuser plus largement.<br />
Pour rassurer les habitants sur le fait que les ateliers n’ont pas été vains, une rencontre avec les eux et l’urbaniste va être organisée. Cela permettra d’instaurer un dialogue entre eux.<br />
Le terme « négociation » est sans doute un peu trop fort, dans le sens où le retour n’est pas assuré.<br />
Se pose enfin la question des instruments de pérennisation de la démarche participative. Le changement possible d’équipe municipale en 2014 ne facilite pas la réponse, cependant un des bâtiments se trouvant sur le site des casernes pourrait par exemple être utilisé pour une faire une serre à projet qui deviendrait, pour les habitants, un lieu de débat/d’expression sur le projet de reconversion des casernes, sur d’autres projets et sur la ville en général.<br />
Il y a beaucoup de temporalités différentes qui s’entrecroisent (temps forts, temps faibles), cependant il faut apprendre à vivre avec les intermittences.</p>
<p>Concernant la communication sur le projet<br />
Les outils internet (ex : filmer les ateliers et les diffuser sur un site internet afin que les autres puissent réagir) n’ont pas été utilisés. Les ateliers ont été enregistrés, mais ils n’ont pas été filmés (afin de ne pas bloquer les participants). Il n’y a pas non plus de forum internet. Ce sont seulement en effet les « premiers pas » d’une démarche participative sur dix ans.<br />
Globalement, les municipalités communiquent peu sur les projets urbains. En revanche, dans le cadre de la reconversion des casernes, la première démarche est de communiquer de façon la plus transparente possible.<br />
En ce moment, le problème de communication est réel : en période pré-électorale, la communication est complètement encadrée. Les élus sont rapidement considérés comme valorisant leur mandat.</p>
<p>Sur la formation des experts, voire des élus<br />
La question se pose de savoir s’il ne devrait pas y avoir un apprentissage des experts, voire des élus sur la manière dont il faudrait mettre en œuvre les processus participatifs. A l’ATU, s’il n’y a pas de spécialiste de la participation, les techniciens ont bénéficié d’une formation par les « Robins des villes ». Cependant, de l’avis-même du formateur, « on apprend en marchant ». Ainsi, la formation porte notamment sur les écueils à éviter, mais ne contient pas de recette : les outils sont à inventer, en fonction de la sensibilité des élus, du contexte local, du projet, etc.<br />
Sans doute faut-il avoir un minimum de connaissances sur le fonctionnement de la société (ex : sociologues, géographes). D’ailleurs, dans les cahiers des charges, les études urbaines, la présence d’un sociologue dans l’équipe est parfois obligatoire. Sa place reste cependant très minime dans le projet.<br />
L’existence d’équipes pluridisciplinaires s’avère nécessaire.</p>
<p>Sur les éléments négociables/non négociables du projet<br />
Les options essentielles doivent normalement être négociées, ce qui n’a pas été le cas ici. De fait, l’on ne se situe pas dans une concertation préalable obligatoire, mais volontariste. Le cadre juridique n’a, par conséquent, aucune prise. Cela a d’ailleurs été expliqué aux habitants, ce qu’ils ont compris et accepté.</p>
</div>
<div id="page-5">
<h3>Jean-Luc GALLIOT, L’expérience des ateliers participatifs dans les quartiers de la Borde et de la Gare à Notre-Dame-d&rsquo;Oé</h3>
<p>Notre-Dame-d&rsquo;Oé est une commune qui favorise l’expression des habitants depuis une vingtaine d’années, dans le cadre par exemple de commissions extra-municipales, d’un conseil municipal des jeunes, d’un conseil des « sages », &#8230; La démarche participative qui a été spécifiquement mise en place dans le cadre du projet d’aménagement des quartiers de la Borde et de la Gare se situe en amont de celui-ci, avant que l’Agence Tours Urbanisme n’intervienne. Elle a notamment visé à associer les habitants de la commune (et de celle qui la jouxte, Chanceaux-sur-Choisille) dans une phase de consultation préalable. Entre oct. 2010 et sept. 2011, une série de concertations a ainsi été conduite par l’ATU : des ateliers ont été organisés :<br />
2 ateliers (« ma vision du quartier rêvé » et « du rêve à la réalité des sites ») avec un premier groupe constitué d’habitants<br />
un atelier avec un second groupe constitué d’élus, de techniciens des deux communes et des représentants de Val Touraine Habitat<br />
un atelier commun aux deux groupes<br />
	L’appel à participation a été lancé en oct. 2010. Le document (papier + internet) s’adressait aux riverains, mais aussi aux habitants des communes de Chanceaux-sur-Choisille et de Notre-Dame-d&rsquo;Oé. L’ATU espérait une vingtaine de participants. Il y en a finalement eu une dizaine : la majorité d&rsquo;entre eux étaient riverains du site de la Borde ; un habitant venait de Chanceaux-sur-Choisille.<br />
	La méthode utilisée dans le cadre des ateliers-habitants :<br />
1er atelier : une démarche ludique a été mise en place : un jeu de cartes a été créé, abordant 11 thèmes qui devaient être pris en compte dans le projet (ex : habitat, déchets, etc.). Il était proposé à chaque participant de concevoir son quartier rêvé en choisissant une carte dans chaque thème, puis en hiérarchisant ses choix et en faisant apparaître des cibles prioritaires et optionnelles. Le but était d’ouvrir les esprits, d’échanger, de faire apparaître les contradictions, etc.<br />
2nd atelier : a constitué en une visite des sites, diagnostic « en marchant » permettant aux habitants d’expliquer leur vécu. Puis, les participants ont rejoué au même jeu de cartes.<br />
	Les résultats de ces ateliers : à chaque fois, des priorités, des craintes et des contradictions sont apparues. De plus, entre les deux ateliers, des évolutions ont été constatées, suite à la visite de sites et aux débats entre les participants.<br />
	Quelle évaluation faire de la démarche mise en place ?<br />
Concernant la taille du groupe d’habitants : faible au vu du nombre d’habitants concernés par le projet et du nombre d’habitants déjà impliqués dans la vie locale<br />
 Les réticences s’expliquent sans doute par l’incompréhension de ce qui était attendu par les organisateurs<br />
Le travail associait les élus de deux communes (Chanceaux-sur-Choisille et Notre-Dame-d&rsquo;Oé), les habitants et des techniciens<br />
La participation aux ateliers était régulière<br />
Des évolutions ont eu lieu et les attentes des habitants ont été prises en compte<br />
Un problème se pose concernant le délai entre la présentation des conclusions et leur concrétisation<br />
	Les constats :<br />
Les instances de concertation ont tendance à (trop ?) se multiplier<br />
La participation est quantitativement assez faible<br />
En cas de crise, la mobilisation est beaucoup plus forte. Le reste du temps, les habitants semblent faire confiance aux instances représentatives et aux délégués<br />
La vie associative est riche<br />
La mobilisation est plus aisée quand il s’agit de défendre des intérêts particuliers (ex : débat sur la valorisation des déchets)<br />
		Les obstacles :<br />
Accès à l’information (ex : personnes âgées) ?<br />
Problèmes de disponibilité<br />
Centres d’intérêt<br />
Volonté politique des élus / formation des élus<br />
Mise en cause de la démocratie représentative<br />
Utilisation par les habitants de la peur et du réflexe systématique de précaution pour s’opposer<br />
Idées reçues<br />
Monopolisation du débat par des experts ou des pseudo-experts forgeant des certitudes sans connaître les sujets ou sans compétence<br />
Rôle des médias qui assènent des vérités<br />
Education / culture<br />
Echelle-temps </p>
<p>Discussion </p>
<p>Sur la confrontation des intérêts individuels et de l’intérêt général<br />
L’intérêt général a été démontré aux habitants au fur et à mesure de la démarche participative. Ceci explique qu’il y ait eu des évolutions au cours de celle-ci.<br />
En France, il y a un décalage entre la société civile et les élus et le droit tel qu’il est interprété par la jurisprudence : le citoyen a plutôt une vision anglo-saxonne de l’intérêt général (somme des intérêts particuliers), alors que le droit considère que l’intérêt général est une notion distincte, qui surpasse la question de l’intérêt individuel. Dans la pratique du jeu participatif, la confrontation des intérêts individuels et de l’intérêt général est quasiment inévitable. Elle pourrait peut-être être jugulée en associant à la fois des habitants directement impliqués par le projet et d’autres qui ne sont pas touchés de près ou de loin par celui-ci. Cela permettrait d’assurer une plus grande parité, objectivité dans l’expression citoyenne sur un projet donné. A Notre-Dame-d&rsquo;Oé, l’appel à candidature pour les ateliers a justement été lancé auprès de l’ensemble des habitants de la commune et à ceux de la commune voisine. Cependant, sur les dix participants, une grande majorité était concernée par le projet à venir. Quant aux autres, ils étaient déjà dans des démarches d’implication sur la vie locale, participaient aux commissions extramunicipales, etc. </p>
<p>Sur les oppositions aux projets<br />
Certains groupuscules/minorités agissantes n’ont d’autre objectif que de faire abandonner un projet. En France, il n’y a pas de culture de la négociation, de la recherche du consensus, mais on est dans l’opposition. Par exemple, sur l’usine d’incinération, il n’y avait pas de dialogue possible. </p>
<p>Sur la posture de l’élu<br />
L’utilisation, à plusieurs reprises, du terme « démontrer » (ex : il a été « démontré » aux habitants leurs contradictions) sous-entend qu’il y avait déjà un projet en vue et qu’il a été essayé de démontrer aux habitants que c’était le bon projet. Elle est révélatrice d’un certain rapport au citoyen lambda auquel il faut expliquer qu’on a pris les bonnes décisions. C’est assez révélateur de la posture de l’élu qui se plaint du citoyen, autant que ce dernier se plaint de l’élu. Ainsi, il existe une sorte de méfiance réciproque qui rend le dialogue constructif extrêmement compliqué.</p>
</div>
</div>
]]></content:encoded>
			<wfw:commentRss>https://seminaires.eclips.univ-tours.fr/?feed=rss2&#038;p=94</wfw:commentRss>
		<slash:comments>0</slash:comments>
		</item>
	</channel>
</rss>
